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Science décalée : davantage de testostérone, moins de mensonges ?

ActualitéClassé sous :biologie , science décalée , testostérone

Les hommes aux taux de testostérone les plus élevés seraient plus honnêtes. C'est le résultat surprenant d'une étude menée par des spécialistes d'économie et de neurologie qui espèrent mieux comprendre les causes biologiques du mensonge. Ainsi, l'hormone sexuelle mâle, à laquelle on associait des comportements antisociaux, pourrait jouir d'une meilleure image.

La testostérone est souvent associée à la virilité, caractéristique typiquement masculine. Cette hormone que l'on considérait comme vicieuse, favorisant l'agressivité ou les comportements dangereux, pourrait aussi s'avérer vertueuse et encourager l'honnêteté. © Andresr, StockFreeImages.com

Accusée de rendre violent, antisocial ou de favoriser les prises de risque, la testostérone ne donne pas une bonne image d'elle-même. Pourtant, elle confèrerait aussi des qualités aux hommes la produisant en quantités importantes, puisque l'hormone sexuelle mâle favoriserait l'honnêteté et de ce fait inhiberait le mensonge. Tout cela par fierté personnelle et pour donner une bonne image de soi...

Le contexte : la testostérone n’a pas bonne presse

Hommes et femmes diffèrent dans leurs taux en hormones sexuelles. Ces premiers présentent de la testostérone en forte quantité contre des bas niveaux en œstrogènes, à l'inverse de ces dames. L'hormone mâle intervient à plusieurs niveaux : elle est responsable des caractères sexuels masculins, favorise la croissance musculaire et interfère avec le comportement. On l'accuse notamment d'être responsable de l'agressivité masculine, de l'augmentation de la libido ou est associée aux comportements à risque. Une étude menée en 2008 dans les milieux financiers révélait d'ailleurs que ceux qui misaient le plus présentaient les plus forts niveaux de testostérone.

Ainsi, elle n'a pas forcément bonne réputation et on lui reproche de favoriser les attitudes antisociales. Mais est-ce toujours le cas ? Peut-être pas, selon des scientifiques du Centre pour les sciences économiques et les neurosciences de l'université de Bonn (Allemagne).

Intéressés par la façon dont ont été menées les études associant comportement et niveau de testostérone, les chercheurs ont entrepris de suivre le schéma inverse. Au lieu de corréler une action observée avec un taux d'hormone, ils ont décidé d'élever les taux de testostérone afin de voir l'impact sur un comportement : le mensonge. Leurs conclusions sont publiées dans la revue libre accès Plos One.

Les hommes avec de faibles niveaux de testostérone sont-ils tous des Pinocchio ? Et que dire des femmes alors ? © Beniamin η δωδέκατη, klearchosguidetothegalaxy.blogspot.fr cc by 3.0

L’étude : la testostérone associée à l’honnêteté

Quatre-vingt onze hommes volontaires ont pris part à l'expérience. Parmi eux, 46 se sont appliqués un gel à base de testostérone, quand l'autre moitié a eu droit à un placébo. Ni les scientifiques ni les patients ne connaissaient la composition de leur traitement, de manière à ce que le comportement n'en soit pas altéré.

Des endocrinologues de l'hôpital universitaire ont vérifié les jours suivants que le groupe testostérone présentait bien des taux hormonaux plus élevés.

Alors seulement le comportement pouvait être testé. Dans des cabines individuelles, les participants étaient invités à jouer à un jeu de dés. Leur objectif était d'atteindre le score le plus élevé possible pour obtenir une récompense pécuniaire plus importante. Ils devaient, en autonomie, rentrer leur résultat dans un ordinateur. Pour eux, l'expérience s'arrêtait là.

Statistiquement, chaque combinaison connaît la même probabilité d'apparaître que les autres. Ainsi, en toute logique et en considérant que les cobayes font preuve d'honnêteté, on devrait observer des données équilibrées. Un net avantage des scores les plus élevés sous-entendrait en revanche que les joueurs n'ont pas révélé leur vrai score...

Que conclut l'analyse des résultats ? Que les graphiques obtenus par le groupe traité à la testostérone sont beaucoup plus en accord avec les probabilités mathématiques que ceux du lot témoin. Autrement dit, ces derniers ont menti davantage sur leur score dans le but d'obtenir une récompense plus importante que ce qu'ils méritaient selon les règles du jeu.

L’œil extérieur : les hormones ne sont pas aussi simples

Ainsi, l'hormone sexuelle mâle révèle ses bons côtés : elle pousserait à l'honnêteté. Elle ne serait donc pas aussi antisociale que les études précédentes l'avaient montré. Selon les auteurs, elle favoriserait la fierté personnelle et le besoin de montrer une bonne image de soi.

Restent quelques points qui demanderont des précisions ultérieurement malgré tout. Car on sait très bien qu'avec les hormones, l'effet n'est pas toujours proportionnel à la dose. Par exemple chez la femme, au moment de l'ovulation, les taux en œstrogènes grimpent d'un seul coup. Or, la pilule contraceptive est elle aussi riche en cette hormone et au contraire, elle bloque le relargage de l'ovocyte. Autrement, que conclure de cette étude : que les femmes, qui ont de faibles concentrations en testostérone, sont probablement plus malhonnêtes que les hommes ? Nul ne l'affirme ni même le suppose...

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