Les premiers « collèges », créés au XIIIe siècle, sont des lieux d’hébergement pour des étudiants pauvres bénéficiant d’une bourse, qui fréquentent les mêmes cours universitaires que les étudiants aisés. Ces collèges (une quarantaine à Paris au XIVe siècle) vont ensuite assurer des fonctions d’enseignement en complément de l’université. Au XVIe siècle, ils deviennent des établissements autonomes majoritairement tenus par des congrégations religieuses. Ils assurent désormais une formation de base à des élèves issus de la bourgeoisie et de la noblesse.


au sommaire


    La Réforme protestante au XVIe siècle, peut être considérée comme un facteur déclencheur de la multiplication des collèges. Créés à partir d'écoles existant dans les villes, les collèges constituent un enjeu important entre protestants et catholiques. Jusqu'en 1685, date de la révocationrévocation de l'édit de Nantes, les protestants vont conserver leurs collèges où l'enseignement du français tient une place déterminante. Du côté catholique, les Jésuites qui ont reçu du pape le droit de conférer les grades universitaires dans leurs collèges, ouvrent notamment en 1562, le collège de Clermont à Paris : sous Louis XIV, le collège de Clermont devient le collège Louis-le-Grand (actuel lycée du même nom). Les méthodes pédagogiques des Jésuites sont mises au point à cette époque, avec la répartition en six classes de niveau, le découpage par disciplines, la création de cours de physique et de chimie. Ils visent la formation des classes dirigeantes, avec une éducation qui reste centrée sur les lettres classiques, la philosophie et la théologie. Le latin est très majoritairement leur langue d'enseignement : les cahiers d'élèves des Jésuites au XVIIIe siècle, révèlent encore le peu de place réservé aux études en français.

    Vue du collège de Sorbonne vers 1550, tableau de Nousveaux et Pernot daté de 1850. Wikimedia Commons, domaine public
    Vue du collège de Sorbonne vers 1550, tableau de Nousveaux et Pernot daté de 1850. Wikimedia Commons, domaine public

    Des collèges urbains destinés aux garçons

    Jusqu'aux années 1675, on constate une forte progression du réseau des collèges : toutes les villes de plus de 10.000 habitants en sont pourvues. Les Jésuites disposent de deux tiers des effectifs collégiens (estimés à 60.000 vers 1650), avec des classes qui peuvent contenir plus de cent élèves. La création des établissements tenus par les Oratoriens vont concurrencer les collèges jésuites dès les années 1640. La grande réforme pédagogique de l'Oratoire est l'attention portée à un enseignement en français, à l'étude de l'histoire et des sciences. L'histoire obtient un professeur spécial et l'enseignement de la géographie n'est pas séparé de celui de l'histoire. Les sciences naturelles, physiques et mathématiques, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, suivent les principes de Descartes.

    Les taux de scolarisation des collèges indiquent de très grandes différences sociales : un garçon sur cinq ou six vivant en ville va au collège mais, ramené à l'ensemble de la population française masculine, cela représente environ un garçon sur cinquante en 1789. La culture écrite est donc sélective ! Une fille de condition noble peut y accéder très timidement : depuis la fondation du pensionnat de Saint-Cyr (ou Maison royale de Saint-Louis) par Madame de Maintenon en 1686, les demoiselles issues de la noblesse pauvre reçoivent une éducation les préparant au « gouvernement domestique » ; elles acquièrent des rudiments de lecture, écriture, grammaire, arithmétique, droit et histoire.

    Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard vers 1700. © Wikimedia Commons, domaine public.
    Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard vers 1700. © Wikimedia Commons, domaine public.

    Le collège, un outil pour faire carrière

    Les « humanités » qui couronnent le cursus du collège, deviennent véritablement l'apanage des garçons de milieu social aisé : la sélection se fait par l'argentargent et le rang alors que le collège n'est pas réservé théoriquement aux classes dominantes. Les plus privilégiés peuvent effectuer le cursus complet et bénéficier de formations supplémentaires dans des académies d'équitation, de danse, de musique, où l'on mêle culture savante et apprentissage des bonnes manières. 

    Collège de Montaigu (un des collèges constituants de la faculté des arts de l'université de Paris), gravure XVIII<sup>e</sup> siècle, source Gallica, BnF. © Wikimedia Commons, domaine public
    Collège de Montaigu (un des collèges constituants de la faculté des arts de l'université de Paris), gravure XVIIIe siècle, source Gallica, BnF. © Wikimedia Commons, domaine public

    Le collège permet un brassage des couches sociales aisées : il est un passage obligé pour ceux qui veulent faire « carrière ». L'utilisation progressive du français comme langue d'études permet à la bourgeoisie d'accéder à un savoir qui correspond le mieux aux évolutions sociales et économiques du XVIIIe siècle. Les Lumières se répandent et le principe nouveau du talent rivalise avec le principe de richesse ou de naissance. On note d'ailleurs un véritable affaiblissement de la tutelle religieuse sur les collèges dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, notamment après la décision de Louis XV de fermer tous les établissements jésuites (cent onze collèges) en 1763. En contrepartie, on assiste à la création d'établissements plus modestes dans les petites villes ; en 1789, on estime à 50.000 le nombre de collégiens en France (pour 28 millions d'habitants).