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Plus d'un mammifère sur cinq est en danger de disparition

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La nouvelle mise à jour de la célèbre Liste Rouge, établie par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), indique clairement un danger pour la biodiversité, en  particulier chez les mammifères, dont plus de 20% des espèces sont menacées. L'organisation a commencé à surveiller d'autres espèces animales et révèle un constat alarmant, mais note également que les efforts de réintroduction sont payants.

Le Chat viverrin, ou Chat pêcheur, tel qu'on ne le verra peut-être bientôt plus. Crédit UICN

L'UICN vient de publier une Liste Rouge des espèces animales en danger de disparition, dans laquelle les mammifères occupent une place d'honneur... Sur les 5.487 espèces recensées sur la planète, 1.141 sont en danger d'extinction., soit 21%. Mais pour 836 autres, les données sont insuffisantes pour produire une estimation valable, un signe considéré comme de mauvais augure. La proportion de mammifères menacés serait donc proche du quart !

« Au cours de notre vie, des centaines d'espèces pourraient disparaître en raison de nos propres actions, ce qui constitue un signe alarmant sur l'état des écosystèmes où elles vivent, prévient Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l'UICN. Nous devons établir des objectifs précis pour l'avenir afin d'inverser la tendance et éviter de laisser comme héritage la disparition d'un grand nombre de nos parents les plus proches ».

Le lynx ibérique. Crédit UICN

Pour de nombreuses espèces, il est trop tard. Au cours des cinq derniers siècles, 76 mammifères se sont définitivement éteints. Mais certaines actions récentes montrent que la tendance pourrait être inversée, du moins pour certaines espèces : 5% des mammifères actuellement menacés montrent des signes de rétablissement à l'état sauvage, notamment suite à des efforts de réintroduction.

Les 188 espèces les plus menacées à court terme sont regroupées dans la catégorie dite « en danger critique d'extinction », comme le lynx ibérique (Lynx pardinus), dont on ne compte plus à l'état sauvage que 84 à 143 adultes selon les sources. Il est lui-même victime de la raréfaction dans son territoire de chasse d'une autre espèce, le lapin européen (Oryctolagus cuniculus).

Le cerf du père David, éteint à l'état sauvage. Crédit UICN

D'autres espèces sont considérées comme « éteintes à l'état sauvage », comme le cerf du père David (Elaphutus davidianus), d'origine chinoise, et qu'on ne trouve plus désormais qu'en captivité. Les zoologues ne désespèrent cependant pas de tenter prochainement une réintroduction dans la nature, considérant l'augmentation de leur nombre en milieu protégé. En revanche, il semble trop tard pour 29 autres espèces, classées « en danger critique d'extinction, peut-être éteintes », comme le petit hutia de Cuba (Mesocapromys sanfelipensis), inobservé depuis plus de 40 ans.

Diable de Tasmanie. Crédit UICN

La Liste rouge de l'UICN met aussi l'accent sur 450 autres espèces classées « en danger », dont on relève le diable de Tasmanie (Sarcophilus harrisii) dont la population a décliné de 60% au cours de la dernière décennie en raison d'une tumeur cancéreuse faciale d'origine inconnue, transmissible et transmissible, du chat viverrin (Prionailurus viverrinus) vivant en Asie du Sud-est, victime de la réduction de son territoire, ou du phoque de la Caspienne (Pusa caspica) dont la population a diminué de 90% en un siècle, l'espèce étant décimée par la chasse.

D'autres espèces, à peine découvertes, basculent immédiatement dans la catégorie « vulnérable ». Ainsi, la musaraigne-éléphant (Rhynchocyon udzungwensis), découverte en 2005 mais qui n'a été observée que depuis cette année dans deux forêts des monts Udzungwa en Tanzanie, est intégralement protégée mais considérée comme vulnérable aux incendies, à cause de la faible taille de la population.

Musaraigne-éléphant. Crédit UICN

Les mammifères ne sont pas seuls menacés

A l'origine, la Liste rouge de l'UICN recensait essentiellement des mammifères mais elle a été progressivement étendue pour devenir un indice fiable de la biodiversité. A partir de 1988, tous les oiseaux l'ont rejointe puis de nouveaux groupes y ont fait leur apparition, parmi le reste des vertébrés (poissons, amphibiens et reptiles) et d'autres phylums, crustacés notamment.

