Planète

La grippe aviaire peut-elle se transmettre par les chats ?

ActualitéClassé sous :zoologie , virus , grippe

Des chercheurs hollandais viennent de démontrer expérimentalement que le virus de la grippe aviaire peut se transmettre au chat. Ils ont publié leurs résultats le 3 septembre dans la revue Science. L'implication de ce résultat pour la transmission à l'homme est encore discutée.

Virus de la grippe

On se souvient de l'épidémie de grippe aviaire (connue aussi sous le nom de grippe du poulet) qui était apparue en Asie durant l'hiver 2003 et qui avait nécessité l'abattage de dizaines de millions de poulets. Selon les statistiques officielles 27 personnes seraient mortes, mais des cas plus tardifs ont été signalés ultérieurement. Le virus responsable est un virus de type A/H5N1. La transmission s'est faite des poulets à l'homme, mais on n'aurait observé aucune transmission homme/homme, contrairement à la grippe classique. De plus le faible nombre de cas observés face aux nombreux contacts humains avec des poulets contaminés (dans les élevages en particulier) laisse penser que cette souche n'a qu'une faible aptitude à infecter l'homme et les mammifères en général. Il manque en effet à cette souche les récepteurs permettant une contamination humaine efficace.

Toutefois l'OMS avait signalé en février 2004 quelques rares cas d'infections mortelles de chats (appartenant tous à la même famille) en Thaïlande. Un léopard et un tigre appartenant à un zoo situé à proximité d'un élevage de poulets avaient également été contaminés et le léopard en était mort. Ces observations étaient d'autant plus étranges qu'on n'avait jamais observé de cas de grippe chez les chats auparavant. On estimait donc qu'ils étaient résistants au virus de l'influenza.

C'est dans ce contexte que Thijs Kuiken et ses collègues de l'Erasmus Medical Center de Rotterdam ont infecté des chats avec le virus H5N1. Ils ont montré que dans tous les cas ils développaient des symptômes grippaux intenses et qu'on observait à l'autopsie les mêmes lésions pulmonaires que dans l'espèce humaine. L'infection a pu être obtenue aussi bien par injection que par voie alimentaire en nourrissant des chats avec des oiseaux malades. Plus grave encore, des chats élevés au contact des chats malades ont développé la maladie, montrant ainsi qu'il existe une transmission directe.

Par contre il a été confirmé au cours de cette étude que le chat n'est pas infecté par l'administration de la souche H3N2 habituellement impliquée dans les épidémies de grippe humaine.

Le chat peut-il être un vecteur de la grippe aviaire pour l'homme ?

La réponse habituelle est négative car on n'a observé aucun cas humain où cette espèce aurait pu être impliquée. Mais le problème se pose maintenant. « C'est un résultat extraordinaire qui va obliger l'OMS à y regarder de près » a déclaré Dick Thompson, porte-parole de l'OMS « Désormais nous allons devoir vérifier si les chats jouent un rôle quelconque dans la forme humaine de la maladie... Pour l'instant rien n'indique que ce soit le cas ».

Les organismes de santé sont plus inquiets au sujet du porc car celui-ci peut héberger aussi bien le virus H5N1 que le virus H3N2. Par une éventuelle recombinaison il pourrait en résulter une nouvelle souche de grippe aviaire dotée du pouvoir hautement infectieux pour l'homme de la souche H3N2. Mais Thijs Kuiken évoque un autre risque, par un mécanisme bien plus simple : celui que l'infection de divers mammifères, dont le chat, sélectionne progressivement des variants du virus aviaire de plus en plus aptes à infecter les mammifères, et par voie de conséquence l'homme.