C’est le 11 mars 2011 que le drame a eu lieu : un séisme frappe le Japon et ébranle la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La ville de Fukushima est depuis devenue tristement célèbre. Quelles sont les conséquences de cette catastrophe sur la santé de la population ? Les experts veillent… © jpellgen, Flickr, cc by nc nd 2.0

Santé

Fukushima : la surveillance médicale des populations est renforcée

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L'accident nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi a exposé les habitants à un niveau important de radioactivité. Trois ans après la catastrophe, quelles sont les conséquences sanitaires ?

Dans une zone de 20 km autour de Fukushima, tous les habitants ont été évacués immédiatement après l'accident. Bien qu'ils aient été exposés à des doses importantes d'éléments radioactifs, aucune conséquence sur leur santé ne peut encore être attribuée avec certitude à cette exposition, estime Jean-René Jourdain, adjoint à la directrice de la protection de l'Homme à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). En effet, l'apparition de cancers à la suite d'une exposition à des éléments radioactifs met du temps. Mais pour s'en assurer, les autorités japonaises ont mis en place plusieurs suivis ciblés.

Depuis trois ans, les enfants de la préfecture de Fukushima font l'objet d'un suivi particulier, car ils présentent un risque accru de cancer de la thyroïde« C'est la seule conséquence sanitaire dont on soit sûr après l'accident nucléaire de Tchernobyl », explique Jean-René Jourdain. Une étude épidémiologique sur les 360.000 enfants qui vivaient dans cette zone au moment de l'explosion a donc été lancée. « Tous bénéficieront d'un bilan thyroïdien, composé d'une échographie, éventuellement complétée par une biopsie en cas de doute », poursuit-il.

La centrale de Fukushima Daiichi vue par les satellites de Google Earth. Les autorités japonaises intensifient le suivi médical des habitants de la zone pour mieux évaluer les retombées. © Google Earth

Après Fukushima, des cancers de la thyroïde à prévoir ?

Au dernier bilan, publié en décembre 2013 par l'université médicale de Fukushima, 226.000 enfants avaient bénéficié d'une première échographie. Parmi eux, 27 avaient été opérés et 32 sont encore en attente de résultat. Pour autant, il est très difficile de tirer des conclusions de ces chiffres. « Il n'existe aucune donnée sur les cancers de la thyroïde de ces enfants avant l'accident, explique Jean-René Jourdain. On ne peut donc pas comparer la situation actuelle avec une situation normale. »

Pour se prononcer, les médecins devront attendre un deuxième examen. Chaque enfant sera réexaminé tous les deux ans à partir de 2014, et ce jusqu'à l'âge de 20 ans, puis tous les cinq ans. « Le plus important sera alors de comparer le nombre de cancers diagnostiqués au cours du premier examen au nombre de nouveaux cas observés chaque année. [...] S'il reste constant, on pourra en déduire qu'il n'y a pas d'effet Fukushima. En revanche, si l'incidence augmente, alors on pourra parler d'un tel effet. »

Suivi psychologique pour les adultes

Les enfants ne sont pas les seuls sous surveillance. Un suivi a également été mis en place pour les 210.000 personnes évacuées de la zone autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. « Il s'agit dans ce cas d'une surveillance des conséquences psychologiques liées à l'évacuation, explique Jean-René Jourdain. Demander à quelqu'un de tout quitter en une heure, sans pouvoir envisager un retour, peut provoquer des dommages significatifs. »

Tabac, alcool, dépression : la qualité de vie de ces populations peut se trouver très affectée par ces changements radicaux. Pour l'évaluer, un questionnaire leur a été envoyé par les médecins chargés du suivi. « Si des désordres psychologiques sont constatés, les habitants sont joints par téléphone puis se voient proposer une consultation avec un psychologue si nécessaire. » Les premières comparaisons avant-après semblent révéler une augmentation de l'obésité, de l'hypertension et des perturbations du métabolisme des graisses et des sucres chez ces individus.

Enfin, les travailleurs de la centrale ayant dû intervenir autour des réacteurs après l'accident font l'objet quant à eux d'un dépistage systématique de tous les types de cancers. Mais pour le moment, aucune observation n'a été effectuée. « Il est très important de maintenir cette veille médicale renforcée sur le long terme, insiste Jean-René Jourdain. Une tumeur peut apparaître plusieurs décennies après l'exposition. »

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