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Les caractères du système et le système

Dossier - Conscience artificielle, principes architecturaux
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Transposer un système psychique humain dans un système informatique orienté multi-agent et connecté en temps réel à des corps de robots et à des mécanismes de contrôle-commande, est un objectif scientifique aujourd'hui réalisable. Il s'agit de construire un système unifiant matériels et logiciel complexes permettant une totale indépendance comportementale, et avec des envies, des soucis, des émotions et un certain profil psychologique.

  
DossiersConscience artificielle, principes architecturaux
 

Donnons une définition constructiviste de ce que doit être la pensée artificielle, en terme de système :

  • Pour pouvoir générer de la pensée artificielle, il faut définir l'architecture d'un système qui doit, par nécessité, produire des représentations vues comme des objets internes appréciés et sans cesse reconstruits. Il doit être en action de reconformation de ses multiples structures, formant des boucles de rétroaction d'amplitudes différentes. Il doit pouvoir produire des états de conformation généraux qui seront des émergences conduites par des tendances fortes, non aléatoires, valant à chaque instant pour une correspondance forme - signification et que l'on nommera alors "fait de conscience artificiel" : ce seront des représentations référant à différentes choses du monde réel.

Le système devra donc avoir les caractères suivants :

  • C'est un système informatique lié à un double flux informationnel incessant, l'un venant de l'extérieur via les capteurs et effecteurs de la corporéité du système, et l'autre, interne, activant des potentialités mémorielles.
  • Il est composé d'entités calculables rationnelles, multiples, qui sont proactives, chacune ayant un fondement cognitif et géométrique et ayant toutes la qualité d'être évolutives, s'agrégeant à d'autres ou se détachant d'agrégations, formant des boucles de rétroactions.
    Il a une architecture permettant de constituer un vécu événementiel sous forme de mémoire organisationnelle systématiquement augmentable, qui est une structure plastique permettant de créer sans cesse de nouvelles mémorisations : tout accès à cette mémoire la modifie. Cette mémoire est basée sur les relations entre les entités de base évolutives, ce qui est de l'ordre du cardinal des parties de l'ensemble des entités de base.
  • Il subit des tendances fondamentales vues comme des contraintes générales du niveau organisationnel profond, qui sont des tendances pulsionnelles irrépressibles et des forces émotionnelles.
  • Il peut objectiver et mémoriser des structures à la fois informationnelles et géométriques valant, en étant activées, pour des éléments de signification, pour jouer sur lui-même et de lui-même.
  • Il peut, à tout niveau du caractère fractal de son déploiement, lier ses parties actives à sa totalité.
  • Selon la sensation et l'émotion éprouvée à propos de l'objet interne émergent, le système poursuit ses générations dans le même cadre ou réalise une bifurcation et change de centre d'intérêt.


Fenêtre de visualisation montrant la communication entre des agents logiciels et produisant une carte de niveau agent montrant les activités agrégatives par le fait des communications entre certains groupes d'agents.

Nous avons trouvé une architecture pour un tel système. Nous avons utilisé de manière majeure la notion d'agent logiciel dans la modélisation et la notion d'évaluation géométrique des conformations des organisation dynamiques d'agents. Nous avons utilisé la notion d'agent de manière radicale, en créant un système basé sur les interactions et évaluant on-line les formes géométriques de celles-ci. Nous plaçons donc l'agent comme le correspondant du groupe neuronal actif détenteur d'éléments de signification dans la génération du fait de penser. Une pensée artificielle est le résultat de l'agrégation de très nombreux traits précisant son objet, et nous faisons correspondre à cela des nuées d'agents logiciels ayant à opérer des regroupements multiples, grâce à leurs accointances évolutives.

Le comportement effectif global du système multi-agent sera essentiellement réalisé par l'évaluation du comportement de l'ensemble de ses agents actifs, et le système sera donc construit de manière à produire ces effets comportementaux. Ce sont dans les agents que seront placés les caractères d'actions et de tendances à l'organisation du système. Le contrôle sera réalisé par des agents spécifiques négociant les comportements des agrégations, des groupes qui se font et se défont, à tous les niveaux. Il y a quatre organisations d'agents dans le système générant des pensées artificielles :

  • L'organisation agent des prises d'informations avec l'environnement, via la scrutation des capteurs, qui est réalisée par des agents réactifs.
  • L'organisation agent des éléments de base, l'équivalent des groupes neuronaux : ce sera le niveau agent de base. Ces éléments, évolutifs, sont évidemment construits à l'avance et disponibles en mémoire.
  • L'organisation agent des éléments de représentation de l'activité des éléments du niveau précédent, qui seront des éléments formant une expansion évaluée géométriquement : ce sera le niveau morphologique.
  • L'organisation agent du contrôle, exprimant l'action des tendances et des pulsions du système : ce sera une organisation sur le niveau morphologique, disponible en mémoire sous la forme de multiples éléments de contrôle réifiant des tendances.


L'Interface Homme-Machine du prototype de génération de faits de conscience montrant (de gauche à droite et de haut en bas) des déformations de cartes sémantiques réalisant les regroupements d'agents selon la mémoire artificielle du système, une émergence sémantique correspondant à une action effective motivée, la convergence entre la visée et l'émergence, puis une fenêtre décrivant l'activation des agents logiciels avec possibilité de modification en temps réel. (Thèse M. Camus, LIP6).

En considérant les quatre niveaux d'éléments architecturaux précédemment définis, nous proposons un ensemble de conditions pour qu'un système produise des pensées artificielles :
1. Il existe un substrat d'éléments proactifs : des agents logiciels légers opérant par échange d'informations. La structure et les rôles de ces éléments via les ontologies étaient à trouver.
2. Il existe une fonction d'organisation, d'expression strictement géométrique, activant les éléments du substrat en permettant de multi-agrégations simultanées de ces éléments. La représentation géométrique, fractale, était aussi à trouver, car elle n'est pas observable naturellement.
3. Il existe des éléments de contrôle vus comme des champs organisateurs et permettant l'expression simultanée de multiples tendances, engageant systématiquement vers des émergences qui sont des préordres sur l'organisation et qui altèrent la fonction d'organisation. La transposition d'un système psychique dans le cadre de ce système est un problème pluridisciplinaire.
4. Le système composé de ces trois catégories d'éléments est contraint dans une boule ouverte soumise à un flux informationnel continu apprécié par des éléments du substrat. Ce travail est classique avec les résultats actuels obtenus entre système informatique et robots.
5. Toute émergence est un ordre partiel sur l'organisation, qui est évaluable par des éléments d'organisation comme un objet interne propre généré par le système lui-même, qui peut alors être apprécié comme le sujet de l'activation. L'introduction de la réflexivité dans un déploiement fractal est simplement la prise en compte du processus de déploiement, et pas seulement de son résultat. Nous étudions ce détachement entre résultat d'une fonction et processus de calcul de la fonction depuis fort longtemps, et c'est cela qui a conduit tous nos travaux sur les systèmes complexes contrôlés morphologiquement.