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Un fauteuil roulant qui se pilote... avec la langue

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Des chercheurs américains ont fabriqué un système qui pourrait changer la vie des personnes tétraplégiques. Grâce à un aimant attaché sur la langue par piercing, elles peuvent commander à distance leur fauteuil roulant.

Maysam Ghovanloo, le directeur de cette étude, se tient derrière Jason DiSanto, un patient tétraplégique et un des premiers à tester le Tongue Directional System (TDS) qui permet de piloter un fauteuil roulant avec la langue. Sur l’image, on peut apercevoir l’aimant accroché à sa langue. © Maysam Ghovanloo, Georgia Tech

Les personnes tétraplégiques sont souvent isolées du monde et peu de moyens leur permettent de se déplacer facilement. Avec une paralysie des quatre membres, même l'emploi d'un fauteuil roulant est un challenge quotidien. Heureusement, les chercheurs ne sont pas en manque de ressources quand il s'agit de faire preuve d'ingéniosité.

Mis au point dans les années 1960, le système Sip-and-Puff permet de contrôler un chaise roulante en inspirant et en expirant dans une paille. Grâce à leur respiration, les personnes handicapées peuvent ainsi se déplacer sans aide. Cependant, les tâches qu'elles peuvent effectuer avec cette technologie sont limitées et ne permettent pas de se mouvoir très facilement.

L'ensemble du dispositif : un casque, un aimant accroché à un piercing et un smartphone. Lorsque la personne bouge la langue, le mouvement est détecté par le casque qui envoie cette information au smartphone. Ce dernier dirige alors le fauteuil roulant. Cette technologie peut également être utilisée pour remplacer la souris d’un ordinateur. © Maysam Ghovanloo, Georgia Tech

Une équipe du Georgia Institute of Technology aux États-Unis a fabriqué un appareil robotisé encore plus ingénieux. Cette fois, ce n'est pas la respiration qui pilote le siège mais la langue. Ce dispositif ingénieux, appelé Tongue Directional System (TDS), offre plus d'autonomie aux personnes paralysées et a de quoi changer leur vie. Les premiers tests, présentés dans la revue Science Translational Medicine, sont très encourageants.

La langue en guise de télécommande

Le projet est né en 2005 lorsque les chercheurs se sont penchés sur les excellentes capacités motrices de la langue, dont la mobilité est rarement affectée par la tétraplégie. Le système est composé d'un aimant fixé à la langue et d'un casque qui peut détecter ses mouvements. Le casque envoie les informations à un smartphone qui peut commander le pointeur sur un écran d'ordinateur ou bien diriger un fauteuil roulant. Ainsi, en bougeant leur langue, les patients se déplacent à leur guise sans aide extérieure. « Il fallait trouver le moyen de fixer l'aimant sur la langue sans que celui-ci ne s'échappe, explique Anne Laumann, participante aux travaux. C'est alors que l'idée du piercing sur la langue nous est venue. Qui aurait pu penser qu'une telle procédure serait un jour utile aux personnes handicapées ? »

Pour tester l'appareil, les chercheurs ont recruté 34 volontaires, dont 11 personnes tétraplégiques et 23 qui ne l'étaient pas. Ils ont comparé leur aisance à utiliser le système Sip and Puff et le TDS durant cinq ou six sessions d'environ deux heures et demie chacune, pour la conduite d'un fauteuil ou pour commander un ordinateur. Même si la moitié des candidats handicapés étaient déjà habitués à utiliser le Sip and Puff depuis de nombreuses années dans la vie courante, leurs performances en rapidité de mouvements ont été trois fois meilleures avec le TDS. En revanche, pour la précision, les deux technologies se valent.

Le TDS, un système facile à maîtriser

Avec la pratique, les participants sont devenus de plus en plus à l'aise avec le TDS. À la fin de la dernière session, ils étaient tous capables de finir avec succès les parcours que les chercheurs avaient mis en place. « Le TDS s'apprend très rapidement et pourrait facilement aider les personnes tétraplégiques », explique Maysam Ghovanloo, le directeur de l'étude.

Ces travaux offrent un espoir pour les personnes handicapées. Pour le moment, les expériences ont été menées en laboratoire ou à l'hôpital. Les scientifiques veulent maintenant tester le système ailleurs, dans la rue ou à l'intérieur des maisons, là où les patients vont en avoir besoin.

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