Les macrodéchets (sacs, bouteilles, boîtes, etc.) ne constitueraient que 20 % des objets en plastique qui flottent dans les océans. Par exemple, des animaux confondent les sachets dans l'eau avec des méduses et peuvent mourir asphyxiés. Les dégâts qu'ils peuvent causer sont donc directement visibles, à l'inverse de la pollution par les microplastiques. © Surfrider Foundation

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Les microplastiques, poisons négligés des écosystèmes marins

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Les océans foisonnent de microplastiques, et la tendance n'est pas près de s'inverser. Une étude vient pourtant de confirmer ce que de nombreux spécialistes soupçonnent : ce sont des poisons pour les écosystèmes marins. Chez des arénicoles, un transfert de polluants a indéniablement été établi entre les déchets et les tissus de ces animaux... qui ont vu leur physiologie se dégrader.

En 2012, près de 288 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde (chiffre de la fédération Plastics Europe). Malheureusement, une grande partie des objets manufacturés est amenée à finir sa vie dans l'environnement, par exemple dans les océans. Ils y sont alors érodés et divisés en des milliards de microparticules ingérables par la faune marine, à tous les niveaux trophiques. Problème : ces plastiques ont bien souvent été enrichis en composés potentiellement toxiques.

La question posée est donc de savoir si des transferts d'additifs (nonylphénol, phénanthrène, triclosan, PBDE-47, etc.) ont lieu entre les microplastiques et les tissus de l'hôte. De nombreux indices le suggèrent, mais peu de preuves indéniables ont été trouvées chez les organismes marins. Des chercheurs du National Center for Ecological Analysis and Synthesis (NCEAS) de l'université de Californie à Santa Barbara (États-Unis) se sont attelés à ce problème, en concevant et en appliquant un protocole expérimental adapté sous la direction de Mark Anthony Browne.

Ainsi, ils ont utilisé des arénicoles (Arenicola marina) non contaminées qu'ils ont fait évoluer dans des sables contenant 5 % de microplastiques enrichis en diverses substances, dont celles précédemment citées. Ces vers marins polychètes ont été choisis pour plusieurs raisons : ils sont fouisseurs (ils vivent dans des sédiments qu'ils « nettoient »), ils servent de nourriture à des poissons et des oiseaux limicoles, et ils sont déjà utilisés comme indicateurs écotoxicologiques dans de nombreux pays. Grâce à eux, la pollution par les microplastiques vient de prendre une nouvelle dimension.

Les arénicoles représentent jusqu'à 32 % de la biomasse des organismes qui peuplent les plages américaines ou européennes. © Auguste Le Roux, Wikimedia Commons, cc by 3.0

La physiologie des arénicoles impactée par les plastiques

Des polluants présents dans les microplastiques ont été retrouvés dans les tissus des arénicoles, à des concentrations excédant parfois 250 % de celles présentes dans les sédiments expérimentaux. Des chiffres encore plus impressionnants ont été obtenus lorsque les mesures se sont concentrées sur les tissus intestinaux : entre 360 % et 3.770 %. Avec de telles valeurs, la contamination est en mesure d'affecter la physiologie des arénicoles, voire la survie de nombre d'entre elles.

Par exemple, le nonylphénol, qui est utilisé comme antioxydant dans le PVC, a affaibli le système immunitaire des arénicoles en réduisant de plus de 60 % la capacité des cœlomocytes à se débarrasser de bactéries pathogènes. Pour sa part, le biocide triclosan a réduit de 55 % la capacité des vers à traiter des sédiments. La mortalité observée à la suite d'une contamination par ce même produit augmente dans les mêmes proportions. Enfin, même sans ces additifs, le PVC a des répercussions sur la santé des vers. Par exemple, leur sensibilité aux stress oxydatifs a augmenté de 30 %.

Il faut noter à ce stade que les produits ciblés sont déjà sur la sellette dans plusieurs pays. En cause, il a été démontré que quelques-uns étaient des perturbateurs endocriniens, dont certains utilisés dans des emballages alimentaires. Quoi qu'il en soit, cette étude publiée dans la revue Current Biology démontre bien que les microplastiques et leurs additifs peuvent perturber des fonctions écophysiologiques d'organismes marins. Étant donné le niveau trophique des arénicoles, elle sous-entend également que cette pollution sans cesse croissance pourrait profondément affecter les écosystèmes marins. Voilà donc une nouvelle raison pour s'y intéresser de toute urgence.