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Fukushima : quels effets sur la population exposée à la radioactivité ?

ActualitéClassé sous :E2014

Près de 3 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Japon poursuit les vastes études entreprises pour mesurer les conséquences sanitaires des rejets de radioactivité sur la population environnante. Pour l'instant, aucun problème vraiment concret n'a été mesuré, mais les conséquences pourraient se manifester d'ici quelques années.

Le 11 mars 2011, le sol tremblait fort au large du Japon. Le séisme, de magnitude 9, a entraîné un violent tsunami entraînant la mort de 15.000 personnes au pays du Soleil-Levant, ainsi que la destruction de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Des émanations radioactives ont été libérées dans l'atmosphère et pourraient causer de nouvelles victimes à l'avenir, du fait de l'augmentation des risques de cancer dans la région. © Daveeza, Flickr, cc by sa 2.0

Quelles conséquences pour la santé après le terrible accident nucléaire de Fukushima ? La question taraude immanquablement les autorités sanitaires japonaises, qui ont entrepris, à la suite de ce drame, de mesurer l'ampleur des dégâts. Cette vaste étude est confiée à Shinichi Suzuki, spécialiste de la thyroïde à l'université de la ville. Pour l'heure, on ne déplore aucun décès dus aux radiations. Mais les effets pourraient se faire ressentir plus tardivement.

Puisque (malheureusement) ce n'est pas une première, les scientifiques disposent d'un peu de recul sur les potentiels troubles constatés. Commençons pour une fois par les bonnes nouvelles : les autorités nippones estiment que la quasi-totalité (99,4 %) de la population n'a été exposé qu'à des doses de radioactivité faibles (moins de 3 millisieverts, proche de ce que l'on trouve dans la nature). Parmi les effets visibles dans les mois suivants une irradiation : les fausses couches, les naissances prématurées ou les malformations congénitales. Or, aucune hausse particulière n'a été relevée. Un signe encourageant.

Mais la radioactivité est pernicieuse et ne révèle ses dangers que bien des années après. Les expériences d'Hiroshima, de Nagasaki ou de Tchernobyl ont révélé une augmentation de l'incidence des cancers de la thyroïde, notamment à cause de l'iode radioactif qui est capté et utilisé par la glande. Les enfants sont principalement concernés. Une vaste campagne de dépistage a été organisée pour les mineurs de la préfecture de Fukushima. Avec des résultats surprenants.

Des effets de la radioactivité visible dans bien des années

Les derniers chiffres, portant sur 240.000 des 360.000 enfants de la région japonaise, révèlent une soixantaine de grosseurs suspectes au niveau thyroïdien. Une de ces tumeurs est bénigne, et 27 au moins sont cancéreuses. Le diagnostic n'a pas encore été posé pour les autres. Des chiffres qui paraissent anormalement élevés, pour un cancer rare. Verrait-on déjà se profiler les effets de la catastrophe nucléaire ?

À priori non. Le recul pris par rapport aux drames du passé suggère qu'il faut environ 5 ans pour que la maladie thyroïdienne se déclare. Cette vaste étude permet donc de donner un niveau de référence dans la population, qui sera comparé avec les taux relevés dans quelques années dans le but de vérifier s'ils augmentent ou non. Un suivi régulier est mis en place chez tous les jeunes qui pourraient développer une tumeur à l'avenir.

D'autres cancers peuvent être induits par la radioactivité. Mais les délais d'apparition sont souvent encore plus longs et ne seront mesurés que dans bien des années. Difficile donc d'estimer précisément à l'heure actuelle l'étendue des dégâts. Pour limiter le drame, une prise en charge précoce permettra sûrement de diminuer la sévérité des cancers. Mais probablement pas dans tous les cas...

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