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L’incroyable force des tigres à dents de sabre

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Les tigres à dents de sabre sont encore plus impressionnants depuis qu'un nouvel article leur a été consacré dans une revue scientifique : leurs pattes avant auraient été dotées d'une force bien supérieure à celle des autres félins. Tout cela pour ne laisser aucune chance à ses proies...

Le tigre à dents de sabre possèdait des canines de près de 20 centimètres de long. Crédits DR

Aujourd'hui, grâce à Diego, personnage de la série de dessins animés L'âge de glace, les tigres à dents de sabreSmilodon fatalis, ou plus simplement smilodon, nous semblent sympathiques. Pourtant, il valait mieux ne pas les rencontrer il y a 10.000 ans lorsqu'ils habitaient encore le continent américain. En plus de leurs impressionnantes canines d'une vingtaine de centimètres, ils possédaient également une force ahurissante dans leurs pattes antérieures, laissant fort peu de chances aux proies...

C'est en tout cas les conclusions de travaux publiés dans la revue Plos One et menés par un groupe de chercheurs de l'université de Californie à Los Angeles, qui ont débuté leurs recherches sur la base d'une théorie émise suite à de précédentes études.

En effet, les tigres à dents de sabre appartiennent à la même famille que les félins d'aujourd'hui, mais ils se caractérisaient toutefois par la forme de leurs dents. Non seulement par leur longueur, mais aussi par leur morphologie : une coupe transversale des crocs montrerait une section ovale et non pas ronde comme chez les autres félins. En conséquence, la dent ne pouvait pas résister longtemps à la cassure lorsqu'une proie essayait de se débattre. Pourtant, tous les tigres à dent de sabres retrouvés ont les crocs intacts... De plus, la puissance de la mâchoire est trois fois plus faible que celle d'un lion par exemple. Comment, alors, le smilodon parvenait-il à attraper des proies ?

Il était donc fortement suspecté que, à l'inverse des autres félins, le tigre à dents de sabre immobilisait d'abord sa proie avant de l'achever en plantant ses crocs. Cette hypothèse vient tout juste d'être prouvée grâce à la comparaison des os des pattes antérieures de ce gros chat à ceux d'autres félins actuels ou disparus, animaux disponibles au Musée national d’histoire naturelle de Washington. Ainsi, 28 espèces actuelles ont été incluses dans l'étude, du chat margay de 3 kilogrammes au tigre de plus de 250 kilogrammes, sans oublier un autre félin disparu, le lion d'Amérique ou Panthera atrox.

Des humérus de jaguar, à gauche (A et B), et de tigre à dents de sabre, à droite (C et D) ont été comparés par analyse aux rayons X. Ceux du smilodon ont un diamètre et une épaisseur d'os plus élevés, synonymes d'une résistance accrue. © Université de Californie / Plos One

Des humérus bien plus solides

Les différents humérus ont été analysés aux rayons X, méthode utilisée pour déterminer précisément à la fois le diamètre des os et l'épaisseur de matière osseuse (la partie solide autour de la moelle osseuse), représentative de la résistance du membre.

D'une manière générale, la longueur des os, et donc la taille des animaux, étaient proportionnelles à la résistance des os des pattes antérieures. Seule exception : le tigre à dents de sabre ! Comparés aux espèces de félins ayant environ la même taille, les os du smilodon étaient bien plus larges et épais et donc plus solides.

Ces résultats confortent donc l'hypothèse déjà étayée par de précédentes études : le smilodon se servait d'abord de ses pattes pour attraper et immobiliser l'animal, puis donnait le coup mortel grâce à ses crocs acérés. Les deux attributs auraient évolué ensemble, la puissance des pattes antérieures favorisant la protection des crocs.

Les os du tigre à dents de sabre étaient donc lourds et l'animal certainement moins agile que d'autres félins. Il était bien adapté à la capture de gros animaux et c'est probablement cette forte spécialisation qui a conduit le smilodon à sa perte. Il n'aurait pas pu se réadapter à la capture de petites proies rapides lors de l'extinction de la mégafaune au cours de la dernière glaciation.