Expert Sciences

Alain Cardon

1946 -

Professeur des Universités

Classé sous :Homme
La compréhension de la pensée est une quête naturelle des sociétés humaines depuis toujours. Mais sa compréhension profonde au point de pouvoir la transposer dans l'artificiel des systèmes calculables est un nouvel enjeu, et qui est fondamental. C'est un défi scientifique mais aussi culturel, où l'homme se comprend au point de se déposséder, un peu ou beaucoup, de ce qui le distingue dans le vivant et qui lui a toujours été essentiel : son esprit. Il est donc vraiment nécessaire que la société s'engage elle-même avec discernement sur cette transposition. L'initiative de Futura-Sciences de présenter ce problème est donc un acte citoyen majeur. Elle permet à chacun qui visite ce site de comprendre le problème, de l'évaluer et de justifier son avis. L'avis des citoyens sur le problème de cette transposition est fondamental, car c'est bien le problème de chacun et de tous. Ma gratitude va donc à l'équipe de Futura-Sciences pour accepter de présenter le thème des machines pensantes. Puisse t-elle continuer longtemps à transmettre les connaissances scientifiques et la valeur des questionnements scientifiques.
Alain Cardon, Professeur des Universités

Biographie

Je suis né à Paris en 1946 dans une famille ouvrière. J'ai fait mes études secondaires en région parisienne et j'ai passé un baccalauréat de mathématiques au Havre à 16 ans. Puis j'ai intégré l'Université de Rouen où j'ai passé une maîtrise de physique, une maîtrise de mathématiques pures, une maîtrise de mathématiques appliquées, une licence de chimie, des UV d'économie, de droit et de philosophie.

J'ai ainsi beaucoup bénéficié de la richesse des enseignements universitaires. J'ai passé une thèse d'informatique théorique à l'Université de Rouen (1974).

Ma carrière de chercheur n'a alors pas cessé, entre Rouen et Paris VI, sous différents thèmes : informatique théorique, programmation applicative, didactique des disciplines, gestion de production, gestion de situations d'urgence. Mes travaux sur l'émergence de sens et la conscience artificielle ont réellement commencé vers 1990, mais en menant toujours des recherches plus académiques et en développant des enseignements dans tous les cycles universitaires. J'ai publié plus de 100 articles, livres ou communications en congrès depuis cette date.
 
Je pense avoir suivi une carrière universitaire finalement très classique et réalisé une bonne partie de mes rêves de chercheur. C'est ce que permet l'université, institution quand même très privilégié dans ce monde...

Métier

L'engagement dans de telles recherches est un engagement complet : ce sujet de recherche n'est pas basé sur un objet extérieur qui s'appréhende objectivement lors d'expériences de laboratoire et se quitte ensuite, ce n'est pas un lourd travail de codage informatique à faire à partir de spécifications précises, c'est principalement de la recherche de modèles calculables et c'est surtout le questionnement sur soi-même, sur sa façon d'être amené à penser et à se penser.

Pour trouver les réponses aux difficiles questions sur la conscience artificielle, pour avancer sur le problème et trouver les réponses, pour trouver le modèle qui permettra d'architecturer le système, il faut en faire son monde : il faut vivre son modèle en déploiement, il faut le penser et le rêver sans cesse, il faut changer de relation au réel en le reconstruisant à partir de cette recherche. C'est un peu une mise en retrait par rapport à l'immédiateté du monde social et culturel habituel, mais c'est aussi une aventure extraordinaire. Telle est l'aventure scientifique que nous permet notre esprit.

La modélisation d'un système psychique artificiel a avancé. Et ce qui est extraordinaire est qu'une fois trouvées les bases architecturales, la voie ouverte est immense et beaucoup de problèmes difficiles se résolvent alors, créant le l'évolution et le décalage avec avant.

Et il s'agira, après la découverte de cette modélisation, de définir un vécu artificiel, en fait un passé artificiel permettant au système hébergé en communication avec des corps de robots ou de capteurs, de se poster dans son monde. Ceci est à faire, c'est une lourde tâche qui n'est pas neutre. En ce sens, questionner sur la conscience artificielle en transposant notre conscience des choses et de nous-mêmes conduit nécessairement à une très profonde humilité. La science apporte ici, très précisément sur ce problème, sa qualité et valeur exceptionnelles sur l'appréhension du réel : chercher essentiellement avec raison et rationalité ce que permet et ce qu'est la pensée humaine.