Mon dernier souvenir de voyage toujours à Guama, j'ai fait la connaissance des quelques-uns des quinze mille crocodiles qui peuplent les eaux du parc. © Antoine, DR

Planète

1968 : l'étonnant reportage d'Antoine à Cuba pour Salut les Copains

ActualitéClassé sous :Voyage , Antoine , cuba

-

Cette année 2017, j'ai réalisé mon septième voyage à Cuba... De 1968 à 2017, j'ai visité l'île en avion, en voilier, et, cette année, à bord d'une de ces magnifiques voitures américaines des années cinquante qui font désormais partie du patrimoine cubain. Au fil des années, j'ai vu évoluer ce pays fascinant. À l'occasion de la publication par Warner Home Video de notre film Cuba est une Fête, je vous propose de revivre avec moi chacun de ces voyages. En exclusivité, Futura-Voyages, dont je suis le parrain, diffusera six épisodes, et publiera un diaporama et des clips vidéo. De quoi flâner à Cuba jusqu'à Noël !

Dans les années soixante, le légendaire magazine Salut les Copains, alias SLC, ne reculait devant aucune dépense pour faire rêver ses lecteurs, et emmenait chaque mois une grande vedette de la chanson, Claude François, Sylvie Vartan, Hugues Aufray ou d'autres, dans un pays lointain qui l'attirait, Japon, Californie, Brésil...

Ces invités devaient rapporter de somptueux reportages photographiques, signés Jean-Marie Périer, Tony Frank, Benjamin Auger, intitulés Bons baisers de....

Pendant une semaine, Antoine a été l'invité de cette étonnante république de la mer des Antilles où le portrait de Che Guevara prend la valeur d'un second emblème national. © Antoine, DR

Dans ces années gaullistes, cependant, il n'aurait été politiquement correct pour aucune des « idoles » adulées de SLC de rendre visite à un pays communiste. Ma chanson Les Elucubrations où je réclamais entre autres la vente de la pilule dans les Monoprix étant plutôt politiquement incorrecte, le magazine m'avait proposé un reportage en URSS ; j'avais accepté, mais malheureusement les visas nous furent refusés au dernier moment et nous avons donc changé de direction.

Un jour du printemps 1968, nous avons pris l'avion pour Cuba, où la Révolution survenue neuf ans plus tôt avait mis à mal le tourisme, et où le gouvernement cherchait à faire revenir, à défaut des visiteurs américains à qui le gouvernement des États-Unis refusait tout voyage à Cuba, du moins ceux des pays d'Europe, et ceci malgré le blocus mis en place par l'Amérique.

Quand je suis arrivé, Fidel Castro avait réquisitionné tous les Cubains et moi-même pour travailler aux champs. © Antoine, DR

Quand la canne à sucre était la richesse de Cuba

C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans la capitale de l'île, La Havane, dans un des vastes hôtels datant de l'ère précédente, l'hôtel Nacional, nationalisé, comme pratiquement tous les biens, par le Commandante Fidel Castro.

Les rues de La Havane étaient presque désertes et le service l'hôtel terriblement lent. Devant les difficultés économiques induites par la révolution et le blocus, le gouvernement incitait en permanence, sur les ondes de la radio nationale, tous les Cubains, y compris les fonctionnaires et les enseignants, à quitter la ville pour aller contribuer à la coupe de la canne à sucre.

Vue sur l'arrivée de l'hôtel Nacional, La Havane. © Antoine, DR

Vendue à l'URSS, elle constituait pratiquement la seule façon pour Cuba d'acquérir des devises. Nous avons nous aussi pris la route, sur une autoroute quasi-déserte, à l'exception de camions surchargés de dizaines de citoyens répondant à la croisade du gouvernement, et de quelques charrettes à cheval.

Outre La Havane et les plages voisines, nous avons aussi rendu visite à un petit groupe d'îlots situés au centre d'une lagune, à quelques heures de route de la capitale, la Laguna del Tesoro. On y a reconstitué un village traditionnel, une façon de rendre hommage aux premiers habitants de l'île, les Indiens Taïno. Hommage bien tardif puisque moins de vingt ans après la découverte de l'île par Christophe Colomb en 1492, plus de 90 % des Indiens avaient été exterminés par l'envahisseur espagnol.

Dans les champs de canne à sucre. © Antoine, DR

La lagune des crocodiles

La lagune est bordée d'un élevage de crocodiles, et je me rappelle avoir vu le photographe de SLC, Benjamin, reculer pour mieux cadrer sa photo et tomber dans l'eau de la lagune, d'où ne dépassaient que ses mains et le lourd appareil photo. Nous l'avons repêché en quatrième vitesse avant l'arrivée d'un saurien !

Accablés par la crise, mais toujours souriants et souvent enthousiastes, les Cubains nous avaient bien accueillis. Nous sommes repartis avec l'intention de revenir bien vite dans cette île fascinante (il me faudrait pourtant attendre 18 ans pour y retourner, sur mon premier voilier).

Antoine avec les joueurs de maracas. © Antoine, DR

Dans mes bagages, outre quelques pamphlets politiques et des cigares que nous avions vu rouler à la grande fabrique, elle aussi nationalisée, j'emportais un amusant souvenir, 100 % naturel : un de ces longs « haricots », fruits des magnifiques arbres appelés flamboyants, et que les Cubains, qui pratiquaient assidûment le système D, employaient, après les avoir fait sécher, comme instruments de percussion, un peu comme les maracas.

Dans mon succès de cette année-là, la chanson Bonjour Salut, diffusée sur les radios françaises précisément au moment où commençaient les évènements de mai 1968, résonnait, secrètement, un peu de la voix de l'île révolutionnaire de Cuba.

À bientôt pour la prochaine étape : 1986 sur le sloop Voyage, mon second bateau lancé en 1981.