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Des bancs de méduses se répandent en Méditerranée

ActualitéClassé sous :zoologie , Pelagia noctiluca. Crédit David Luquet , Oceania.

L'envahisseur gélatineux est là ! Des essaims de méduses mauves de Stinger, répondant au doux nom de Pelagia noctiluca, se répandent en hordes impressionnantes dans le bassin méditerranéen.

Pelagia noctiluca. Crédit David Luquet, Oceania.

Ces méduses mesurent jusqu'à 10 centimètres de diamètre et se caractérisent souvent par une luminescence bleu-vert nettement visible la nuit dans le sillage des bateaux. Mais surtout, elles se révèlent très urticantes au toucher et plus d'un baigneur en a fait la cuisante expérience.

Qu'est-ce qu'un méduse ?

Il s'agit d'un organisme marin, composé essentiellement d'eau. Comme l'affirmait d'ailleurs le Commandant Cousteau dans l'un de ses célèbres documentaires, il s'agit plutôt d'eau organisée... Ce qui ne les empêche d'ailleurs pas, pour la plupart d'entre elles, d'être très recherchées pour leurs qualités nutritionnelles et gustatives dans certaines parties du monde.

Ces animaux, particulièrement élégants lorsqu'on les observe (prudemment) dans leur milieu naturel, possèdent une bouche et un tube digestif, mais pas d'anus. Ils digèrent leurs proies puis les vomissent. La Pelagia vit généralement dans les océans ouverts, et se rencontre fréquemment autour d'îles isolées comme les Baléares.

Et pourquoi en Méditerranée ?

Généralement, ces méduses affectionnent les océans dont la teneur en sel est assez importante. Mais les faibles précipitations du printemps dernier dans le sud de l'Europe ont considérablement réduit l'apport en eau douce et la salinité a augmenté dans d'importantes proportions en Méditerranée, tandis que la température de la mer s'élevait. Conditions de vie auxquelles sont très bien adaptées les méduses, qui se sont mises à y proliférer. Mais elles ont aussi été avantagées par la pêche intensive de certains prédateurs, comme le poisson-lune, le baliste et aussi certaines tortues de mer.

Le Poisson-lune, un des principaux prédateurs des méduses. Source inconnue.

Notons que selon Gabriel Gorsky, chercheur pour le CNRS à l'observatoire océanographique de Villefranche-sur-mer, nous ne risquons pas d'être débarrassés du problème sous peu. Une autre espèce se prépare à arriver, qui est passée par le Canal de Suez et commence déjà à s'introduire dans l'est de la Méditerranée. Les côtes libanaises, syriennes et égyptiennes sont déjà envahies et rien ne l'empêchera d'atteindre la France. Cette espèce est beaucoup plus grande et plus urticante que la Pelagia...

Refermons cette parenthèse et revenons à notre "petite" Pelagia noctiluca

L'organisation maritime espagnole Oceania a filmé, au moyen d'un sous-marin télécommandé, des concentrations importantes de ces pelagia jusqu'à une profondeur de 130 mètres en Méditerranée occidentale, y compris au large de la Sicile et des Îles Eoliennes. Selon Ricardo Aguilar, un scientifique d'Oceania, ces méduses meurent normalement au début de l'hiver, mais des bancs importants en ont été observés en octobre et novembre 2006, probablement avantagées par une température de l'eau clémente. Il est donc possible qu'elles aient continué à proliférer.

La piqûre de la Pelagia noctiluca provoque souvent de sévères réactions cutanées, très douloureuses mais généralement sans conséquence à long terme. Elle peut toutefois s'avérer mortelle pour une personne allergique, et une piqûre à la gorge peut être fatale. En outre, elles peuvent aussi empêcher les pêcheurs de travailler en se prenant en grand nombre dans les filets. A ce sujet, Gabriel Gorsky suggère une solution qui permettrait de résoudre définitivement le problème de l'envahisseur : il suffirait de les manger ! Cette nourriture est encore considérée comme atypique, mais son apport en minéraux et oligo-éléments serait, selon certains chercheurs, non négligeable.

Notons aussi qu'en cas de piqûre de méduse, il convient avant tout d'éviter de frotter la partie atteinte avec du sable. La meilleure réaction est de nettoyer la plaie le plus rapidement possible avec du vinaigre et de l'eau additionnée de bicarbonate de soude, puis d'appliquer un traitement analgésique.