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Santé publique et pollution : quel rôle joue le plastique ?

Les matières plastiques facilitent notre quotidien, favorisent l’hygiène en milieu hospitalier et s'intègrent dans d'innombrables objets qui ne pourraient exister sans eux. Mais le jeu en vaut-il la chandelle quand environnement et santé publique sont sérieusement affectés ?

Les biberons des enfants contenaient parfois du bisphénol A, ce qui pouvait avoir des répercussions sur leur santé : la molécule y a été interdite en Europe. © timlewisnm, Fotopédia, cc by sa 2.0 Les biberons des enfants contenaient parfois du bisphénol A, ce qui pouvait avoir des répercussions sur leur santé : la molécule y a été interdite en Europe. © timlewisnm, Fotopédia, cc by sa 2.0

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Le monde a besoin d’une seconde révolution du plastique. Voilà bien le message du bilan que dresse Rolf Halden dans les Reviews on Environmental Health du 22 janvier 2012. L’article propose une analyse détaillée des bénéfices qu’a apportés l’industrie du plastique. Mais il fait aussi le point sur les impacts de ces matériaux tant sur la santé humaine que la pollution environnementale. Il faut bien le reconnaître, le plastique a complètement transformé la société moderne. Il l’a simplifiée et même améliorée. Mais le prix à payer est lourd.

Rolf Halden est le directeur du Center for Environmental Security du Biodesign Institute de l’Arizona State University. Il est spécialisé dans l’étude d’impact de l’expansion de produits chimiques dans l’environnement, tant du point de vue de la santé humaine que de la pollution environnementale. Dans l’article en question, il propose une analyse détaillée des effets de l’industrie plastique. Pour les quantifier, il a suivi le chemin des matériaux de leur création à leur élimination.

Les plastiques ont transformé la société moderne, offrant un certain confort, mais souillant les cours d'eau et des aquifères. Ils favorisent en outre l'épuisement des réserves de pétrole et perturbent la santé humaine. © Fanny, Fotolia
Les plastiques ont transformé la société moderne, offrant un certain confort, mais souillant les cours d'eau et des aquifères. Ils favorisent en outre l'épuisement des réserves de pétrole et perturbent la santé humaine. © Fanny, Fotolia

L’ère du plastique a permis la naissance et le succès de nombreuses industries, et a clairement amélioré les conditions de vie. Dans la santé publique, on se sert de gants en latex, de seringues en plastique, de prothèses, etc. Tous ces objets ont eu un effet remarquable sur la réduction des infections de type hépatite B ou VIH. Une utilisation unique des produits évite une stérilisation chère et pas toujours efficace. En outre, au quotidien, les Hommes utilisent des bouteilles d'eau en plastique, des sacs d'emballage, des assiettes, des couverts souples, etc.

Les expositions au bisphénol A et au DEHP affectent la santé

Mais la fabrication du plastique n’est pas judicieuse en soi. Les matières plastiques sont constituées d'un ensemble de monomères liés pour former des macromolécules. Aujourd'hui, plus de 20 grandes formes de plastiques existent. L’utilisation du plastique coûte cher à la santé humaine et à l’environnement. Une exposition de longue durée au plastique peut interagir dans l’équilibre chimique du corps humain.

Ces dernières années, deux composés associés aux plastiques ont été particulièrement mis sous les projecteurs : le bisphénol A (BPA) et le phtalate de di-2-éthylhexyle (DEHP). Des études ont montré que 95 % des adultes aux États-Unis avaient des traces de BPA et de DEHP dans l’urine. Une exposition longue au BPA peut diminuer la fertilité chez les hommes et augmenter l’agressivité chez tout être vivant. Les problèmes liés à ce composé ont conduit les autorités sanitaires à interdire son utilisation dans tous les produits qui servent aux bébés, tétines, biberon, jouets, etc.

Le DEHP peut provoquer une résistance à l’insuline, et par conséquent une augmentation du tour de taille. Comme le BPA, il peut perturber les systèmes de reproduction. Il existe très probablement d’autres éléments chimiques du plastique néfastes pour la santé, mais cela est encore sujet à étude. Les chercheurs ont de fortes suspicions sur les retardateurs de flamme, les composés polyfluorés et les antimicrobiens en plastique contenant des additifs tels que le triclosan et triclocarban.

Quel futur pour les matières plastiques ?

Dans le monde, plus de 300 millions de tonnes de plastiques sont produites par an. Environ la moitié de ce qui est produit est jeté dans l’année. Aux États-Unis, entre 15 et 25 % des déchets des hôpitaux sont en plastique. Si les plus récents sont biodégradables, la plupart de ces déchets sont incinérés ou enfouis dans des décharges. Ces rejets ne peuvent avoir que des inconvénients environnementaux. La pollution des sols est dangereuse pour l’agriculture. Mais un des risques les plus préoccupants est que l’enfouissement du plastique pourrait bien polluer les nappes phréatiques, qui constituent notre principale source d’eau potable.

La recherche actuelle offre toutefois un espoir. Des plastiques biodégradables sont actuellement développés en utilisant du dioxyde de carbone et du monoxyde de carbone. La technique offre un double avantage. Le sac plastique devient un puits de carbone d’une part et évite la concurrence avec l'alimentation humaine d’autre part. En effet, les matières plastiques biodégradables sont jusqu’à présent fabriquées à partir de matières végétales comme le maïs.

Néanmoins, la principale source de matières plastiques qui pollue l'environnement est la surexploitation des articles à utilisation éphémère. « Ce sont typiquement les éléments de confort des consommateurs, souvent mis rapidement à la poubelle après leur utilisation. Une bouteille d’eau en plastique, les barquettes d’emballage de nourriture, par exemple », explique Rolf Halden. Traiter les problèmes liés à l’exploitation du plastique doit donc passer par une meilleure considération de la durée d’utilisation du matériau : les produits « éphémères » devraient être plus biodégradables que les produits à utilisation de longue durée.


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