C’est un travail de 18 mois qui vient d’aboutir. L’Union astronomique internationale (UAI) vient de publier ses recommandations pour préserver le ciel face à l’afflux de satellites en orbite, qu’ils jugent dangereux par leur impact sur l’astronomie.


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    Protéger le ciel sombre. Le document provient du Centre for the Protection of the Dark and Quiet Sky from Satellite Constellation Interference (CPS) de l'IAUIAU et de la National Space Foundation (NSF). Il détaille les effets néfastes pour le ciel des constellations de satellites, de sorte à servir de base pour tout cri d'alerte des scientifiques dans le monde. Outre les astronomesastronomes, ont participé à sa rédaction des industriels et des conseillers politiques.

    Les satellites mais également l'éclairage public sont une source considérable de pollution céleste et lumineuse. Alors faut-il éclairer moins ou différemment ? © Futura

    Effets de tous genres

    Le rapport documente les différents effets de la pollution lumineusepollution lumineuse associée au passage d'un satellite réfléchissant la lumière du Soleil dans un ciel nocturnenocturne. Pour rappel, selon sa brillance, son passage dans le champ d'un télescope peut plus ou moins fatalement nuire aux observations des étoiles et autres objets. Cela impacte d'ailleurs non seulement les observatoires au sol, mais aussi Hubble !

    Voir aussi

    Les satellites sont devenus « une menace mondiale sans précédent pour la nature »

    Sont également mentionnés les risques d’interférences avec les observations en radioastronomie. Le CPS alerte aussi sur les risques pour la relation de l'Humanité avec le ciel, si on le voit toujours plus traversé par des objets artificiels.

    Capture d'écran de la traînée des 60 satellites Starlink de SpaceX, filmée le 24 mai 2019 par l'astronome néerlandais Marco Langbroek. Aujourd'hui, il est de plus en plus courant d'en voir, au point de changer notre rapport au ciel ? © Marco Langbroek, AFP
    Capture d'écran de la traînée des 60 satellites Starlink de SpaceX, filmée le 24 mai 2019 par l'astronome néerlandais Marco Langbroek. Aujourd'hui, il est de plus en plus courant d'en voir, au point de changer notre rapport au ciel ? © Marco Langbroek, AFP

    Des recommandations pour une meilleure résilience, et pour limiter les dégâts

    En cas d'inaction, le rapport alerte sur une transformation de notre vision des étoiles à force de voir, mais sans aide, de nombreux satellites traverser notre ciel. Il conclut aussi qu'en plus d'une gêne généralisée des observations optiques ou radio, la pollution céleste nuira à la protection planétaire car les astéroïdesastéroïdes ou comètescomètes croisant la trajectoire de la Terre seraient encore plus difficiles à voir et à positionner. Le CPS présente ses recommandations :

    • la mise en place de politiques nationales et internationales pour préserver la qualité des observations scientifiques et du ciel, en limitant par exemple la magnitudemagnitude des satellites en orbiteorbite basse de sorte à être invisibles à l'œilœil nu, en libérant l'orbite une fois la mission du satellite terminée, ou encore en préservant certains domaines de fréquencesfréquences pour la radioastronomie ;
    • une prise en compte de la brillance des satellites et de leurs émissionsémissions radio avant de donner tout feufeu vert à leur mise en orbite ;
    • soutenir la communauté astronomique à faire face aux perturbations liées aux constellations de satellites ;
    • un travail commun entre l'industrie et les astronomes sur le design des satellites pour réduire les effets des perturbations, comme la NSF l’a déjà fait en accord avec SpaceX l'année dernière.
    Il fait hurler les astronomes ! Le satellite de communication BlueWalker 3 est presque devenu l’objet le plus brillant de notre ciel nocturne. Il n'est que le précurseur de toute une constellation. © AST SPACEMOBILE
    Il fait hurler les astronomes ! Le satellite de communication BlueWalker 3 est presque devenu l’objet le plus brillant de notre ciel nocturne. Il n'est que le précurseur de toute une constellation. © AST SPACEMOBILE

    Un bon timing ?

    Par chance, une partie des recommandations rejoint les lignes de bonne conduite concernant la fin de vie d'un satellite, comme l'équiper d'un kit de désorbitation, ou dans sa gestion de son environnement face à l'augmentation de débris spatiaux.

    Nombre de satellites mis en orbite (chiffres datant du 29 février 2024). Jusqu'à un cumul de 100 000 satellites actifs en 2030 ? C'est ce que concluent plusieurs analyses. © D. Chrétien, Spacekiwi
    Nombre de satellites mis en orbite (chiffres datant du 29 février 2024). Jusqu'à un cumul de 100 000 satellites actifs en 2030 ? C'est ce que concluent plusieurs analyses. © D. Chrétien, Spacekiwi

    Les recommandations de l'IAU pourront peut-être trouver un écho dans la rédaction des futures réglementations spatiales en cours d'écriture, comme une nouvelle version de la Loi française des opérations spatiales, de l'European Space Law, ou des règles de l'agence fédérale américaine de l'aviation, en charge des affaires spatiales.