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Galileo : retour à la case départ pour le GPS européen ?

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Décidément rien n'est simple dans l'Europe de l'Espace... Après des débuts plutôt prometteurs, le projet Galileo de positionnement par satellite connaît de plus en plus de déboires et de retards, au point que Bruxelles envisage de reprendre la main face à la lenteur des industriels qui s'avèrent incapables de s'entendre sur l'organisation et la répartition du travail.

Satellites Galileo (vue d'artiste). Source : Galileo

Galileo Industries, maître d'œuvre du dispositif, est un consortium qui regroupe Thales Alenia Space (38 %), EADS Astrium (38 %), Thales (12 %) et Galileo Sistemas y Servicios (12 %). Bien que son siège soit implanté à Munich, il existe en fait deux centres de décision, à Munich et à Rome. A ce jour, et malgré plusieurs avertissements, le contrat de cession aux industries privées n'a toujours pas été signé, prend de plus en plus de retard et achoppe notamment sur le partage des risques liés au programme.

Les causes de ce qui peut être qualifié comme une chamaillerie sont diverses.

Tout d'abord, les différents industriels estiment chacun de leur côté avoir les meilleurs atouts pour construire cette constellation satellitaire: EADS n'est plus à présenter, et la distribution de ses divers sites en Allemagne, France, Grande Bretagne et Espagne peut lui permettre d'organiser à elle seule la distribution géographique. La branche italienne d'Alenia a procédé à l'intégration de tous les satellites de la constellation Globalstar et la capacité de son site de Rome, qui peut assurer l'assemblage de 4 à 5 satellites par mois, s'offre comme une garantie sérieuse. Mais il faut aussi compter sur les Britanniques de SSTL, une émanation de l'Université du Surrey, spécialisée dans les micro-satellites et qui peut également prétendre jouer un rôle important.

De l'autre côté, on trouve les Etats. Si la fourniture des 30 satellites représente une manne financière et un beau carnet de commandes jusqu'à 2012 pour les industriels, l'implantation des stations sol pour le contrôle et l'administration d'une telle constellation représente des emplois et surtout des revenus assurés pour plusieurs décades. Les pays les plus intéressés sont bien entendu ceux qui ne disposent pas d'industrie spatiale, car il n'y a pas de réelles contraintes sur la localisation des équipements au sol.

Les intérêts d'un tel projet concernent donc aussi bien le privé que le public, et lorsque les Etats parviennent à se mettre d'accord par l'intermédiaire de leurs commissions ministérielles, ce sont soudain les industriels qui se sentent lésés pour une quelconque raison et remettent la répartition du travail sur le tapis. Quoi de plus étonnant pour un programme aussi fondamental et majeur, susceptible de générer plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires sous forme d'activités directes ou dérivées ? En gros on pourrait dire que la raison de ces atermoiements n'est pas l'Europe, mais son absence...

Des retards qui profitent à la concurrence

En attendant, cette valse-hésitation risque d'être particulièrement profitable à la concurrence, et il y a, notamment outre-Atlantique, des intérêts prêts à tout pour ne pas laisser une seconde chance à l'Europe en cas d'échec des négociations.

Aujourd'hui, la date limite du 10 mai pour la création d'une société d'exploitation du système Galileo et de la mise en place d'un Président approche à grands pas et il paraît évident que les sociétés directement impliquées dans le projet (EADS, Thales, Alcatel-Lucent, Immarsat, Finmeccanica, AENA, Hispasat, et diverses firmes associées à Deutsche Telekom), réparties dans huit Etats européens, sont dans l'incapacité de trouver un accord. En conséquence, la Commission Européenne se prépare à retirer le contrat de construction au consortium privé au profit d'un financement intégralement public, selon un budget estimé à 3,4 milliards d'euros.

Il restera encore à l'Union Européenne de trouver les fonds nécessaires pour éponger les dépassements de coûts générés par cette situation de mésentente, et qui sont eux, estimés à quelque 2,4 milliards d'euros.

Une nouvelle proposition d'offres auprès des entreprises candidates n'est pas exclue, mais celle-ci ne pourrait intervenir avant la construction et la mise en orbite du réseau satellitaire, soit vers la fin 2012.

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