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Les glaciers du Kilimandjaro disparaîtront d'ici 2030

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Les glaciers du Kilimandjaro sont sérieusement menacés. Soumise à un climat tropical de savane et à la déforestation, la calotte glaciaire disparaît de plus en plus rapidement. D'ici 20 ans, toute la façade nord du cratère pourrait bien être dépourvue de glace.

Le sommet du Kilimandjaro est recouvert par une calotte glaciaire, dont le retrait s'accélère depuis le début du XXe siècle. © Yosemite, Wikipédia, GNU 1.2

Le Kilimandjaro, chaîne de montagne associant volcans éteints et glaciers, culminant à plus de 5.900 m d'altitude et surplombant une gigantesque forêt tropicale, pourrait bien perdre rapidement la façade nord de sa calotte glaciaire. Les plus hauts pics, qui auraient plus de 10.000 ans, se situent en effet dans la zone septentrionale de la montagne et reculent semble-t-il plus rapidement que les autres. Lors de la conférence de l'American Geophysical Union (AGU), la semaine dernière à San Francisco, le chercheur Pascal Sirguey rapportait qu'ils pourraient disparaître d'ici 2030.

D'après ce scientifique de l'université d'Otago, en Nouvelle-Zélande, depuis les années 2000, la calotte aurait perdu 29 % de son volume total. Les glaciers sur la façade nord ont largement contribué à cette perte. Le glacier Credner par exemple aurait contribué pour 43 % de cette perte. Sur ces 13 dernières années, on estime que le Kilimandjaro a perdu quelque 4 millions de m3 d'eau. Si la vitesse de fonte actuelle est conservée, le glacier Credner disparaîtra complètement d'ici 20 ans. Pour le reste, l'équipe Néo-Zélandaise envisage un sursis de seulement 30 ans.

Cette image satellite légendée a été prise le 15 avril 2008. L'image est fournie par le satellite Landsat7. La façade méridionale (Southern Icefield, en anglais) contient plus de glaciers que la façade septentrionale (Northen Icefield, en anglais). © Sémhur, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

La menace qui plane sur les glaciers du Kilimandjaro est connue depuis longtemps, mais les instruments de mesure in situ ne permettaient pas d'évaluer avec certitude la vitesse de fonte. L'équipe de Pascal Sirguey a utilisé les données des images satellite GeoEye 1. Il fournit des données fines, et permettra de développer des cartes topographiques d'une résolution de 50 cm. À partir de ces images satellite, l'équipe a construit un modèle d'élévation, qui rend compte en 3D de l'évolution des glaciers du Kilimandjaro.

Des glaciers en voie de disparition

Le Kilimandjaro contient plus d'une dizaine de glaciers. Sur la face nord, on peut rencontrer le glacier Credner, de loin le plus imposant, mais aussi les glaciers Pengalski, Grand Penck et Petit Penck. Si cette face disparaît plus rapidement, c'est en partie parce qu'elle est plus exposée. Le Kilimandjaro se trouve dans l'hémisphère sud, à seulement 340 km de l'équateur, le versant nord de la chaîne montagneuse reçoit donc plus de rayonnement solaire. Les conditions climatiques des versants nord et sud sont sensiblement différentes. Durant les deux saisons humides, le Kilimandjaro est presque toujours entouré de nuages, mais durant les saisons sèches, l'éclairement est permanent et les températures grimpent.

Soumis à un climat tropical de savane, le Kilimandjaro connaît une courte saison de pluie, précédée par une longue saison sèche, aux températures modérées et suivie d'une saison chaude. Au même titre que les glaciers andins tropicaux, ces étendues de glace sont sérieusement menacées. Leur bonne santé dépend des variations climatiques naturelles, El Niño notamment, du changement climatique actuel, mais également de la déforestation. Celle-ci jouerait même un rôle majeur. En effet, le Kilimandjaro est entouré d'une forêt tropicale qui, malgré la création d'un parc national en 1973, continue de régresser. Or la végétation dense est une composante importante dans le cycle biogéochimique de l'eau.

En somme, les glaciers du Kilimandjaro sont sérieusement menacés, mais l'élaboration de ce modèle 3D permet d'identifier précisément les zones les plus en danger du Kilimandjaro. Ces connaissances aideront les autorités à mettre en place de meilleures mesures de protection du site.