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Anévrisme de l’aorte familial : un des gènes mutants identifié

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Une mutation sur le gène à l'origine de la protéine TGFβ2 serait impliquée dans des formes familiales de l'anévrisme de l'aorte. Cette découverte relance l'espoir d'un diagnostic plus précis et plus précoce ainsi que de nouvelles solutions thérapeutiques, face à une maladie qui frappe parfois par surprise.

L'artère aorte, ici en rouge, est le plus gros vaisseau du corps humain. Elle part du cœur et a pour mission d'apporter le sang vers tous les organes. De ce fait, la pression sanguine y est très forte. En cas d'anévrisme de l'aorte thoracique, la mort est inévitable. Il faut donc agir avant. © Henry Gray, Gray's Anatomy, DP

L'anévrisme de l'aorte thoracique est une maladie silencieuse se traduisant par la dilatation progressive de l'aorte qui peut finir par se rompre. Cette pathologie, dont on reconnaît de plus en plus l'importance avec le développement des techniques d'imagerie (échographie, IRM, scanner), reste le plus souvent asymptomatique jusqu'au décès du patient par rupture du vaisseau. Il est donc important de la reconnaître à temps.

L'âge de survenue des anévrismes n'étant pas toujours identique, un examen normal ne permet pas d'éliminer définitivement le risque et en cas de forme familiale, il est de règle de répéter les échographies pour vérifier l'absence d'apparition d'une dilatation aortique chez les apparentés. La prise en charge est actuellement limitée au traitement bêtabloquant qui n'a pas démontré son efficacité en dehors du syndrome de Marfan, et à la chirurgie lorsque la dilatation atteint un niveau critique.

Une seule mutation favorise les risques d'anévrisme de l'aorte et donc d'hémorragie interne. En décelant cette mutation chez les patients en amont, on pourra sauver des vies. © Maurizio De Angelis, Wellcome Images, flickr, cc by nc nd 2.0

Une mutation stop de TGFβ2 potentiellement mortelle

En étudiant des familles recrutées au Centre de référence national sur les syndromes de Marfan et apparentés, dirigé par Guillaume Jondeau (hôpital Bichat, AP-HP) où sont réalisés le diagnostic et la surveillance des patients et de leur famille, l'équipe de Catherine Boileau (Unité Inserm 698, hôpital Ambroise Paré AP-HP) a démontré l'implication d'un gène particulier dans le développement de ces anévrismes.

En effet, comme expliqué dans la revue Nature Genetics, une mutation stop du gène permettant la synthèse de la molécule TGFβ2 normalement libérée par les cellules musculaires lisses de la paroi aortique a été identifiée comme étant l'anomalie biologique initiale responsable d'anévrisme dans quatre familles (trois françaises et une grande famille américaine étudiée par l'équipe de Diana Milewicz, University of Texas (Houston). 

Ces travaux ouvrent de nouvelles possibilités diagnostiques et probablement thérapeutiques de la pathologie. « Ces résultats permettront de développer des outils de diagnostic d'anévrisme ou de risque de développement d'un anévrisme chez les différents membres d'une famille donnée. Ils sont également utiles pour établir le pronostic des patients, la chirurgie semblant ici nécessaire tardivement comparée à d'autres formes (syndrome de Marfan par exemple), explique Guillaume Jondeau. Enfin, ils permettront d'ouvrir des perspectives thérapeutiques intéressantes, par exemple en renforçant le signal de la molécule TGFβ2. » Pour Catherine Boileau, cette découverte devrait permettre de proposer dès maintenant un diagnostic moléculaire chez les apparentés à risque dans les familles. 

Ces travaux ont fait l'objet d'une protection par le dépôt d'une demande de brevet.

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