Vue du sarcophage géant avant son déplacement au-dessus du réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl. © Joanna Zaleska, shutterstock

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Le sarcophage de Tchernobyl inauguré aujourd'hui

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En Ukraine, le dôme de confinement du réacteur n° 4 est enfin inauguré. Cette construction en béton de plus de cent mètres de hauteur, venant coiffer le premier sarcophage, très dégradé, est censée isoler les ruines radioactives de la centrale nucléaire de Tchernobyl pour un siècle.

L'immense bâtiment a terminé son parcours de 300 m entre son lieu de construction et ce qui reste du réacteur n° 4 de la centrale nucléaire, qui a explosé il y a trente ans. C'est aujourd'hui l'inauguration officielle.

Cette arche devra maintenant être obturée et recevoir différents équipements intérieurs (ventilation, protection contre l'incendie...). Selon le calendrier prévu, ces opérations se termineront à la fin de 2017. Il restera alors à démonter le premier sarcophage de béton, construit juste après la catastrophe et qu'il a fallu consolider à plusieurs reprises.

Le dôme vient enfermer le réacteur accidenté et l'ancien sarcophage. En ce mois de novembre 2016, il est en place. Il faut maintenant l'obturer et installer à l'intérieur du dôme un système de ventilation, des détecteurs d'incendie et les ponts roulants qui serviront au démantèlement du premier sarcophage. © Idé
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À Tchernobyl, le sarcophage géant est presque en place

Article de Xavier Demeersman paru le 16/1/2016 à 18:23

Le sarcophage géant construit à 300 mètres du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl est en cours d'acheminement. Ce gigantesque hangar d'acier de 36.000 tonnes, la plus grande structure mobile jamais construite, est censé garantir un confinement des matériaux contaminés pour au moins cent ans. Il devrait — enfin — être en place le 29 novembre prochain.

Trente ans après son explosion, le 26 avril 1986, le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, va être enfin coiffé d'un sarcophage géant censé confiner la radioactivité durant un siècle et résister à des tempêtes de classe 3 ainsi qu'à des séismes d'intensité 6 sur l'échelle de Mercalli.

Le chantier, d'un montant de 1,6 milliard de dollars (environ 1,5 milliard d'euros), a commencé en 2012, à quelque 300 mètres du site contaminé afin de réduire les risques de radiations, beaucoup trop importants au-dessus du bâtiment endommagé et couvert depuis 30 ans d'un bouclier provisoire (construit rapidement six mois après l'accident) qui n'a de cesse de se fissurer. Pour l'EBRD (European Bank for Reconstruction and Development) qui conduit les travaux, il s'agit de « l'un des projets les plus ambitieux de l'histoire de l'ingénierie ». En effet, c'est actuellement la plus grande structure mobile jamais construite. Les dimensions du New Safe Confinement sont pour le moins impressionnantes : 257 mètres de large pour une hauteur de 108 mètres et un poids total de 36.000 tonnes, soit autant que 100 Boeing 747.

Déplacée lentement sur des rails par un système de vérins, la superstructure d'acier devrait atteindre sa cible le 29 novembre, à raison d'avancées de 60 cm par poussée, estiment les ingénieurs. Une fois sur place, des opérations de démantèlement robotisées vont pouvoir commencer.

Le déplacement de la mégastrucuture de confinement en timelapse. En trois heures, le sarcophage a parcouru 24 mètres. © ERBD


Un sarcophage géant pour l’anniversaire de Tchernobyl

Article de Jean-Luc Goudet paru le 26 avril 2012

C'est aujourd'hui le 26e anniversaire de la catastrophe nucléaire de la centrale de Tchernobyl. Cette date commémorative a été choisie pour démarrer officiellement les travaux du gigantesque sarcophage qui doit couvrir le réacteur n°4, dont la radioactivité s'échappe toujours. La construction devrait s'achever en 2015.

Le 26 avril 1986, l'Ukraine (alors en Union soviétique) s'éveillait au milieu d'un cauchemar : durant la nuit, le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres de Kiev, a violemment explosé, éjectant le toit, une dalle de béton de plus d'un millier de tonnes. En retombant sur le réacteur, cette énorme masse l'éventre, la centrale s'embrase et des gaz radioactifs s'envolent massivement. Le « nuage radioactif » fera des milliers de victimes par cancer (un chiffre toujours sujet à controverses), s'étendra jusqu'en Europe de l'Ouest et laissera autour de la centrale une zone fortement contaminée et inhabitable.

