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Oui, les crocodiles grimpent aux arbres…

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En compilant des observations sur trois continents, une équipe de zoologues démontrent que plusieurs espèces de crocodiliens grimpent à l'occasion dans les arbres présents sur les berges, pour se réchauffer ou pour surveiller leur territoire.

Un alligator américain (Alligator mississippiensis) s'est installé sur une grosse branche dans le delta de la Pearl River, dans le Mississippi. Ce comportement a été observé de nombreuses fois chez plusieurs espèces mais de manière occasionnelle. Il vient d'être analysé par une équipe de zoologistes. © Kristine Gingras, DR

Étonnants crocodiles. On les a déjà repérés dans des grottes : la curieuse rencontre, au Gabon, avait été racontée par l'archéologue Richard Oslisly et le spéléologue Olivier Testa (celui de l'expédition Anba Macaya). Certains de leurs ancêtres pouvaient être géants, d'autres couraient dans la savane sur de longues pattes ou chassaient comme les mammifères. Enfin, en décembre dernier, Vladimir Dinets, zoologue de l'université du Tennessee, annonçait que certains crocodiles utilisent des leurres pour attraper les oiseaux, en l'occurrence des branches posées sur leur museau et propres à servir à la construction d'un nid.

Alors que les zoologues les considèrent aujourd'hui comme plus proches des oiseaux que des lézards, avec leur cœur à quatre cavités, voilà une nouvelle information : certains d'entre eux grimpent dans les arbres. C'est une équipe menée par le même Vladimir Dinets qui l'annonce dans la revue Herpetology Notes. Les zoologues ont observé des crocodiles en Afrique, en Amérique du Nord et en Australie. Les auteurs ont également compilé des études antérieures et des observations fortuites.

Résultat : incontestablement, plusieurs espèces de crocodiliens sont des arboricoles occasionnels, avec une agilité inversement proportionnelle à leur corpulence. Les plus agiles, légers et munis de fortes griffes, comme les crocodiles australiens, sont plutôt bons grimpeurs, ce qui explique des évasions dans des enclos. Ils ne montent cependant pas bien haut, typiquement entre un et deux mètres, avec un record à quatre mètres, et ne s'éloignent guère de la berge, de quelques mètres le plus souvent. Une fois installés sur une branche, ils y restent, à peu près immobiles.

Un crocodile africain (Mecistops cataphractus) juvénile, d'environ 70 cm de longueur, se prélasse sur une branche dans le parc national de Loango, au Gabon. © Vladimir Dinets et al.

Des crocodiliens guère adaptés aux prouesses arboricoles, et pourtant...

À quoi leur servent ces escapades ? Les chercheurs remarquent que les animaux ne se sentent pas en sécurité ainsi perchés, ne tolérant pas la présence d'un observateur à moins de dix mètres. S'ils se sentent approchés, ils se laissent tomber dans l'eau. Deux explications sont proposées par les auteurs de l'étude : les crocodiles vont se chauffer au soleil, ou bien les reptiles se perchent pour surveiller les alentours. À l'appui de la première hypothèse vient l'observation de grimpettes diurnes plus fréquentes là où la végétation dense ne laisse que peu de place libre sur les berges, dans la mangrove par exemple.

Mais les crocodiles montent aussi dans les arbres la nuit. Les chercheurs remarquent que le jour, les animaux se laissent approcher moins facilement lorsqu'ils sont perchés que lorsqu'ils sont à terre. La nuit, en revanche, il n'y a pas de différence entre la méfiance (plus faible) à terre ou sur une branche. Pour les auteurs, le fait plaide pour un rôle de surveillance. En hauteur, les crocodiliens repèrent mieux l'approche d'animaux dangereux, comme les humains. Ils pourraient aussi plus facilement voir des proies potentielles.

La surprise vient de ce que les crocodiles ne sont pas bien adaptés à grimper dans les branches. Et pourtant ils le font. Les auteurs en concluent que concernant les espèces fossiles de crocodiliens ou d'autres archosaures (on peut dire reptiles), il faut se méfier des conclusions sur les capacités arboricoles déduites de la morphologie. Même des animaux apparemment patauds peuvent utiliser leur corps de manière inattendue...