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Le dessin animé avant l'ordinateur : cellulo, rotoscopie...

Dossier - Cinéma d'animation : les techniques des plus grands films
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Après la grande époque du dessin animé et des cartoons, le cinéma d’animation serait-il entré dans une nouvelle ère ? Depuis quelques années, une vague de films d’animation en images de synthèse déferle dans les salles obscures, dépassant même ceux en prises de vues réelles au box-office. Que se cache-t-il derrière ce succès ? Quelles technologies ont donné au cinéma d’animation le visage qu’il possède aujourd’hui ?

  
DossiersCinéma d'animation : les techniques des plus grands films
 

Le dessin animé, produit phare du cinéma d'animation, a connu sa grande époque entre les années 1920 et 1990. Quelles techniques lui ont assuré un si long succès ?

Le dessin animé ne représente qu'une technique particulière parmi toutes celles qui font le cinéma d'animation, mais prend de l'ampleur dès les années 1910, éclipsant les autres. Historiquement, produire un bon dessin animé nécessitait 16 images par seconde, qui sont devenues 24 images par seconde à l'époque du cinéma sonore, c'est-à-dire depuis la fin des années 1920. C'est autant de phases de déplacement par seconde, c'est-à-dire d'étapes découpant le déplacement des personnages et des objets. Cela conduit très rapidement à une quantité astronomique de dessins lorsque l'on veut réaliser un long-métrage.

Scène d’Alice au pays des merveilles (1951), un dessin animé peint à la main sur cellulo caractéristique de l’époque. © Walt Disney Pictures

En pratique, il est possible de se contenter de 12 dessins par seconde, car c'est le maximum d'images que l'œil humain peut gérer. Il suffit de les enregistrer en double pour en obtenir 24. D'autre part, des inventions majeures réalisées au tout début du XXe siècle ont facilité le travail des animateurs, notamment le cellulo (1914).

Le Rendez-vous des mélomanes (1943), un cartoon appartenant à la série des Merrie Melodies de la Warner Bros., est un exemple typique de dessin animé sur cellulo. © Cartoon Warner Bros., YouTube, DP

Le dessin animé sur feuilles de cellulo

Depuis les années 1920, le dessin animé repose typiquement sur le cellulo, une feuille souple et transparente à l'origine composée de nitrate de cellulose, puis d'acétate de cellulose. Mais les animateurs ne travaillent pas directement sur le cellulo. Ils esquissent tout d'abord les dessins sur du papier-calque. Les phases du mouvement des personnages ou des éléments du décor sont représentées sur des calques différents que l'on peut superposer, ce qui évite d'avoir à redessiner entièrement tout ce qui demeure fixe d'une scène à l'autre.

La technique du cellulo est d'une efficacité redoutable

Si les dessins sont validés, ils sont ensuite décalqués à l'encre de Chine, ou, plus récemment, photocopiés, sur les cellulos, puis colorés à la gouache. La transparence du matériau permet, comme pour les calques, de dessiner les phases successives du mouvement sans avoir à redessiner systématiquement toute la scène. Il suffit d'empiler les cellulos les uns sur les autres, ainsi que sur un décor d'arrière-plan réutilisable, typiquement une peinture sur papier. Placés sur un banc horizontal, les cellulos sont ensuite effeuillés au fur et à mesure devant une caméra fixée à la verticale.

L’installation nécessaire pour filmer un dessin animé sur cellulo se présente ainsi. La caméra est située tout en haut de l’image. Elle peut descendre ou monter pour zoomer-dézoomer sur les cellulos, posés à plat sur la table. © Janericloebe, Wikimedia Commons, DP

Grâce à cette invention d'une efficacité redoutable, la technique du dessin animé a traversé la quasi-totalité du siècle sans refonte majeure. « Il y a eu des améliorations, mais pas de grosses révolutions jusque dans les années 1990 [arrivée de l'ordinateur] », précise Gilles Penso, réalisateur et journaliste pour L'Écran fantastique. Quelques autres techniques sont cependant venues contribuer au règne du cellulo.

La rotoscopie améliore la fluidité de l’animation

Au début du XXe siècle, quelques autres inventions sont venues renforcer l'emprise du dessin animé sur cellulo sur le cinéma d'animation ; la rotoscopie en est une. Brevetée par les frères Fleischer en 1915, la technique fait appel à des acteurs humains pour améliorer le réalisme et la fluidité dans les mouvements des personnages des dessins animés. « La rotoscopie est presque l'ancêtre de la motion-capture. Ce n'est pas la même technique, mais la démarche est la même : se servir de la référence humaine », indique Gilles Penso.

Les acteurs sont filmés tandis qu'ils jouent la scène, puis les animateurs décalquent leurs contours image par image sur les fameux cellulos. En d'autres termes, la rotoscopie permet de passer des prises de vues réelles au dessin animé. Parmi les films qui ont bénéficié de cette technique figurent le premier long-métrage Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains (1938), puis Alice au pays des merveilles (1951), ou encore Pocahontas (1995).

Le multiplan crée un effet de profondeur

Initiée dès les années 1920, une autre technique, celle du multiplan (1933), consiste à superposer plusieurs couches de cellulos, pour créer un arrière-plan et un premier plan plus réalistes. Cela donne de la profondeur et du relief au décor. Par exemple, le multiplan permet de reproduire le fait qu'un buisson devant un personnage le soustrait à la vue du spectateur, que la taille d'une montagne augmente plus on s'en rapproche, ou bien que les objets au premier plan se déplacent plus vite que ceux à l'arrière-plan lorsque la scène défile. « Cette technique nécessite une mise en place lourde et compliquée. Il faut faire bouger les cellulos à des vitesses différentes, décrit à Futura Gilles Penso. Elle était beaucoup utilisée par Disney, dans Fantasia (1946), Bambi (1947), etc. »

La technique du multiplan a été utilisée dans Blanche-Neige et les Sept Nains (1938). Les cellulos bougent devant la caméra, qui reste fixe pour donner l’impression que la scène défile. © The Walt Disney Company, DP

Le règne du cellulo s'achève progressivement à partir des années 1980-1990. La technique a aujourd'hui complètement disparu au profit de l'animation par ordinateur, autrement dit les images de synthèse. Mais, pendant longtemps, « le dessin animé traditionnel à la main et les images de synthèse ont cohabité », rappelle Gilles Penso. Des films comme La Belle et la Bête (1992), Aladdin (1993) ou Pocahontas (1995) mélangent les deux techniques.