On sait aujourd'hui que la catastrophe est due à une série d'erreurs lors d'un test effectué sur ce réacteur de type RBMK, alors qu'il fonctionnait à puissance normale et produisait de l'électricité (ce qui, en soi, est déjà une erreur). Le scénario technique précis des événements qui se sont produits au cœur du réacteur reste en partie hypothétique, mais l'essentiel est connu. La puissance a trop diminué, ce qui a provoqué une accumulation de xénon-135, un atome produit par les réactions de fission. Cet élément absorbant les neutrons, il a empêché l'augmentation de puissance recherchée par les opérateurs, qui ont alors remonté au-delà du raisonnable les barres de contrôle servant à ajuster la puissance. Celle-ci a effectivement augmenté et le test a été poursuivi, avec désactivation des systèmes de sécurité. Pendant ce temps, le refroidissement par eau a connu des dysfonctionnements et la température a crû fortement, tout comme la pression, générant une production massive de vapeur d'eau.

Le projet du sarcophage enfermant le réacteur 4 de Tchernobyl, une enceinte de 108 mètres de hauteur soutenue par une arche d'acier constituée d'une double structure de poutres, de 12 mètres d'épaisseur. © Vinci-Bouygues Travaux Publics

Un sarcophage très provisoire au-dessus du réacteur nucléaire

Tout est ensuite allé très vite. Lorsque les techniciens ont enfin déclenché l'arrêt d'urgence, il était trop tard. Il semble que les barres de contrôle, déformées, n'aient pas pu descendre au fond de leur logement. Puissance, température et pression ont atteint des niveaux que l'installation ne pouvait supporter, l'uranium lui-même s'est mis à fondre. Il est probable que des réactions explosives se soient produites entre hydrogène et oxygène (les mêmes que celles des moteurs cryotechniques de fusées comme Ariane).

Après l'écroulement du réacteur en mai, une cohorte de courageux « liquidateurs » a - notamment - construit un « sarcophage » de béton, terminé en octobre et toujours en place. Cette protection provisoire n'a jamais été suffisante et laisse aujourd'hui fuir des émanations radioactives par de multiples fissures. Un projet d'un énorme sarcophage, recouvrant tout le réacteur a été envisagé et finalement adopté, quand son financement, avec une aide européenne, a été arrêté, ainsi que le choix des entreprises (dont Vinci et Bouygues Travaux Publics), car cette construction hors normes exige une coopération internationale.

Le second sarcophage de Tchernobyl, recouvrira entièrement les restes du réacteur 4, qui avait explosé le 26 avril 1986. Les travaux ont commencé en 2010 mais le chantier a pris beaucoup de retard et ne s'achèvera qu'en 2015. © Idé

Le plus grand hangar du monde pour le réacteur de Tchernobyl

Les études préalables et la construction auraient dû commencer en 2007 et s'achever en 2012. Le chantier ne démarre finalement qu'aujourd'hui pour une inauguration prévue en 2015 et un coût qui est monté à 1,54 milliard d'euros. Aujourd'hui, après l'importation de plus de 20.000 tonnes d'acier, les travaux commencent par la réalisation d'une enceinte gigantesque de 108 mètres de hauteur pour 162 mètres de longueur et 257 mètres de largeur, soutenue par une immense arche d'acier, qui sera la plus grande du monde. La construction contiendra « trois fois la quantité de charpentes métalliques utilisées pour la tour Eiffel » expliquait en 2007 aux journalistes de France 2 Pierre Coppey, alors directeur général de Vinci, à l'origine du projet.

L'entreprise est titanesque et très compliquée, notamment par la présence du réacteur et de nombreux débris. Il a fallu nettoyer et décontaminer une large zone de 9 hectares où sera effectué l'assemblage de l'arche, dont les éléments seront les uns après les autres poussés au-dessus du réacteur sur deux rails. L'enceinte est conçue pour résister aux risques sismiques, à des incendies et à la radioactivité, pendant un siècle, une durée inscrite sur le cahier des charges. Sous cette charpente pourront circuler des charges transportées par un pont roulant de 100 mètres de longueur, ce qui servira à extraire les morceaux contaminés du premier sarcophage, qui seront évacués. Le chantier de Tchernobyl se poursuivra donc bien après la fin de la construction du second sarcophage...