Illustration de ce ver géant du Dévonien. © James Ormiston

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Ce ver aux mâchoires géantes vivait il y a 400 millions d’années

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Par Jean-Luc Goudet, Futura

Au Canada, des paléontologues ont découvert des mâchoires « géantes », de 1 cm, qui ont appartenu à un ver marin il y a 400 millions d'années. Il devait mesurer 1 m et témoigne d'une tendance au gigantisme qui a touché cette famille au Dévonien. Ces annélides sont devenus plus modestes depuis, mais un cousin de la famille est toujours vivant et peut atteindre 3 m.

Il vivait enfoui, protégé par le sable, dans les mers du Dévonien. Inférieur ou moyen, les humains trancheront un jour. Lui ignorait ce détail historique, passant sa vie immobile, attendant qu'une proie, poisson (il y en avait déjà il y a 400 millions d'années), trilobite ou brachiopode, vienne frôler ses antennes. Alors il surgissait du sol comme un diable d'une boîte et plantait ses puissantes mâchoires, son arme fatale, dans les chairs de sa victime.

Le corps de ce ver annélide était mou, comme nos vers de terre d'aujourd'hui. Mais ces mâchoires-là étaient dures. Persistant dans le sol bien après la mort de cet animal, elles se fossiliseront et parviendront jusqu'aux paléontologues humains qui se passionneront pour ces « scolécodontes ». Grâce à eux, se dessinera l'histoire de ces vers polychètes (« pleins de poils ») qui existent encore de nos jours, sous la forme de vers marins, comme les serpules, les sabelles ou les néréis.

Deux scolécodontes, c’est-à-dire une mâchoire fossile d’un ver marin. La barre d’échelle blanche, en bas à droite, mesure 1 mm. Ces deux lames coupantes atteignent le centimètre et appartenaient, il y a 400 millions d’années, à un ver marin eunicidé disparu, Websteroprion armstrongi. © Luke Parry

Pourquoi certains vers seulement sont devenus géants ?

D'ordinaire, leur taille varie de 0,2 à 1 mm. Mais les scolécodontes que Mats Eriksson, Luke Parry et David Rudkin ont trouvés dans la formation Kwataboahegan, en Ontario (Canada) mesurent 1 cm. Leur propriétaire était donc redoutable et, par comparaison avec ses cousins connus, actuels ou fossiles, ce polychète devait mesurer 1 m.

Un géant que les chercheurs ont baptisé Websteroprion armstrongi, le rangeant dans un genre nouveau, pour honorer Derek Armstrong, le géologue qui a récupéré ces fossiles en 1994, et, expliquent les auteurs, Alex Webster, un bassiste « métal » (voir le communiqué de l’université de Bristol). Des traces de vers géants marins de cette période avaient déjà été retrouvées mais c'est la première fois que l'on décrit aussi précisément des mâchoires leur appartenant.

Reconstitution artistique de ce que pouvait être ce ver géant du Dévonien. Surgissant de son abri creusé dans le sable, il agrippait ses proies avec des mâchoires puissantes. © James Ormiston

Un cousin de ce ver géant existe encore aujourd'hui...

Mats Eriksson, l'un des auteurs de l'article paru dans Scientific Reports, explique que le gigantisme est une voie évolutive connue chez les animaux mais W. armstrongi est le premier exemple chez les vers marins fossiles. Les descendants actuels des polychètes de cette époque sont généralement de tailles modestes. Seuls quelques-uns sont restés géants. Les auteurs classent leur ver du Dévonien dans la famille des Eunicidés. Il en existe aujourd'hui un membre célèbre, Eunice aphroditois, que les Anglo-saxons préfèrent appeler le ver Bobbit (Bobbit worm) pour des raisons que nous laissons au lecteur le soin de découvrir.

Cet animal plutôt terrifiant atteint parfois trois mètres de longueur et vit dans le sud des océans Indien et Pacifique. Il mord des proies qui s'approchent de son refuge dans le sable, les saisit et les engloutit pour les dévorer. C'est ainsi, sans doute, que devait chasser W. armstrongi. Pourquoi le gigantisme apparaît-il chez certaines lignées et pas chez d'autres ? Comment s'est-il répandu chez les vers marins ? Les paléoenvironnements et la faune de cette époque sont encore trop mal connus pour répondre à ces questions.

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