Est-ce que le yéti existe vraiment ? Depuis plusieurs siècles, cette créature mythique hante les sommets de l’Himalaya. Entre fascination, peur et mystère, il suscite de nombreux débats ! Alors partons à la recherche de l’abominable homme des neiges pour en savoir plus à son sujet.


au sommaire


     

    Découvrez le podcast à l'origine de cette retranscription dans Science ou Fiction. © Futura

    Vous êtes en exploration dans l'Himalaya, et vous tombez neznez à nez avec une créature massive, bipède, qui ressemble à une sorte de grand singe ou à un homme immense, couvert d'une épaisse fourrure blanche ou brune ? Alors prenez vite une belle photo bien nette, parce que c'est exactement ce qu'on attend comme preuve de l'existence du Yéti.

    Le yéti et les croyances qui l'entourent

    Depuis des siècles, les montagnes de l’Himalaya, en Asie, ont été le théâtre de légendes et énigmes captivantes autour de celui qu'on appelle souvent l'abominable homme des neiges. Les récits à son sujet remontent à plusieurs siècles, et ont été transmis de génération en génération par les peuples habitant dans ces régions. C'est d'ailleurs grâce à ces récits que de nombreuses expéditions et enquêtes scientifiques ont été entreprises, pour découvrir si oui ou non, il y a bien une créature aussi fascinante qui vit tranquillement là-haut. Très récemment d'ailleurs, en 2019, une équipe de l'armée indienne, en expédition dans ces montagnes, a pris de curieuses photos d'immenses empreintes dans la neige. Des pattes de 81 centimètres de long et 38 centimètres de large seraient passées par là. Alors pour cette équipe, aucun doute, c'est le yéti. Le problème, c'est que, comme d'hab', depuis des siècles, on a des traces de pas parlantes certes, mais rien de plus concret. Le yéti fait partie de ces êtres vivants dont on n'a que des preuves indirectes d'existence, via des traces, des restes, des crottes et des témoignages oraux. Ça, c'est Michel Sartori qui le dit. Michel Sartori, c'est le directeur du musée de zoologie de Lausanne, en Suisse, et il est aussi cryptozoologue, c'est-à-dire qu'il étudie des animaux des mythes et légendes et dont on n'arrive pas à prouver l’existence.

    Je ne pense pas mais justement, d'où sortent ces preuves indirectes dont on parle ? En 1951, l'explorateur britannique Eric Shipton, spécialiste de l'Himalaya, fait une expédition dans cette chaîne de montagnes. Et surprise, durant cette exploration, il tombe sur une énoooorme trace de pas, très précise avec la forme des orteils dont un très gros pouce. Elle ressemble beaucoup à une trace de pas humaine, si ce n'est que... les pieds mesuraient plus de trente centimètres de long. L'explorateur partage alors sa découverte qu'il a photographiée, et dès lors, le monde entier s'intéresse au yéti, et se demande s'il existe. Tout porteporte à croire qu'il serait l'heureux propriétaire de cette paire de pieds géants. Les cryptozoologues, dont nous parlions tout à l'heure, s'y intéressent évidemment, et parmi eux, le fondateur de cette discipline : Bernard Heuvelmans. Vous ne le connaissez peut-être pas, mais pour l'anecdote, il était très ami avec Hergé, à qui nous devons les aventures de Tintin ! Heuvelmans a mené bien des études sur le yéti, et c'est d'ailleurs lui qui a pu fournir les informations nécessaires à la rédaction de Tintin au Tibet. Il a fini par léguer toutes ses archives au musée de Lausanne, et ainsi à Michel Sartori, dont je vous ai parlé à l'instant.

    Il n'existe aujourd'hui aucune preuve qui permette d'affirmer que le yéti vit parmi nous. © Philippe Semeria, Wikipedia
    Il n'existe aujourd'hui aucune preuve qui permette d'affirmer que le yéti vit parmi nous. © Philippe Semeria, Wikipedia

    Quelques expériences...

