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Shiva serait-il le véritable tueur de dinosaures ?

Le paléontologue Sankar Chatterjee continue à soutenir la thèse de l’existence d’un cratère géant de 500 km de diamètre, datant de la fin du Crétacé, au fond de l’océan Indien. Baptisé Shiva, du nom de la divinité hindoue de la destruction et de la création, il pourrait être la cause principale de la disparition des dinosaures.

La structure du présumé cratère Shiva selon Sankar Chatterjee. Crédit : Sankar Chatterjee La structure du présumé cratère Shiva selon Sankar Chatterjee. Crédit : Sankar Chatterjee

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Walter Alvarez est connu pour avoir proposé, avec ses collègues et son père, une théorie expliquant l'extinction massive, dont furent notamment victimes les dinosaures, il y a 65 millions d’années par la chute d’un petit corps céleste. La découverte au début des années 1990 d’un cratère d’impact de 180 km de diamètre au Yucatan, et datant précisément de la fameuse limite KT séparant les couches fossilifères du Crétacé de celles du tertiaire (dans lesquelles plus aucun dinosaure n’apparaît plus), fut considérée par beaucoup comme une confirmation éclatante de la thèse d’Alvarez.

Mais pas par tous...

Le géophysicien français Vincent Courtillot avait proposé une autre théorie en faisant remarquer qu’à chaque grande crise biologique, comme celle de l’extinction du Permien-Trias, d’impressionnants flots de basalte avaient été émis. Lui et ses collègues avaient d’ailleurs démontré que les trapps du Deccan, des plateaux basaltiques situés en Inde, s’étaient mis en place en moins d’un million d’années et coïncidaient eux aussi avec la crise KT.

Un observateur présent à l’époque aurait alors contemplé d’impressionnantes fractures dans la croûte terrestre, vomissant sur des distances dépassant largement la dizaine de kilomètres une lave fluide et chaude issue d’un énorme panache mantellique. Remarquablement, la reconstitution des mouvements de la plaque indienne conduit à la conclusion que le volcanisme actuel de l’île de La Réunion, avec son point chaud fixe, serait le résidu de ce panache, l’Inde occupant alors précisément la région.

Tout comme dans l’hypothèse de la météorite, ce serait une modification du climat causée par cet événement violent, qui aurait conduit à la disparition de 70% des espèces vivantes de la planète.

Plusieurs chercheurs ont bien sûr tenté de lier les deux événements. Le point d’impact, le fameux cratère de Chicxulub au Yucatan, est presque exactement aux antipodes de La Réunion. On peut ainsi penser que la propagation des ondes sismiques à l’intérieur du globe pourrait avoir accélérer et amplifier la remontée du grand panache de magma dans le manteau.

D’autres, comme Gerta Keller, se sont opposés vigoureusement à la thèse d’Alvarez. Récemment, Keller a clamé à plusieurs reprises que la date de formation du cratère du Yucatan était antérieure à celle de la disparition des dinosaures. Si elle concédait que la cause pouvait fort bien être l’impact d’un petit corps céleste, un autre cratère devait exister quelque part à la surface du globe et devait nécessairement être de plus grande envergure.

Les traces contestées d'un cratère géant

Le brillant paléontologue d’origine indienne Sankar Chatterjee soutient effectivement depuis plus de 10 ans la thèse qu’une série d’impacts multiples doit être à l’origine de la disparition des dinosaures. De plus, selon lui, il existe au fond de l’océan Indien les traces d’un cratère d’impact de 500 km de diamètre dont une partie se trouve sur le plateau continental indien en bordure des trapps des Deccan.

Le cratère Shiva, comme il l’appelle, se serait bien formé il y a 65 millions d’années des suites de l’impact d’un astéroïde de 40 kilomètres de diamètre qui, aurait non seulement amplifié le volcanisme des Deccan, mais aussi séparé les Seychelles de l’Inde et modifié la dérive du sous-continent indien.

A l'appui de cette thèse, il fait par exemple remarquer qu’il existe des enclaves de roches riches en iridium dans les laves des trapps qui, elles, en sont dépourvues. De tels taux d’iridium sont en principe caractéristiques des météorites. De plus, affirme-t-il, c’est en Inde que l’on trouve les couches datant de la limite KT les plus épaisses. C'est d'ailleurs précisément la découverte de quantités d’iridium anormalement élevées dans les couches de la limite KT à divers endroits de la planète qui avait conduit Walter Alvarez et ses collègues à émettre la thèse de l’impact d’un fragment d’astéroïde ou d’une comète.

Sankar Chatterjee interprète également à sa manière des structures géologiques présentes au fond de l'océan Indien. Une formation très élevée, le Bombay High, culmine à plus de 5 km au-dessus du plancher océanique. Chatterjee pense que les structures qui l'entourent sont des anneaux concentriques d’un cratère d’impact. Le Bombay High serait alors le pic central causé par le rebond des roches de la croûte terrestre, à la façon de ce qui se forme lorsqu’une goutte d’eau tombe dans une flaque.

La majorité des spécialistes en géosciences n’est pas convaincue. Les données issues des campagnes de recherches de pétrole dans la région où se trouverait le cratère Shiva ne sont pas assez précises pour se prononcer et peuvent donner lieu à plusieurs interprétations.

Chatterjee et ses collègues viennent pourtant de présenter de nouveaux arguments dans une communication lors du colloque annuel de la Geological Society of America (GSA). Les chercheurs prévoient en plus d’examiner des carottes de forages venant du centre du présumé cratère à la recherche de preuves définitives, comme de l’iridium et des quartz choqués.


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