Tortue verte, ou franche, Chelonia mydas. © Brocken Inaglory, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0

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Antoine à Cuba en 2000 découvre des pirates, des tortues et des concombres de mer

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Cette année 2017, j'ai réalisé mon septième voyage à Cuba... De 1968 à 2017, j'ai visité l'île en avion, en voilier, et, cette année, à bord d'une de ces magnifiques voitures américaines des années cinquante qui font désormais partie du patrimoine cubain. Au fil des années, j'ai vu évoluer ce pays fascinant. À l'occasion de la publication par Warner Home Video de notre film Cuba est une Fête, je vous propose de revivre avec moi chacun de ces voyages. En exclusivité, Futura-Voyages, dont je suis le parrain, diffusera six épisodes. Voici le quatrième. Nous sommes en 2000. Suivront des clips vidéo. De quoi flâner à Cuba jusqu'à Noël !

Comme je me l'étais promis lors de mon précédent séjour dans l'île, où j'avais honteusement dédaigné les dizaines d'îlots éparpillés dans le vaste lagon qui borde la côte sud de Cuba, j'ai mis, à la fin de 1999, le cap sur le sud des Grandes Antilles, effleurant les îles vierges espagnoles, Porto Rico, Saint-Domingue, une petite île très attachante du sud de Haïti, l'île-à-Vache.

Le repaire du pirate Morgan

Ici s'abritait la flotte du capitaine Morgan : en 1661, 35 navires rassemblés sous son commandement partirent prendre la ville de Panama. En 1669, alors qu'avec dix navires il projetait d'attaquer la belle ville de Carthagène des Indes, son navire, l'Oxford explosa accidentellement (l'épave a été retrouvée en 2004). En 1675, une tempête coula à l'île-à-Vache un autre de ses navires. L'île fut aussi en 1862 le cadre d'une tentative par des abolitionnistes américains de relocaliser des milliers d'esclaves noirs affranchis. La tentative échoua et les 500 premiers Noirs relocalisés furent ramenés aux États-Unis. Aujourd'hui, un vaste projet de développement touristique pourrait bien affecter la beauté et la tranquillité de l'île-à-Vache. Laissant à tribord le sud-est de Cuba et la région de Santiago, je me suis faufilé entre les îlots des Jardins de la Reine (ou Jardines de la Reina), pour pénétrer dans la baie de Cienfuegos, où ma compagne Francette, arrivée en avion à La Havane, me rejoindra bientôt.

Cienfugos, La Havane en miniature

Francette me rejoint, et nous découvrons la jolie Cienfuegos, ville fondée en 1819 et bâtie en grande partie par des colons français venus de Bordeaux ou de la Louisiane, vendue par Napoléon Bonaparte aux États-Unis en 1803, d'où l'architecture caractéristique de divers palais et villas. C'est cette année que nous voyons pour la première fois, malgré l'interdit, un Cubain proposer des services de restauration directement à des touristes : il prépare des plats cuisinés qu'il livre aux bateaux, et se fait payer en dollars, ce qui est alors encore interdit. On le verra, son exemple sera suivi bientôt par un très grand nombre de ses concitoyens.

Cienfuegos, c'est un peu une toute petite Havane, avec des rues à angle droit, de la musique partout : c'est ici qu'est né un des musiciens les plus aimés de Cuba, Benny Moré. Francette et moi avons découvert un petit bar extrêmement sympathique. Cette cours intérieure baigne dans la musique cubaine. L'endroit est en quelque sorte l'équivalent de la Bodeguita del Medio de la capitale, rendue célèbre par Hemingway, mais sans les hordes de touristes que cette célébrité attire. À ce jour, ce café la Verja n'a pas changé d'un iota.

Maison de Cienfuegos. © Antoine, DR

Une mystérieuse activité nocturne

Nous mettons le cap sur ces archipels bénis, les Jardines de la Reina et les Canarreos. Ici et là, des pêcheurs nous proposent pour quelques dollars des langoustes. Une nuit où nous avons jeté l'ancre sous le vent d'une île officiellement déserte, nous y décelons une activité inquiétante, des lueurs rougeoyantes, de la fumée, des éclats de voix...

Quelle contre-révolution se prépare ici en secret ? N'écoutant que notre courage, nous débarquons au petit matin pour en avoir le cœur net. Nous dissimulant dans les sous-bois, nous abordons une plage sur laquelle des hommes s'affairent étrangement, faisant bouillir de grands chaudrons sur des feux de bois... Il s'agit simplement de pêcheurs de boudins de mer, ou concombres de mer.

Holothurie brune Actinopyga echinites. Spécimen provenant de Kosrae, en Micronésie. © Reiner Kraft, Flickr CC by-nc 2.0

Holothuries de leur nom scientifique, elles sont très prisée des Chinois : leur forme phallique leur a valu une réputation d'aphrodisiaques et l'île tire un bon revenu de la récolte de milliers de ces créatures peu séduisantes, bouillies puis séchées et réduites en poudre...

Suite à une forte consommation d'holothuries, principalement en Asie du Sud-Est, plusieurs espèces de ces échinodermes sont classées « vulnérables » ou « en danger ou à forte probabilité d'extinction ». Lors de mes séjours aux Galápagos, en 2002, j'ai pu constater une active pêche aux holothuries : alors que toutes les espèces animales de cet archipel sont entièrement protégées, 98 % des holothuries y ont disparu entre 1993 et 2004.

Le sauvetage des tortues

Nous atteignons Cayo Largo, où la plage Sirena est toujours aussi fascinante. Ici, comme dans la réserve naturelle de Guanacahibes, à l'extrémité occidentale de Cuba, des organisations assurent la protection des tortues marines, parmi lesquelles les tortues vertes et, à Cayo Largo, les tortues luth (appelées en anglais leatherbackdos de cuir), qui viennent par centaines pondre sur les rivages cubains. Certaines, prises par accident dans des filets de pêche, doivent être soignées avant d'être remises en liberté.

Une tortue luth. © Brian J. Hutchinson

Quant aux minuscules bébés tortues qui jaillissent du sable où les femelles enfouissent leurs œufs, il faut les protéger des oiseaux... et des prédateurs humains. À Cuba, le sort des tortues s'est largement amélioré au cours des vingt dernière années (jusqu'en 2008, Cuba était autorisée à chasser 500 tortues chaque année, mais, avec l'aide du WWF, cette situation a pris fin) et les populations de tortues ont notablement augmenté. Cependant, le réchauffement des eaux environnantes, entraînant la naissance d'un nombre de femelles plus élevé que celui des mâles, pourrait conduire à un déséquilibre dangereux pour l'espèce.

Après Cayo Largo, je mets le cap au sud, destination les îles Caïman et le canal de Panama. Lorsque je le franchis, je n'imagine pas une seconde que dans quelques jours un appel téléphonique va une fois de plus bouleverser ma vie, et que lorsque je reviendrai à Cuba, dans un an à peine, ce sera avec un contrat de... mannequin !