    Si on avance un peu dans l'histoire et dans le temps, en 2012, c'est Brian Sykes, professeur de génétiquegénétique humaine à l'université d'Oxford qui reprend l'affaire. Il voudrait faire des analyses génétiques sur des échantillons de poils qui ont pu être collectés et qui appartiendraient soi-disant au yéti. Il lance un appel international pour en récupérer un maximum, et va travailler avec Sartori sur une technique unique qui consiste à trouver des moléculesmolécules d'ADN mitochondriale dans les poils. Ensemble, ils cherchent un gènegène spécifique dans chaque poil pour savoir si on a affaire à une espèce connue ou non. Ils analysent une quarantaine d'échantillons de cette manière, et comparent ces molécules à des molécules présentes dans le code génétiquecode génétique d'espèces répertoriées. Ils réussissent à déterminer pour chaque échantillon l'appartenance à une espèce déjà connue.

    Donc, pas de yéti à l'horizon ! Par contre, on avait visiblement ici des échantillons de poils de chevaux, d'ours, de porcs-épics, de ratons laveurs et même d'humains. Mais, par la suite, en faisant un séquençageséquençage de l'ADNADN pour pousser l'analyse plus loin, ils se rendent compte que deux échantillons n'ont aucune correspondance avec un animal connu. Plus simplement, en recherchant un gène spécifique, ils ont d'abord eu l'impression de ne croiser que des espèces connues, mais en analysant l'ADN dans son intégralité, ils se sont rendu compte que la question était plus complexe. La seule correspondance qu'ils ont trouvée serait celle d'un ours polaire, et certaines séquences d'ADN se rapprocheraient même d'un ours qui aurait vécu entre 120 000 et 40 000 ans avant notre ère. Donc c'est plutôt curieux, d'autant plus que ça ne concordeconcorde pas avec le fait qu'on représente le yéti de manière humanoïdehumanoïde. Pour justifier cette apparence simiesque, l'hypothèse serait qu'il descendrait du gigantopithèque, un grand singe connu en Asie du Sud-Est, qui s'est éteint il y a environ 100 000 ans. Il mesurait entre 2 et 3 mètres, et pesait entre 200 et 500 kilos. Un énorme singe quoi. Vu la date de son extinction, il aurait pu être observé par les populations himalayennes de l'époque, et le mythe aurait perduré. D'autres hypothèses laissent penser que le yéti descendrait carrément de l'Homme de Néandertal ou d'Homo erectus.

    Au final, et s'il restait une légende ?

    Bon, comme vous pouvez le voir, les pistes sont nombreuses, mais pour l'instant son existence n'est pas prouvée. On n'a que des photos qui pourraient être de simples montages, des traces qui ne révèlent pas grand-chose et d'autres preuves imprécises qui ne permettent pas de tirer définitivement des conclusions. Vous le savez, en science, il faut plus que ça ! 

    Au fait, saviez-vous que la légende du yéti n'existe pas que dans l'Himalaya ? L'abominable homme des neiges vivrait aussi dans d'autres lieux, sous d'autres formes plus ou moins similaires, et sous d'autres noms. Par exemple, Bigfoot, aussi appelé Sasquatch, vivrait dans les forêts d'Amérique du Nord. On parle aussi de Migyhur, un être qui réside dans les forêts de bambous du Bhoutan, dans un endroit qu'on appelle le nid du Migyhur. D'ailleurs, je me demande si ce n'est pas ça qui a inspiré Hergé à appeler son yéti le migou, dans son album au Tibet. Bref, je ne vais pas toutes vous les énumérer mais en France aussi on a nos croyances, et plus précisément au Pays basque. Une créature de ce type aurait posé ses valises dans les Pyrénées basques, par exemple dans la forêt d'Iraty. On l'appelle Basajauna. Peut-être le croiserez-vous au cours d'une balade