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Les dangers du Fleuve Rouge

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Comment prévoir les inondations qui atteignent régulièrement l'Asie ? Comment améliorer la gestion des crues ? A travers le projet Flocods (FLOod COntrole Decision Support), des scientifiques vietnamiens, thaïlandais, chinois et européens ont analysé minutieusement le comportement du Fleuve Rouge. Résultat : un outil d'aide à la décision qui doit permettre de mieux maîtriser ses débordements - et ceux d'autres rivières tout aussi inquiétantes.

Les dangers du Fleuve Rouge

Long de 1 200 km, le Fleuve Rouge fait plus de la moitié de sa course en Chine. Au Viêt-nam, il forme un delta s'étalant sur 120 km2. Son bassin représente environ 80 000 km2 dans le nord du pays, où se concentre près d'un tiers de la population. Avec un débit d'environ 430 m3/s en saison sèche, il peut atteindre quelque huit à quatorze fois plus en période de pluies. De 1986 à 1995, ses inondations ont causé plus d'un millier de morts. Prenant ses sources dans les hauteurs du Yunnan, en Chine, le Fleuve Rouge fait ensuite cap vers le Sud-est, en direction du Viêt-nam. Avant de se jeter dans le golfe du Tonkin, il s'étale en un vaste delta. Ses origines montagnardes, ajoutées à un climat de mousson, lui donnent un caractère impétueux et des crues parfois très violentes. Son débit maximum (37 000 m3/sec.) a été enregistré en 1945 et les ouvrages contrôlant ses crues tiennent compte de valeurs variant entre 49 000 et 57 000 m3/sec.

La région du delta regroupe l'essentiel de la population et de l'activité économique du Nord du Viêt-nam (avec les villes de Hanoi et de Haiphong), et produit près du tiers des récoltes de riz du pays. Pour contrer les inondations, on a donc de longue date tenté de retenir le Fleuve Rouge. Ses digues peuvent, au besoin, être rompues pour répandre l'eau dans des régions agricoles peu peuplées ou, au contraire, s'élever pour protéger des zones sensibles. Des réservoirs d'eau sont continuellement mis en place et le lit du fleuve est régulièrement dragué.

En raison de la déforestation en amont et de la pression démographique, les populations ont tendance à s'installer dans les anciennes plaines inondables et le Fleuve Rouge continue de faire des ravages, tant humains que matériels.

Le bon choix

Après plusieurs années de recherche sur le delta du Mékong, Dan Nguyen, professeur à l'université de Caen, ex-étudiant de l'université de technologie d'Hô Chi Minh, souhaitait développer un outil permettant aux autorités vietnamiennes de choisir, en fonction de l'ampleur des crues du Fleuve Rouge, les mesures les plus appropriées. Un projet impliquant des experts vietnamiens du Département de contrôle des inondations et de gestion des systèmes de digues (DDMFC), de l'Institut de mécanique (IMECH) de Hanoi, ainsi que des chercheurs thaïlandais, chinois, français, portugais et néerlandais est mis sur pied. Baptisé Flocods, lancé en 2001, ce projet est financé à hauteur de 900 000 € par la Commission européenne (le coût total est estimé à 1 350 000 €). Durant trois ans, il a donné lieu à de multiples échanges, notamment lors de quatre colloques et de séjours de chercheurs européens en Chine et au Viêt-nam et de chercheurs asiatiques dans des pays de l'Union. "Nous sommes très loin de l'Europe et n'avons d'ordinaire pas les moyens d'aller y visiter nos confrères. Il s'agissait là d'une expérience unique pour de jeunes scientifiques" souligne Nguyen Van Diep, chercheur à l'IMECH.

Un travail en commun

L'IMECH et le DDMFC ont dressé l'inventaire des informations disponibles pour le delta du Fleuve Rouge : des données tant économiques (population, agriculture, industrie, commerce, tourisme, transports, dommages liés aux inondations, etc.) que techniques (moyens de contrôle, pluviosité, température, niveau de l'eau, topographie et débit du fleuve en divers points), très utiles pour tester le modèle socio-économique conçu par l'équipe de l'université de Twente (NL), chargée de simuler l'impact socio-économique des crues et de leur gestion.

Les chercheurs vietnamiens ont aussi contribué, avec des scientifiques français (Laboratoire de morphodynamique continentale et côtière de Caen, Institut national polytechnique de Toulouse), portugais (Laboratoire national de génie civil de Lisbonne) et thaïlandais (Institut asiatique de technologie), à améliorer des modèles hydrologiques et hydrauliques de prévision et de gestion des crues. Tous ces modèles, couplés dans un outil d'aide à la décision (Decision Support System), ont intégré des données issues d'images satellitaires, grâce à la contribution de l'Institut de recherche pour le développement (IRD - France) et de l'Institut d'automatisation (Chine).

En service...

Certains modèles développés dans Flocods ont été installés au Viêt-nam dans deux instituts concernés, le Comité central de prévention des crues et des tempêtes et le Centre national de prévision météorologique et hydrologique. On espère ainsi non seulement gérer au mieux les crues du Fleuve Rouge, mais également déterminer la dimension des réservoirs à construire ou encore estimer l'impact de la reforestation sur l'importance des crues."Le DSS pourrait aussi s'appliquer à d'autres sites similaires dans les régions tropicales et sub- tropicales d'Asie, explique Dan Nguyen. On l'adapte d'ailleurs au bassin de la rivière des Parfums, au centre du Viêt-nam, pour y mettre en place un outil de prévision à très court terme - c'est-à-dire de trois à six heures - et y repérer les principales mesures de lutte contre les inondations."

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