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Des terres rares au fond du Pacifique

ActualitéClassé sous :développement durable , géologie , océanographie

De très grandes quantités de terres rares ont été découvertes récemment sur les fonds du Pacifique par des chercheurs japonais. Pour la filière électronique, c'est une très bonne nouvelle. Pour les écologistes, un peu moins.

Terres rares. Dans le sens des aiguilles d'une montre, en commençant par le noir : praséodyme, cérium, lanthane, néodyme, samarium et gadolinium. © ARS-USDA, Wikipédia, domaine public

Des ingénieurs japonais de l'université de Tokyo viennent d'annoncer la découverte de quantités importantes de terres rares sur le fond de l'océan Pacifique, dans une étude publiée cette semaine sur Nature Geoscience. Les terres rares ne portent pas très bien leur nom puisqu'elles ne sont pas si rares que ça. Dans le monde, elles sont essentiellement produites par la Chine (97 % de la production mondiale), grâce à une main d'œuvre très bon marché. L'Australie et les États-Unis en produisaient également mais à des coûts tellement élevés qu'ils préfèrent importer la marchandise chinoise (voir carte ci-dessous).

Les terres rares sont en fait composées de plusieurs métaux. Avant les années 1950, on ne savait pas séparer ces différents métaux et les terres rares n'avaient qu'un usage limité. Depuis, on est capable de séparer chacun des métaux (lanthane, lutécium, scandium, néodyme, etc.) et leur usage est devenu très important. Ils sont particulièrement utilisés dans l'électronique : laser, lecteur MP3, etc. 

Diagramme montrant la production de terres rares (en kilotonnes) depuis 1950. © USGS, Wikipédia, domaine public

Mais pourquoi cette trouvaille satisfait-elle autant les Japonais si ces métaux ne sont pas rares ? Le problème est surtout géopolitique et économique, et concerne d'abord les relations difficiles entre les Nippons et les Chinois, et le Japon a soif d'indépendance vis-à-vis de son grand voisin, notamment pour ces produits devenus cruciaux pour l'électronique grand public. Pour les autres pays, et même si depuis quelque temps, quelques gisements ont repris leur activité au Canada et aux États-Unis, se défaire du monopole chinois représenterait un soulagement.

Tout de même, la découverte est de taille. En explorant 78 sites sur les fonds du Pacifique, à des profondeurs de 3.500 à 6.000 mètres, ils ont trouvé des concentrations de terres rares allant jusqu'à 0,2 %. Les chercheurs nippons assurent que, pour l'un des gisements au moins, un seul kilomètre carré pourrait couvrir un cinquième des besoins planétaires annuels ! Alors que dernièrement, la demande était plus importante que l'offre, la découverte japonaise devrait donc s'avérer bien utile.

Danger environnemental ?

Un bémol cependant : à l'instar des gaz de schiste, l'extraction des terres rares est un vrai danger. Pas uniquement sanitaire pour les ouvriers qui travaillent sur les sites d’extraction, mais également environnemental. Quel sera l'impact de telles méthodes sur la pollution sous-marine si les Japonais décident d'exploiter les gisements découverts ?

Selon Craig Smith, océanographe de l'université d'Hawaï interrogé par Nature News, l'extraction de ces terres rares, qui nécessiterait des bains d'acides, pourrait avoir un impact particulièrement nocif sur les sites hydrothermaux. Ces derniers abritent, sur les fonds marins, des écosystèmes fragiles et composés de nombreuses espèces endémiques. Yasuhiro Kato, un des auteurs de la découverte, assure cependant que le processus ne serait d'aucun danger pour ces sites puisque les acides ne seraient pas reversés dans l'eau.

Pas d'inquiétude pour l'instant, puisque la commercialisation de ces terres rares ne commencera pas avant vingt ans, selon un expert japonais interrogé par le Wall Street Journal...

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