Au total, l'UICN surveille actuellement 44.838 espèces animales et la Liste rouge en rassemble 16.928, considérées comme menacées d'extinction, soit près de 38%. Parmi elles, 3.246 se retrouvent dans la catégorie la plus critique.

Le crapaud de Holdridge ne sera plus jamais photographié... Crédit UICN

Ainsi, pas moins de 366 espèces d'amphibiens ont été ajoutées à la liste, ce qui représente 32% des 1.983 espèces recensées. Etonnante constance des proportions... Le crapaud de Holdridge (Incilius holdridgei), une espèce endémique du Costa Rica, est à présent considéré comme « éteint », n'ayant plus été observé depuis 1986.

Chez les poissons, pas moins de 30 espèces de mérous, pour ne citer qu'eux, sont menacés en raison, notamment, de la surpêche. Chez les reptiles, le crocodile de Cuba (Crocodylus rhombifer), victime de la chasse, est classé « en danger critique d'extinction ».

Le Crocodile de Cuba vit-il ses derniers jours sur la planète ? Crédit UICN

Certains espoirs subsistent cependant. Ainsi, le lézard géant de La Palma (Gallotia auaritae) vient de faire son apparition dans la catégorie « en danger critique d'extinction », non pas en raison de la raréfaction de son espèce, mais bien de sa réapparition. Il n'avait en effet plus été observé depuis cinq siècles, et vient d'être redécouvert sur une des îles des Canaries.

Le putois à pieds noirs (Mustela nigripes) a été retiré de la catégorie « éteint à l'état sauvage » à « en danger » suite à une réintroduction réussie par le Fish and Wildlife Service des Etats-Unis dans huit Etats de l'ouest américain et au Mexique entre 1991 et 2008, comme le cheval sauvage (Equus ferus) en Mongolie, suite à des repeuplements à partir de spécimens élevés en captivité depuis 1990.

Le Lézard géant de La Palma, un revenant ! Crédit UICN

La Liste rouge, Dow Jones de la biodiversité

Nouvelle initiative de la Liste rouge de l'UICN, l'indice SRLI (Indice Liste Rouge échantillonné) a été mis au point avec la Société zoologique de Londres afin d'étendre la compréhension de l'état de conservation de l'ensemble des espèces de la planète. Jusqu'à présent en effet, seul le statut de 4% de la biodiversité connue était véritablement estimé, ne considérant généralement que les oiseaux et les mammifères.

« En matière de conservation, nous sommes en train de sortir des ténèbres de l'ignorance : nous n'avions de données que pour un sous-ensemble limité d'espèces. A l'avenir, nous allons élargir nos connaissances à une plus grande variété de groupes d'espèces, ce qui permettra de conseiller et d'aider les décideurs d'une façon plus objective et plus représentative », se réjouit Jonathan Baillie, Directeur des programmes de conservation de la Société zoologique de Londres (ZSL).

Réintroduction réussie pour le Putois à pieds noirs. Crédit UICN

Le SRLI se base actuellement sur un échantillon d'au moins 1.500 espèces de plusieurs groupes complétant les listes de l'UICN. Les premiers recensements incluent déjà les mammifères et les oiseaux, auxquels il faut à présent ajouter les amphibiens et les reptiles, permettant de donner un aperçu plus complet des populations de vertébrés terrestres, mais aussi d'autres groupes moins étudiés comme les crabes d'eau douce. La prochaine étape verra l'introduction d'autres groupes encore moins connus sur le plan de la répartition et de la biodiversité, comme les mollusques, coléoptères, certaines espèces végétales (bryophytes, monocotylédones, dicotylédones), et même champignons, mousses et lichens. Ainsi se constituera progressivement un nouvel outil comparable pour la biodiversité à ce que représente l'indice Dow Jones pour la finance, susceptible de brosser un aperçu de l'état exact de la planète au-delà des seules espèces à fourrure ou à plumes.