Le Malecón est magnifique au soleil et spectaculaire lorsque les vagues levées par un violent coup de vent du nord, montent à l’assaut du rivage. © Antoine, DR

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1997 : Antoine en tournage pour la série : Iles… était une fois

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Cette année 2017, j'ai réalisé mon septième voyage à Cuba : de 1968 à 2017, j'ai visité Cuba en avion, en voilier, et cette année, à bord d'une de ces magnifiques voitures américaines des années cinquante qui font désormais partie du patrimoine cubain. Au fil des années, j'ai vu évoluer cette île fascinante. À l'occasion de la publication par Warner Home Video de notre film Cuba est une Fête, je vous propose de revivre avec moi, au cours des semaines à venir, chacun de ces voyage. Aujourd'hui, nous visitons (entre autres), un pays karstique.

Mon diplôme d'Ingénieur de l'École Centrale en poche, je pensais le compléter d'un doctorat à Princeton, mais le bouleversement qu'apporta à ma vie le succès de mes chansons réduisit ce projet à néant, pas plus que je ne pus suivre avec assiduité les cours de Sciences Po et de Nanterre qui me tentaient.

Ce fut même un miracle que mon emploi du temps frénétique me permette de suivre une autre formation, celle de pilote privé. Ce diplôme acquis lui aussi, je rêvais de faire de grands voyages entre les continents, et d'île en île. L'extraordinaire succès, en 1992, de mes premiers documentaires sur les îles, m'en donna l'occasion. Avec un cameraman-pilote de grand talent, Arnaud de Belinay, nous avons ainsi visité par la voie des airs les îles Hawaï, celles d'Italie et de Grèce.

En cette année 1997, nous avons entrepris, à bord de deux Cessna 172 loués en Floride et aux Bahamas, de survoler les plus belles îles des Grandes Antilles, des îles Vierges aux Bahamas... Mais pas question de survoler Cuba, car l'ouverture du régime castriste n'a pas encore prévu de s'étendre à l'aviation de plaisance.

L’Antonov An-2, avion russe datant de 1947

Une chance cependant : alors que nous préparons ce tournage, l'office du tourisme cubain, qui souhaite décidément attirer en masse les visiteurs français, organise un voyage de presse qui parcourra toute l'île, à bord en particulier d'un antique Antonov An-2, un vénérable biplan russe, légendaire, construit depuis 1947 en Ukraine. Des dizaines de ces avions volaient encore dans les années 1980 pour l'aviation révolutionnaire cubaine.

Antonov An-2, un avion de légende. © Julian Herzog, Wikimedia commons, CC by 4.0

L'An-2 est le plus gros biplan monomoteur du monde, on en trouve encore en état de marche de nos jours. Parmi les nombreuses activités qu'il permet (transport de passagers ou de charges, travaux agricoles, travaux météo), il est utilisé pour des prises de vues photographiques.

C'est ainsi qu'à une époque où, bien avant Google Maps, le ciel de Cuba était jalousement gardé par le régime castriste, notre chef opérateur, Jean-Michel Brisson, a pu survoler une bonne partie de la grande île de Cuba, mais aussi des innombrables îlots qui bordent sa côte nord, et sur lesquels le tourisme se développait à une vitesse exponentielle. Notre film Iles... était une fois les Grandes Antilles s'est ainsi enrichi d'images aériennes magnifiques, y compris de Cayo Saetia.

Sur les traces d’Hemingway et de Titouan Lamazou

Antoine et Titouan Lamazou. © Antoine, DR

Nos petits Cessna rendus à leurs propriétaires, je rejoins Jean-Michel, et nous redécouvrons ensemble les régions que j'avais effleurées en 1968 et 1986 : La Havane, où les bâtiments qui bordent le Malecon gardent encore quelques traces des couleurs vives d'antan.

Hôtel Ambos Mundos. © Antoine, DR

Un des premiers bâtiments rénovés est le magnifique hôtel Ambos Mundos (« les Deux Mondes ») : Hemingway y avait élu domicile en 1929, et dans sa chambre on trouve des photographies, des trophées de pêche, même une de ses paires de chaussures. Lors de mon passage, l'hôtel accueille un autre très grand artiste, mon ami le navigateur, peintre et photographe Titouan Lamazou. Les portraits de Cubains et de Cubaines qu'il réalise feront partie d'une fabuleuse exposition qu'il fera quelques années plus tard au Musée de l'Homme à Paris.

Une passion pour le karstique

J'avais déjà eu l'occasion d'admirer et de filmer des paysages karstiques dans la baie d'Ha Long, dans la région de Phuket en Thaïlande et, dans les Grandes Antilles, les Haïtises de République Dominicaine, et conçu une passion pour ces reliefs extraordinaires, nés de l'érosion de roches sédimentaires, témoignant de ce que ces régions étaient jadis submergées.

Les formations karstiques, appelées « Mogotes » à Viñales. © Antoine, DR

Cette année, c'est la première fois que je rends visite aux justement célèbres « Mogotes » de la région de Viñales. Le coup de foudre est confirmé, en particulier dans les nombreuses grottes et galeries creusées dans la roche par l'écoulement des eaux et les réactions entre l'eau (H2O), le gaz carbonique de l'air (CO2) et la roche (la calcite, CaCO3) : CO3 + H2O ⇋ H2CO3, H2CO3 ⇋ H+ + HCO3- et CaCO3 + H2O + CO2 ⇋ Ca2+ + HCO3-.

Des langoustes sous haute protection

Cette année-là, Jean-Michel y a tourné une séquence de pêche à la langouste hallucinante, où les filets des pêcheurs ramènent en une seule fois des centaines de ces crustacés. Mais les pêcheurs respectent des règlements stricts, prenant bien soin de les vérifier une à une, pour rejeter à la mer les femelles ou celles qui sont trop petites.

Au total, mon séjour cette année-là, pour le tournage d'une séquence de quatorze minutes sur Cuba sera regrettablement court, j'ai tant de tournages à faire aux quatre coins du monde... Mais Banana Split, qui m'attend sagement dans la marina d'Oyster Pond à Saint-Martin, me ramènera dans trois ans à peine dans les eaux turquoises des archipels du sud de Cuba, je vous raconterai cette croisière, et l'inquiétante rencontre que nous avons faite dans les « Jardins de la Reine » !