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Le virus Zika, nouvelle menace véhiculée par le moustique-tigre ?

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Après la dengue et le chikungunya, faut-il craindre un troisième arbovirus, nommé Zika ? Si on le pensait rare mais émergent, à l'origine de seulement deux épidémies dans le Pacifique depuis 2007, une étude révèle qu'il pourrait être bien plus courant. La preuve au Gabon en 2007, où ce qu'on croyait être une épidémie concomitante de dengue et de chikungunya était en réalité complétée par tout autant de cas de fièvre Zika. Pas étonnant puisque les trois maladies partagent le même vecteur, le moustique-tigre, qui progressivement s'installe en France.

Le moustique-tigre Aedes albopictus est déjà connu pour être le vecteur de deux arbovirus, entraînant la dengue et le chikungunya. À ceux-ci il faut en ajouter un troisième, le virus Zika, plus fréquent qu’on ne le pensait jusque-là. © James Gathany, CDC, DP

Dans le groupe des virus de la dengue et du chikungunya, un nouveau venu commence à faire parler de lui. Originaire lui aussi d'Afrique, Zika a été isolé chez l'Homme dans les années 1960. Il y a quelques années encore, seuls quelques cas humains avaient été rapportés. Il faut attendre 2007 pour que le virus révèle sa capacité épidémique, avec 5.000 cas en Micronésie, dans le Pacifique, puis surtout, fin 2013 en Polynésie, où 55.000 personnes ont été touchées. À la lumière de ces récents événements, des chercheurs de l'IRD et du CIRMF au Gabon se sont repenchés sur l'épidémie concomitante de dengue et de chikungunya survenue en 2007 dans la capitale Libreville et qui a affecté 20.000 personnes. Présentant quasiment les mêmes symptômes que ses deux redoutés cousins, Zika est-il passé inaperçu aux yeux des scientifiques ?

Pour lever ce doute, les chercheurs ont analysé une seconde fois les échantillons sanguins prélevés il y a sept ans chez les malades. Les résultats parus dans Plos Neglected Tropical Diseases révèlent que de nombreux cas étaient dus au virus Zika. Les habitants de Libreville ont été infectés par lui avec la même fréquence que par les virus de la dengue ou du chikungunya. La capitale a donc en réalité connu en 2007 une épidémie concomitante de dengue, de chikungunya et de Zika. Par ailleurs, l'analyse de l'arbre phylogénétique des virus Zika détectés à Libreville confirme qu'il s'agit d'une souche appartenant à la lignée africaine ancienne. En d'autres termes, cette dernière se révèle plus virulente que prévu.

Le virus Zika est souvent asymptomatique, mais entraîne parfois quelques lésions, comme des éruptions cutanées. Néanmoins, sur les cas avérés, aucun n’a nécessité une hospitalisation, et la maladie a reculé d’elle-même en quelques jours. © FRED, Wikipédia, cc by sa 3.0

La France sous la menace de la fièvre Zika ?

Les scientifiques ont également ré-analysé les moustiques capturés en 2007. Ces travaux attestent pour la première fois de la présence de Zika chez Aedes albopictus, mieux connu sous le nom de moustique-tigre. Celui-ci, connu comme vecteur de la dengue et du chikungunya, véhicule donc aussi le virus Zika. C'est l'espèce prédominante à Libreville, où elle représente plus de 55 % des moustiques collectés. Le moustique-tigre prospère dans les petites retenues d'eau telles que bouteilles cassées, boîtes de conserve, pots de fleurs, pneus usagés à l'abandon, etc.

Originaire d'Asie, ce moustique a été introduit en Afrique en 1991 et détecté en 2007 au Gabon, où son arrivée a sans doute contribué à l'émergence de la dengue, du chikungunya et, comme le révèle cette nouvelle étude, de Zika. L'expansion géographique rapide de cette espèce invasive en Afrique, en Europe et en Amérique laisse craindre un risque de propagation de la fièvre Zika dans le monde, y compris dans le sud de la France, où l'insecte ailé s'installe progressivement.