Ce n'est pas de la télépathie ni une vraie interface cerveau-cerveau, mais Rajesh Rao (à gauche) a réussi, à l'aide d'appareils médicaux et d'Internet, à forcer Andrea Stocco (à droite) à tapoter sur le clavier au bon moment lorsqu'il jouait à un jeu vidéo. © Université de Washington

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En vidéo : un homme fait bouger le doigt de son collègue à distance

ActualitéClassé sous :biologie , télépathie , fusion mentale

Deux chercheurs états-uniens viennent de prendre part à une expérience assez troublante. Le signal électrique émanant du cerveau de l'un des protagonistes a permis au second de taper sur le clavier au moment opportun. Une performance possible grâce à des technologies courantes. Un exploit ? Pas tant que cela...

Les auteurs de science-fiction ont toujours de bonnes idées pour imaginer le futur. Et les réussites scientifiques récentes peuvent les y aider. En février dernier, des chercheurs avaient aidé des rats, séparés de 6.500 km, à collaborer, en établissant une connexion entre les cerveaux des rongeurs. Plus récemment, un expérimentateur humain réussissait même à faire bouger la queue d'un rat. Pourra-t-on bientôt contrôler l'esprit des animaux ? De quoi donner de la matière aux scénaristes d'anticipation, surtout quand on sait que ces recherches ont été en partie financées par la Darpa, une agence de la Défense des États-Unis...

Désormais, c'est une prouesse en apparence comparable qui fait le buzz. Un communiqué de l'université de Washington, à Seattle, explique que deux de ses scientifiques ont pris part à une expérience étonnante. Leurs cerveaux, reliés à des machines elles-mêmes connectées à Internet, sont entrés en contact et l'un des deux expérimentateurs a pu forcer l'autre à bouger ses doigts. Pour rire, les deux protagonistes parlent de fusion mentale, performance que les Vulcains, espèce extraterrestre dans Star Trek, maîtrisent du bout des doigts.

Des cerveaux connectés par Internet

Le 12 août dernier, Rajesh Rao, spécialiste de longue date des interfaces cerveau-machine, est assis dans un bureau, une couronne d'électrodes au-dessus de la tête, reliées à un électroencéphalographe (EEG), une machine couramment utilisée pour détecter l'activité électrique du cerveau. Le dispositif est connecté à Internet. En face de lui, un écran avec un jeu vidéo, auquel Rajesh Rao joue par la pensée. Le concept : tirer avec un canon sur un avion. Le chercheur devait donc penser très fort à bouger ses doigts sans réellement les mouvoir, afin que l'EEG puisse enregistrer le signal électrique lié à l'action.

Cette vidéo explique le déroulé de l'expérience. Dans un premier temps, on peut voir Rajesh Rao tenter de jouer au jeu vidéo uniquement par la pensée, sans bouger sa main. C'est finalement Andrea Stocco, dans une autre pièce, dos à l'écran et équipé d'un autre dispositif, qui va tirer sur l'avion et l'abattre. © uwneuralsystems, You Tube

Dans une autre pièce du campus se trouvait son collègue, Andrea Stocco. Il était quant à lui équipé d'une bobine utilisée pour la stimulation magnétique transcrânienne (TMS), là encore un outil commun dans les cliniques, qui vise à stimuler spécifiquement certaines régions du cerveau. L'appareil était placé au dessus de son cortex moteur gauche, qui contrôle les mouvements des parties droites du corps.

Comme on peut le voir sur la vidéo, Andrea Stocco est dos à l'écran et ne voit pas ce qu'il s'y déroule. Pourtant, lorsque l'avion passe au-dessus du canon, il est bel et bien abattu. En réalité, le signal cérébral envoyé par Rajesh Rao a été traduit et envoyé par Internet jusqu'à l'outil de TMS de son compère, qui a alors inconsciemment appuyé sur la barre d'espace. Le concerné a avoué avoir eu le sentiment d'un tic nerveux.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Un exploit retentissant ? Pas forcément, de l'avis des spécialistes. Tout d'abord, ce travail n'a pas (encore ?) été publié dans une revue scientifique, ce qui suggère qu'il n'a pas été analysé par des chercheurs indépendants. D'autre part, les connaisseurs se montrent assez critiques quant à la performance. Il ne s'agit pas d'une réelle interface cerveau-cerveau, ni de télépathie. Mais simplement de la traduction d'un signal électrique en impulsions magnétiques, un peu comme si on stimulait électriquement un muscle. Finalement une technologie assez simple.

Les auteurs reconnaissent eux-mêmes que ce système à sens unique ne permet pas de lire les pensées, mais uniquement de réaliser des tâches simples, et est réservé à un personnel équipé et entraîné. On est donc encore bien loin du manipulateur qui prend le contrôle de l'esprit d'un autre.

Mais les auteurs ont bon espoir de voir un jour se concrétiser l'aventure dans laquelle ils se sont lancés. Les personnes paralysées pourraient constituer une cible privilégiée et profiter de prothèses pleinement efficaces pour récupérer de leur handicap. Le communiqué évoque aussi la possibilité pour un pilote au sol de reprendre le contrôle d'un avion dans lequel le personnel naviguant serait devenu inapte, à travers un passager volontaire pour se laisser guider dans ses mouvements. De quoi réécrire le scénario d'un célèbre film parodique états-uniens...

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