Le Karl G. Jansky Very Large Array ou plus couramment le Very Large Array (VLA) -- en français, le très grand réseau -- est un réseau de 27 antennes paraboliques mobiles de 25 mètres de diamètre chacune situé au Nouveau-Mexique, États-Unis. Elles sont disposées en Y (deux axes de 21 km et un de 19 km) et leurs données combinées offrent la résolution d'un radiotélescope géant de 36 kilomètres de diamètre. Début 2020, l'Institut Seti et l'Observatoire national de radioastronomie (NRAO) ont annoncé une collaboration pour utiliser le Very Large Array ( VLA) pour la première fois. Grâce à une nouvelle interface Ethernet économique, il sera possible d'utiliser le VLA pour rechercher des technosignatures 24 heures sur 24 - 7 jours sur 7, ainsi que pour explorer d'autres phénomènes astrophysiques naturels de manière novatrice. Le nouveau système s'appelle le Commensal Open-Source Multimode Interferometer Cluster Search for Extraterrestrial Intelligence (COSMIC SETI). © ktsdesign, Adobe Stock
Sciences

Un signal radio inhabituel a été détecté en direction de Proxima du Centaure

ActualitéClassé sous :civilisations extraterrestres , BLC-1 , Breakthrough Starshot

[EN VIDÉO] Le premier signal radio issu d’une exoplanète  Des chercheurs de l’université Cornell (États-Unis) ont enregistré ce qui ressemble à un signal radio issu d’une exoplanète située à environ 50 années-lumière de notre Terre, Tau Bootis Ab. La signature, nous disent-ils, de son champ magnétique. La promesse de disposer désormais d’un nouvel outil pour étudier les planètes situées en dehors de notre Système solaire. @ Ryan MacDonald, Institut Carl Sagan, Université Cornell 

Il y a quelques années, le milliardaire Yuri Milner a lancé le projet Breakthrough Initiative qui se décline sous deux formes en rapport avec un financement sur 10 ans à hauteur de 92 millions d'euros du programme Seti. La première, et la plus importante, le Breakthrough Listen, consiste à tenter de détecter des émissions de civilisations E. T. dans le domaine radio. Le Breakthrough Listen a fait une détection très intrigante, mais il va falloir attendre un peu pour en savoir plus et il faut garder la tête froide.

Gageons que cela va être l'un des buzz de cette fin d'année 2020 et qu'il reviendra sur le devant de la scène au début de l'année 2021. Un ou des membres du programme Seti, plus précisément du projet Breakthrough Listen financé par le milliardaire Yuri Milner ont visiblement laissé fuiter volontairement, ou par mégarde, une information qui a été révélée par  le très réputé journal  britannique The Guardian.

Elle a depuis été confirmée par deux articles dans Scientific American et National Geographic. Des signaux radios ayant passé une première batterie de filtres pour exclure des phénomènes naturels ont été captés lors d'observations effectuées entre avril et mai 2019 par des membres du Breakthrough Listen à l'aide du radiotélescope de l'observatoire australien Parkes. Ils semblent venir de l'étoile Proxima Centauri et la source qui l'a émise a été baptisée BLC-1 pour "Breakthrough Listen Candidate 1".

Les exobiologistes du Breakthrough Listen devraient publier au moins un papier à ce sujet l'année prochaine. Si on en croit les faits révélés par les articles, les signaux détectés ont des propriétés que l'on s'attend surtout à voir avec des technosignatures.

« On parle beaucoup de sensationnalisme avec Seti. La raison pour laquelle nous sommes si enthousiastes à propos de Seti, et pourquoi nous y consacrons nos carrières, est la même raison pour laquelle le public est si passionné par ce sujet. C'est à propos des extraterrestres! C'est génial! » explique Andrew Siemion, chercheur principal du Breakthrough Listen, dans l'article de National Geographic.

Une vidéo pour la promotion de la recherche de civilisations E. T. dans l'univers via notamment le projet Breakthrough Listen financé sur 10 ans à hauteur de 100 millions de dollars (environ 92 millions d'euros), soit trois fois plus que ce qu’avait déjà fait Paul Allen, le cofondateur de Microsoft avec Bill Gates. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « Français », puis cliquez sur « OK ». © Breakthrough Initiatives, YouTube

Une technosignature, oui mais laquelle ?

« Seule la technologie humaine semble produire des signaux comme ceux-là. Notre WiFi, nos tours de téléphonie cellulaire, notre GPS, les communications radios avec satellites - tout cela ressemble exactement aux signaux que nous recherchons, ce qui rend très difficile de savoir si quelque chose provient de l'espace ou de la technologie générée par l'homme » ajoute  dans le même article Sofia Sheikh, étudiante en thèse de la Pennsylvania State University et membre de l'équipe Breakthrough qui dirige l'analyse du signal de BLC-1.

En l'occurrence, l'énergie du signal est concentrée dans une bande étroite de fréquences, autour de 982.002 megahertz, et il subit ce qui semble bel et bien être un décalage Doppler, exactement ce à quoi on doit s'attendre si la source se trouve sur une planète en mouvement. Ce pourrait donc bien être une technosignature, oui mais laquelle ?

Elle pourrait être bien terrestre, un émission issue d'un fonctionnement anormal dans un bâtiment, un avion ou un satellite militaire inconnu en orbite pourrait fort bien faire l'affaire et est même nettement plus crédible selon les chercheurs.

On ne peut pas non plus exclure à ce stade un  phénomène naturel exotique.

Rappelons qu'en 1967, lorsque le premier pulsar a été découvert, ses pulsations régulières avaient aussi été interprétées comme la technosignature d'une civilisation E.T. avancée. D'ailleurs, la source radio détectée avait alors été baptisée LGM pour Little Green Men, « petits hommes verts », en anglais. En 1965, des astronomes russes pensaient aussi avoir détecté une civilisation E.T. L'intensité de la source radio CTA 102 variait trop rapidement pour les modèles d'objets de l'astrophysique de l'époque.

