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Contre le cancer, les promesses... du magnolia

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Utilisé depuis des siècles dans les médecines traditionnelles chinoise et japonaise pour traiter l'anxiété, l'honokiol, issu de l'écorce de magnolia, agit sur des cellules cancéreuses in vitro et in vivo dans des modèles de souris.

Le magnolia fournit de belles fleurs odorantes mais aussi une écorce renfermant une molécule qui semble détruire les cellules cancéreuses. © Marit & Toomas Hinnosaar, Flickr, cc by 2.0

Les magnolias, appréciés pour leurs grandes fleurs colorées et parfumées, permettront-ils bientôt de  combattre le cancer ? C'est ce que suggèrent de plus en plus d'études, dont une de l'université de l'Alabama à Birmingham, qui paraît dans la revue Oncotarget. Dans cette recherche, les scientifiques ont testé l'honokiol, l'un des principaux composés actifs de l'extrait de magnolia. L'honokiol est une molécule biphénolique de formule C18H18O2 présente dans l'écorce et les feuilles de l'arbre. Ses activités biologiques sont variées : anti-inflammatoire, anti-fongique, anti-oxydatif et anti-carcinogénique.

Ici, les chercheurs se sont intéressés plus particulièrement au carcinome de la tête et du cou à cellules squameuses. Dans trois cas sur quatre, ce cancer, dont le taux de survie est de 50 %, serait causé par l'alcool et le tabac. Actuellement, le traitement de ce cancer implique la chimiothérapie et la chirurgie, mais ces interventions sont associées avec une grande toxicité, des résistances au traitement et des problèmes d'élocution et de déglutition. C'est pourquoi le développement de nouvelles stratégies devient nécessaire.

Les chercheurs ont donc testé l'honokiol sur des lignées cellulaires dérivées de cancers humains de la cavité orale, du larynx, de la langue et du pharynx. Dans tous les cas, le composé avait un effet sur les cellules : les chercheurs ont montré que l'honokiol diminue significativement la viabilité des cellules cancéreuses et induit leur apoptose (leur mort) dans ces différentes lignées.

Le cancer de la tête et du cou à cellules squameuses touche particulièrement des fumeurs. © Julie, Flickr, cc by 2.0

L’honokiol cible le récepteur de l’EGF des cellules cancéreuses

Les chercheurs ont aussi testé l'honokiol sur des tumeurs implantées dans des souris, avec des résultats similaires : l'administration orale d'honokiol (à une dose de 100 mg/kg de poids corporel) a inhibé de manière significative la croissance de cellules cancéreuses greffées chez la souris. Il y avait  une induction de l'apoptose, sans signe apparent de toxicité chez les souris.

Du point de vue moléculaire, l'honokiol semble utiliser différentes voies biochimiques, mais ici les chercheurs ont montré que l'honokiol bloque le récepteur de l’EGF (epidermal growth factor). Une recherche précédente avait indiqué que ce récepteur de l'EGFR était surexprimé dans 90 % des cancers de la tête et du cou à cellules squameuses. Ce récepteur est donc une cible pour des thérapies contre ce cancer. Actuellement, le cetuximab, et d'autres médicaments comme le gefitinib (commercialisé sous le nom d'Iressa) ciblent déjà le récepteur de l'EGF. Mais les faibles taux de réponse, la toxicité et la résistance à ces médicaments limitent leur utilisation. Or l'honokiol se lie plus fortement au récepteur de l'EGF que le médicament gefitinib.

Les auteurs en concluent que l'honokiol apparaît comme une petite molécule bioactive intéressante pour traiter ce cancer ; elle pourrait être utilisée soit seule soit en combinaison avec d'autres médicaments disponibles. Le principal auteur, Santosh Katiyar, a déjà publié des travaux sur d'autres substances naturelles ayant un effet anticancer. Par exemple, ses travaux se sont intéressés au thé vert et aux proanthocyanidines des pépins de raisin.

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