Les historiens de la Grèce antique pourront désormais compter sur un nouvel outil pour l’étude de textes anciens. L’entreprise DeepMind a développé Ithaca, une intelligence artificielle capable de combler les trous dans les vieilles inscriptions abîmées.

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L'entreprise britannique DeepMind, société sœur de Google, n'en finit pas de décliner son intelligence artificielle (IA). Cette fois, l'entreprise s'attaque aux textes en grec ancien. Dans un article publié dans la revue Nature, ils présentent Ithaca, un réseau neuronalréseau neuronal profond qui assiste les historienshistoriens.

L'épigraphie est l'étude des inscriptions anciennes réalisées sur de la pierre, de la poterie ou du métalmétal. Cela leur a permis de survivre jusqu'à notre époque, mais bien souvent le support a été abîmé ou il manque des fragments, rendant la lecture impossible. Les historiens doivent alors comparer à d'autres textes pour tenter de combler les trous et estimer la date et le lieu d'écriture.

Un exemple de résultat, avec trois suggestions pour six lettres manquantes, la localisation avec une probabilité de près de 50 % et l’estimation de la date qui se trouve dans la fourchette généralement admise (300-250 av. J.-C.). © DeepMind
Un exemple de résultat, avec trois suggestions pour six lettres manquantes, la localisation avec une probabilité de près de 50 % et l’estimation de la date qui se trouve dans la fourchette généralement admise (300-250 av. J.-C.). © DeepMind

Un outil pour assister les historiens

DeepMind, en collaboration avec plusieurs universités, a entraîné Ithaca sur 78.608 inscriptions écrites en grec ancien entre le VIIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle après J.-C., et provenant de tout autour de la Méditerranée. L’IA suggère plusieurs solutions pour un fragment manquant, que ce soit quelques lettres ou plusieurs mots, avec une estimation de la probabilité. Elle atteint une précision de 62 % dans la restauration des textes. Elle parvient à identifier l'origine géographique de l'inscription avec une précision de 71 % et sa date d'écriture à 30 ans près.

Ithaca ne se destine pas à remplacer le travail des historiens, mais constitue un outil supplémentaire qui nécessite d'être surveillé par des spécialistes. Des experts seuls ont réussi à restaurer d'anciens textes avec une précision de seulement 25 %, un chiffre qui passe à 72 % avec l'aide de l'IA. Les équipes comptent étendre l’intelligence artificielle à d'autres langues anciennes, comme l'akkadien, le démotique, l'hébreu et le maya.