Or nous savons maintenant qu'il s'agissait d'un effet de la physique des quasars.

Superposition d’une vue du ciel austral, acquise par le télescope de 3,6 mètres de l’ESO à l’observatoire de La Silla au Chili, et d’images de l’étoile Proxima Centauri (angle inférieur droit) et du système d’étoiles double Alpha Centauri AB (angle inférieur gauche) acquises par le télescope spatial Hubble. Proxima Centauri est l’étoile la plus proche du Système solaire. Elle est l’hôte de la planète Proxima b, découverte au moyen de l’instrument Harps qui équipe le télescope de 3,6 mètres de l’ESO. © Y. Beletsky (LCO), ESO, Esa, Nasa, M. Zamani

Alpha et Proxima du Centaure font rêver exobiologistes et auteurs de SF

Mais rêvons un peu, supposons que ce soit bel et bien une technosignature E.T. Ce serait absolument incroyable car l'étoile Proxima Centauri est la plus proche du Soleil, à seulement 4,2 années-lumière environ, et depuis 2016 nous savons qu'elle possède une exoplanète en orbite : Proxima Centauri b

Proxima Centauri fait partie du système triple d'Alpha du Centaure. Il est constitué de deux étoiles proches l'une de l'autre au point de former une étoile binaire, Alpha du Centaure A et B (à 4,36 années-lumière), et d'une troisième étoile, Alpha du Centaure C, à 4,22 années-lumière, également appelée  Proxima du Centaure.

Le système triple d'Alpha du Centaure a fait rêver les exobiologistes et en particulier les auteurs de science-fiction depuis longtemps en raison des caractéristiques des étoiles de son système double. Alpha Centauri A est en effet une étoile de type spectral G2, c'est-à-dire une naine jaune très semblable au Soleil, et Alpha Centauri B, un peu moins lumineuse, est de type spectral K1 donc d'un type proche du Soleil. Il n'est donc pas étonnant que de nombreux récits de SF fassent état de planètes habitables avec des formes de vie extraterrestres autour d'une des étoiles d'Alpha du Centaure.

Les nombreux fans quadragénaires et plus du livre de science-fiction Vaisseaux de l’espace de l’an 2000 à l’an 2100 de Stewart Cowley peuvent en témoigner. Avec des illustrations de peintres, ce livre, le premier d'une série, raconte l'histoire de la découverte en 2036 des civilisations d'Alpha, puis de Proxima du Centaure, et de la guerre qui s'ensuivit avec cette dernière. Regroupant ces illustrations à la façon d'un livre d'histoire présentant des avions de la seconde guerre mondiale (l'ouvrage date de 1978), il laisse songeur quand on pense aux dernières découvertes sur les exoplanètes.

Le livre mythique Vaisseaux de l'espace de l'an 2000 à l'an 2100 de Stewart Cowley raconte l'histoire de la découverte en 2036 des civilisations d'Alpha puis de Proxima du Centaure, et de la guerre qui s'ensuivit avec cette dernière. Regroupant des illustrations à la façon d'un livre d'Histoire présentant des avions de la Seconde Guerre mondiale (l'ouvrage date de 1978), les dernières découvertes sur les exoplanètes lui donnent une surprenante actualité. En effet, on a de bonnes raisons de penser que l'exoterre la plus proche pourrait être à moins de 22 années-lumière. Des images de synthèse donnent vie aujourd'hui aux vaisseaux des guerres d'Alpha du Centaure. © Adrian Mann, Vimeo

Une origine extraterrestre très improbable

Mais ne laissons pas les rêves prendre le pas sur l'approche rationnelle et scientifique. Futura a demandé l'avis d'un des membres de l'Institut Seti, l'astronome français Franck Marchis, par ailleurs très impliqué dans l'imagerie des exoplanètes et bien connu des lecteurs de Futura pour ses travaux sur le volcanisme de Io et comme l'un des membres d'Unistellar, la start-up française derrière l'eVscope (Enhanced Vision Telescope) . Voici sa réponse, qu'il a reprise et précisé dans la vidéo ci-dessous :

« Il est trop tôt pour se prononcer sur la véracité et la nature de ce signal car personne n'a vu le papier scientifique qui est en préparation. Comme beaucoup de scientifiques, j'ai énormément de questions, par exemple:

  • Comment se fait-il que le signal ait été détecté qu'une seule fois sur 30h en avril et mai?
  • Pourquoi les observateurs n'ont pas alerté la communauté scientifique pour confirmer le signal après sa découverte? 

Il serait tout de même extraordinaire que dans les 300 millions d'exoplanètes qui pourraient être habitables dans notre galaxie de 200,000 années-lumière de diamètre, deux civilisations (la nôtre et celle qui serait sur Proxima b ou c) utilisant la même technologie en même temps seraient proches de seulement 4,2 années-lumière.

C'est une coïncidence qui me parait tellement improbable que je pense que l'on va trouver rapidement une explication plus terre-à-terre sur l'origine de ce signal. Après les monolithes, l'annonce de l'existence d'une soi-disant "fédération galactique" par Haim Eshed, nous avons désormais un signal "WOW! 2020" qui semble avoir fuité via un scientifique du groupe Breakthrough Listen. Bizarre non ? ».

On  peut consulter aussi à ce sujet le blog d'Élisabeth Piotelat, représentante bien connue sur Futura de la SETI League en France, et qui a participé à une mise à jour de l'échelle de Rio.

Des explications plus complètes de Franck Marchis. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © SETI Institute

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