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El Niño : quels sont les impacts à prévoir ?

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L'actuel El Niño, semble-t-il aussi puissant que l'épisode de l'hiver 1997-1998, semble continuer de grandir le long de la ceinture équatoriale est de l'océan Pacifique. Ce phénomène naturel caractérisé par un réchauffement des eaux à l'est du plus grand océan terrestre modifie les courants-jets et la circulation des masses d'air et des tempêtes, ce qui occasionne des perturbations météorologiques à travers le monde. Les États-Unis tentent d'en prédire les effets sur leur territoire pour les prochains mois.

À gauche, une récente image réalisée par le satellite Jason-2 et, à droite, une autre image prise par Topex/Poseidon à la même période de l'année il y a 18 ans, lors du mémorable épisode de l’hiver 1997-1998. Les couleurs indiquent les différences d’élévation des eaux en surface, différences induites par les températures. En violet, les eaux les plus froides (jusqu’à -30 cm), en rouge et en blanc, les eaux les plus chaudes (entre 15 et 30 cm). © Nasa, JPL-Caltech

Dans un contexte de changement climatique en cours où la température moyenne globale de cette année 2015 qui s'achève fut, selon toute vraisemblance (les experts attendent de rassembler toutes les données pour décembre, mais il ne fait pas de doutes que 2015 sera une année record), la plus élevée jamais enregistrée depuis les premières mesures effectuées en 1880, « l'enfant terrible du Pacifique », El Niño s'annonce très puissant et en passe d'égaler, sinon de dépasser, l'illustre épisode de l'hiver 1997-1998.

Il est avant tout encore trop tôt pour le savoir. Le réchauffement des eaux équatoriales à l'orient de l'immense Pacifique se poursuit et ce phénomène naturel récurrent (tous les deux à trois ans) provoqué par l'affaiblissement, voire une inversion, des vents à l'ouest de l'océan, réchauffe sa surface au centre et à l'est, entre ses deux ceintures tropicales, modifiant de facto les conditions météorologiques un peu partout dans le monde (voir notre sujet « Le climat sera fortement impacté par le puissant El Niño en cours »).

Les perturbations attribuées à El Niño

Les trajets des courants-jets sont perturbés par cet important réchauffement des eaux en surface. La circulation des tempêtes et des dépressions est modifiée, ce qui se traduit, entre autres exemples d'impacts attribuables à El Niño en 2015, par une réduction significative des pluies dans le sud-est de l'Asie, en particulier l'Indonésie, qui avec un assèchement de la végétation, éprouve de nombreux incendies de forêts qui enfument toute la région (un problème préoccupant pour la santé de la population). Les autres effets indésirables constatés sont un décalage de la mousson qui, en Inde, a laissé s'installer une redoutable canicule (jusqu'à 45 °C), des sécheresses inhabituelles en Afrique du Sud, des pluies torrentielles et inondations en Amérique du Sud, une saison record pour les ouragans de la zone tropicale est du Pacifique, etc. Ces impacts affectent non seulement les populations locales, mais aussi la production de denrées alimentaires comme le riz, le blé, le café, le maïs...

Aux États-Unis, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) s'attend à des perturbations au cours de l'année 2016, mais admet ne pas pouvoir préciser leur ampleur. L'agence table sur un temps relativement froid et humide dans le sud du pays et des conditions, à l'inverse, plus douces et sèches dans le nord. Dans son dernier communiqué sur le sujet, la Nasa rappelle que le mémorable épisode de 1997-1998, aussi puissant que l'actuel, fut une véritable « chevauchée sauvage » pour la nation... En janvier 1998, une grande tempête de glace avait ainsi figé le nord de l'état de la Nouvelle-Angleterre jusqu'au Canada. Malgré tout, la moitié nord du pays fut épargnée dans son ensemble et exposée à des températures plus clémentes avec de faibles chutes de neige. Plus au sud, du Texas à la Californie, une série de tempêtes (entretenues par les eaux chaudes du golfe du Mexique) arrosa régulièrement et copieusement ces terres d'ordinaire plus sèches.

Sur cette animation créée à partir des images du satellite Jason-2, il est possible de suivre l’évolution et l’expansion d’El Niño tout au long des 12 mois de l’année 2015. © Nasa, JPL-Caltech

Cela peut apparaître bien sûr comme une bonne nouvelle pour ces états du sud et de l'ouest, comme la Californie qui souffre d'une intense sécheresse depuis 4 ans. En effet, les réservoirs y ont battu les records des niveaux les plus bas et les nappes phréatiques n'en sont pas très loin. « À présent, nous nous préparons à voir le revers de la médaille du cycle de l'eau : l'arrivée de fortes pluies régulières et de chutes de neige », commente le spécialiste Bill Patzert, du Jet Propulsion Laboratory (JPL). Les El Niño des hivers 1982-1983 et 1997-1998 avaient tout de même apporté deux fois plus de précipitations dans le sud de l'état, occasionnant même de dramatiques coulées de boue, des inondations, des vents violents et des vagues très hautes... Cependant, avertit le climatologue, « sur le long terme, les gros El Niño sont rares et ne fournissent qu'environ 7 % seulement de l'eau en Californie ». Bref, ce n'est pas un remède à la sécheresse.

L’« enfant terrible du Pacifique » continue de grandir

Fin décembre 2015, l'« enfant du Pacifique » n'a pas encore montré de signes de faiblesse. Sa croissance semble se poursuivre comme le suggèrent les données satellitaires qui suivent les changements d'élévation de la surface des océans provoqués par le réchauffement (dilatation des eaux). « [...] début 2015, les conditions atmosphériques ont changé et El Niño s'est régulièrement étendu dans le centre et l'est du Pacifique, détaille Josh Willis, chercheur de la mission Jason (voir les cartes comparatives ci-dessus). Bien que le signal d'élévation de la surface de l'eau ait été, en 1997, plus intense et culmina en novembre, en 2015, l'aire des niveaux plus hauts de la mer est plus grande. Ce qui pourrait signifier que nous n'avons pas encore vu le pic de cet El Niño ».

En l'absence de El Niño, on trouve davantage les eaux plus chaudes à l'ouest de la ceinture équatoriale du Pacifique (une élévation jusqu'à 50 cm, comme le montrent les mesures du satellite Jason-2) et l'est est plus froid. Actuellement, le phénomène inverse les élévations tout le long de l'équateur et continue de s'étendre jusqu'à 10 ° au-dessus et en dessous, occupant à présent une surface de 16 millions de km2, deux fois plus grande que les États-Unis.

Pour plus tard, peut-être au début de l'été 2016, les prévisionnistes craignent l'arrivée de la Niña, autre « enfant terrible » aux conséquences redoutées et inverses, en particulier pour les habitants des régions du continent américain qui bordent le Pacifique : des vents plus forts, des eaux plus froides aux tropiques et surtout un air plus sec synonyme de sécheresses le long des côtes de l'Amérique du Nord et du Sud. À l'ouest du Pacifique, au contraire, plus de pluies seront attendues.