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Histoire du cinéma d'animation

Dossier - Cinéma d'animation : les techniques des plus grands films
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Après la grande époque du dessin animé et des cartoons, le cinéma d’animation serait-il entré dans une nouvelle ère ? Depuis quelques années, une vague de films d’animation en images de synthèse déferle dans les salles obscures, dépassant même ceux en prises de vues réelles au box-office. Que se cache-t-il derrière ce succès ? Quelles technologies ont donné au cinéma d’animation le visage qu’il possède aujourd’hui ?

  
DossiersCinéma d'animation : les techniques des plus grands films
 

Quelles sont les origines du cinéma d'animation ? Celui-ci est né en même temps que le cinéma. Mais l'essence même du cinéma d'animation existe depuis bien plus longtemps. Explications.

Certains font remonter l'histoire du cinéma d'animation jusqu'à la Préhistoire pour trouver dans les peintures rupestres les premières représentations d'animaux en mouvement. D'autres font commencer l'histoire de l’animation au XVIIe siècle, avec un curieux objet dont le nom réveille l'imagination : la lanterne magique. Une chose est sûre, l'animation a commencé avant le cinéma.

Avant l’invention du cinématographe, un appareil appelé praxinoscope-théâtre d’Émile Reynaud (1879) produisait de courtes séquences animées à l’aide de bandes de ce genre, où sont dessinées les différentes phases de l’animation. © NCSSM, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

L'animation avant le cinéma

Pouvant projeter sur un écran des images peintes sur des plaques de verre grâce à la lumière d'une chandelle ou d'une lampe, la lanterne magique fait figure d'ancêtre des appareils de projection. Les images sont animées en utilisant deux plaques, l'une avec le dessin de départ, l'autre avec un élément de ce même dessin qui a bougé. Cela permet par exemple d'obtenir un squelette qui agite les bras et les jambes.

Une lanterne magique. L’animation fonctionne avec deux plaques en verre peintes à la main. © Andrei!, Flickr, CC by-sa 2.0

Au cours du XIXe siècle, l'animation se manifeste grâce à d'autres machines astucieuses, ou jouets scientifiques, basées sur une illusion d'optique, tels :

  • Le thaumatrope (1825) : un disque comportant un dessin sur chaque face. Le faire tourner rapidement combine les deux dessins.
  • Le phénakistiscope (1832) : un disque percé d'une dizaine de fentes entre lesquelles figurent des dessins. Pour observer les images s'animer, le spectateur doit se placer devant un miroir, mettre le disque en rotation et regarder à travers les fentes.
À l’époque, un spectateur regardant dans un miroir après avoir mis le disque du phénakistiscope en rotation pouvait observer une animation (ici, des boxeurs). © Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.5
  • Le zootrope (1834) : même principe que le phénakistiscope mais avec un tambour horizontal au lieu d'un disque. L'observation ne nécessite pas de miroir.
  • Le folioscope, ou flipbook en anglais (1868) : très simple à réaliser, il se présente sous la forme d'un petit livret de dessins à feuilleter rapidement pour produire l'animation.
  • Le praxinoscope d'Émile Reynaud (1877) : un zootrope amélioré, sans fentes et avec des miroirs réfléchissants placés devant chaque dessin à l'intérieur du tambour. L'appareil connaîtra des innovations successives jusqu'à aboutir au praxinoscope-théâtre (1879) puis au théâtre optique (1888), bénéficiant d'un décor et pouvant projeter les images sur un écran comme une lanterne magique. Émile Reynaud réalise avec son théâtre optique des courts-métrages de plusieurs minutes, tel Pauvre Pierrot (1892), en se servant de longues bandes constituées de petites plaques peintes à la main, puis, plus tard, de photographies.
Le praxinoscope à projection d'Émile Reynaud en 1882. © Louis Poyet, Wikimedia Commons, DP

À l'exception du folioscope, tous ces jouets d'optique ont disparu face à un redoutable concurrent capable d'enregistrer les images, puis de les projeter : le cinématographe (1895), inventé par les frères Lumière. En effet, ce n'est pas une coïncidence si le cinéma d’animation et le cinéma en prises de vues réelles portent le même nom. « Ils ont commencé en même temps », déclare à Futura Gilles Penso, réalisateur et journaliste pour L'Écran fantastique.

Pauvre Pierrot (1892), d’Émile Reynaud, est un des tout premiers dessins animés de l’histoire. © NickelOdeonsChannel, YouTube

Naissance du cinéma d’animation

Au XXe siècle, l'animation passe sur pellicule, support du cinéma, et acquiert son statut de cinéma d'animation autour des réalisations de quelques pionniers. Segundo de Chomón filme un court documentaire avec des modèles réduits de trains, intitulé Choque de trenes (1902). James Stuart Blackton et Émile Cohl produisent respectivement les dessins animés Humorous Phases of Funny Faces (1906) et Fantasmagorie (1908). Le premier dessine ses personnages à la craie sur un tableau noir ; le second à l'encre de Chine sur papier, puis fait des clichés négatifs de ses dessins, inversant les couleurs pour reproduire l'effet tableau noir vu chez Blackton. Ladislas Starewitch met en scène des scarabées naturalisés dans La Cigale et la Fourmi (1911), puis des marionnettes dans Le Roman de Renard (1937). Citons encore Les Aventures du prince Ahmed, de Lotte Reiniger (1926), un long-métrage d'ombres chinoises.

Le cinéma d'animation et le cinéma ont commencé en même temps.

Les années 1930 voient surgir les grands studios d'animation américains tels les très célèbres The Walt Disney Company, à qui l'on doit les Silly Symphonies (1929-1939) et Mickey (1929 à nos jours), ainsi que Warner Bros., qui a créé les Merrie Melodies (1931-1969), sans oublier Fleischer Studios, père de Betty Boop (depuis 1930). Ils consacrent le dessin animé comme la technique phare du cinéma d'animation et inventent le cartoon, variante plus humoristique, violente et délirante. Le dessin animé sur cellulo, dont on parlera plus précisément dans la page suivante de ce dossier, va longtemps dominer le milieu, puis sera évincé par l'ordinateur.