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A-t-on retrouvé la Santa Maria, le navire de Christophe Colomb ?

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Dans la nuit de Noël 1492, le navire amiral de la flotte de Christophe Colomb, qui venait de découvrir Saint-Domingue, sombrait. Bien que le navigateur génois ait indiqué dans son carnet de bord la localisation de l'épave, les archéologues la cherchaient encore. La caraque aurait peut-être été repérée par une équipe états-unienne.

La Santa Maria, ici reconstituée, n’était pas un fameux trois-mâts fin comme un oiseau : mesurant 25 mètres de long pour 8 mètres de large, pesant 102 tonnes à vide et capable de transporter 120 tonnes supplémentaires en matériel et équipage de 40 hommes, ce navire était le vaisseau-amiral de Christophe Colomb au cours de sa première traversée de l’Atlantique depuis Palos de la Frontera, le 3 août 1492. © Leo-setä, Wikipédia, cc by 2.0

Le 12 octobre 1492, le monde allait changer. À la tête d'une expédition inédite, le navigateur génois Christophe Colomb posait le pied sur l'île de San Salvador, associée au continent américain, après une traversée de l’Atlantique entamée le 3 août de la même année. Pensant avoir découvert une route plus rapide vers les Indes orientales, l'explorateur avait en réalité dévoilé un nouveau monde, inconnu des Occidentaux à l'époque, qui allait par la suite être le lieu de nombreux conflits avec les populations locales, mais aussi entre Européens, dans le but de conquérir les terres afin d'accroître leur pouvoir et leur richesse.

Christophe Colomb, qui naviguait pour la couronne d'Espagne, s'est autorisé à voguer vers les îles alentour, puisqu'il avait été décidé au préalable qu'il serait nommé vice-roi et gouverneur des territoires découverts. Il devenait ainsi le premier Européen à marcher sur les terres cubaines le 28 octobre, et à Saint-Domingue le 6 décembre. Mais, après une nuit de Noël festive et à la suite d'une erreur anormale dans la marine, à savoir ne laisser qu'un seul mousse sur un navire, le vaisseau amiral, la Santa Maria, heurtait un récif et sombrait dans la baie de La Navidad, à quelques encablures de la ville actuelle de Cap-Haïtien.

Le génois n'a pas manqué de donner des détails sur la localisation de l'épave. D'ailleurs, les marins ont utilisé le bois récupéré pour établir un fort, considéré comme le premier établissement des Européens sur le continent américain. Ainsi, 39 hommes d'équipage sont restés sur place (puis exterminés par les Indiens), pendant que Colomb partait avec ses deux caravelles (la Pinta et la Niña) une nouvelle fois en direction de Cuba avant de rentrer informer le roi Ferdinand et son épouse, Isabelle de Castille.

Ce portrait de Christophe Colomb, peint par Ridolfo Ghirlandaio, n’est peut-être pas fidèle à l’original. Il est en effet peu probable que l’artiste ait réellement rencontré un jour celui qu’on a longtemps considéré comme le découvreur de l’Amérique, bien que les Vikings, et peut-être avant eux des moines irlandais, aient navigué jusqu’en Amérique du Nord. © Ankehitriny, Wikipédia, DP

Tout porte à croire qu’il s’agit de la Santa Maria...

Plus de 500 ans après ces faits, les restes de la caraque colombienne demeurent introuvables. En 2003, la probable localisation du fort a été repérée. L'épave ne devait donc pas être loin. À l'aide de magnétomètres, de sonars et de plongées, l'équipe de l'expérimenté archéologue sous-marin Barry Clifford a scruté les environs et pris des photographies d'une épave. De nombreux signes suggéraient qu'il s'agissait d'un navire européen construit au milieu du XVe siècle, de la marque laissée par le lest à un canon aujourd'hui probablement emporté par des pilleurs de trésors, très semblable à ceux utilisés à l'époque.

Désormais, le scientifique précise au journal britannique The Independent après de nouvelles plongées sur zone que ces restes correspondent très probablement au bateau à bord duquel Christophe Colomb a, pour la première fois, traversé l'océan Atlantique. Les dimensions, la géographie et la topographie du terrain correspondent parfaitement avec la description qu'en a faite le navigateur génois dans son carnet de bord.

Haïti doute encore

Reste désormais à avancer des preuves supplémentaires, possibles grâce à une excavation des restes photographiés et visités, mais qui, pour l'heure, n'ont pas été touchés par les chercheurs. Une découverte sensationnelle, semblable à l'escalade de l'Everest selon le principal intéressé, qui pourrait être l'occasion de relancer le tourisme en Haïti, pays dévasté par la misère et la maladie, d'autant plus après le récent séisme de janvier 2010.

Néanmoins, malgré l'assurance de Barry Clifford, le gouvernement haïtien semble bien moins certain de la découverte. Erol Josué, directeur du Bureau national d'ethnologie, ose même parler de grossière erreur historique et scientifique. Comment pourrait-il y avoir des restes d'une épave si le bois du Santa Maria a servi à construire un fort ? La méfiance règne encore, et l'avenir nous dira si les archéologues états-uniens ont des pistes sérieuses ou s'ils réclament seulement des fonds pour d'autres recherches.