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Venise s'affaisse et se dresse au gré de la nature du sol

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Venise s'enfonce d'un millimètre par an, mais ce mouvement est loin d'être homogène. Par endroits, la ville s'affaisse de plus de 3 mm/an, tandis que dans d'autres elle s'élève ! Pour comprendre ce mécanisme, une équipe a réalisé une carte des zones d'affaissement et d'élévation dans laquelle les influences humaines et naturelles sont distinguées.

La période durant laquelle Venise peut être inondée suite à de hautes marées s'appelle acqua alta. Ce phénomène se produit entre l'automne et le printemps. © iJuliAn, Flickr, cc by nc sa 2.0

Venise s'enfonce... mais pas partout. L'équilibre de cette ville n'a somme toute rien de simple. Les bâtiments sont construits sur des piliers de bois et chaque année, ils sont attaqués par l'eau de mer, sous l'effet des marées. Régulièrement, la ville est inondée, ce que les Vénitiens appellent l'« acqua alta » (l'eau haute). Le phénomène est dû au couplage entre la marée et le sirocco, ce vent chaud d'Afrique qui empêche la lagune vénitienne de se vider. La hauteur de cette inondation augmente avec le temps, à mesure de l'enfoncement de la cité des doges. Néanmoins, la diversité de la nature des sols et l'activité humaine engendrent une dynamique tout à fait contradictoire par endroits.

Dans une nouvelle étude, publiée dans les Scientific Reports, une équipe italienne met en évidence qu'en certaines zones, des bâtiments s'enfoncent, mais que d'autres s'élèvent. En combinant les données de deux types de satellites, les chercheurs ont créé une carte qui répertorie, avec une précision de surface de 50 m2, les parties de la ville qui sombrent et celles qui gagnent de la hauteur. Mieux encore, ils sont en mesure d'identifier et de dissocier les changements provoqués par l'Homme de ceux causés par les facteurs naturels.

Les mouvements actuels des terres de Venise liés aux activités humaines sont représentés sur cette carte. En vert sont indiquées les zones où l'Homme a favorisé le redressement de la ville, et en rouge celles où au contraire il accélère le processus d'affaissement. © Tosi et al., Scientific Reports, 2013

Une dynamique d’affaissement franchement contrastée

L'équipe, menée par le chercheur Luigi Tosi, détermine qu'en raison de la variabilité des sols et de l'âge du sous-sol du lagon, la ville s'affaisse en moyenne de 0,9 ± 0,7 mm/an. En 2008, les interventions de l'Homme ont été responsables de mouvements de -10 à 2 mm/an. Ces déplacements sont généralement locaux. L'amplitude des mouvements influencés par l'activité humaine s'explique par le fait que les Hommes ont d'un côté entrepris de consolider les bâtiments les plus anciens, ou les plus lourds, ralentissant ainsi leur effondrement. Dans le même temps, certains ne sont pas restaurés, et le trafic maritime dans les canaux continue de faire sombrer certaines régions de la ville.

L'arrêt, depuis plusieurs années, du pompage des nappes phréatiques, a ralenti significativement l'enfoncement. Rappelons que le terrain sur lequel est fondée la Sérénissime est marécageux : elle repose sur 1.000 m de dépôts du Quaternaire. Or, en moyenne, le centre historique s'enfonce d'environ 1 mm/an. Si l'on combine cette estimation aux prévisions de la montée des mers, les scientifiques estiment que la cité pourrait bien s'affaisser encore de 53 cm d'ici 2100. La fréquence des acqua alta devrait alors quintupler. Néanmoins, en 2014, le projet Moïse devrait être opérationnel et considérablement changer ces chiffres. Depuis plus de dix ans, les autorités locales développent un système de digues flottantes pouvant bloquer, en cas de besoin, l'entrée excessive d'eau dans la lagune.

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