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Un sandwich à l'argile purificateur pour la robe de Scarlett O'Hara

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On peut admirer à la Cinémathèque française de Bercy depuis le 28 septembre 2005 une des robes portées par Scarlett O'Hara dans le film " Autant en emporte le vent " en 1939. Des 35 robes de l'héroïne, il ne subsiste que quelques exemplaires originaux, dont un seul en France. C'est le travail coordonné d'une élève de l'Institut national du patrimoine et de chercheurs de l'INRA de Versailles qui a permis la conservation de cette pièce unique. Heureuse rencontre entre science, art et culture...

Les nombreuses vertus de l'argile

Un sandwich à l'argile purificateur pour la robe de Scarlett O'Hara

Comment Daniel Tessier, directeur de l'Unité de Sciences du sol à l'INRA de Versailles a t-il été amené à intervenir sur une des précieuses robes de Scarlett O'Hara ?

Ce chercheur s'intéresse depuis sa thèse à la structure microscopique et aux propriétés macroscopiques de l'argile. Dans les sols, l'argile joue un rôle prépondérant dans les échanges d'éléments minéraux, en les absorbant puis en les restituant aux plantes. La fertilité d'un sol dépend en grande partie de sa teneur en argile. En cosmétique, les propriétés absorbantes de l'argile en font un composant essentiel des fonds de teint, rouges à lèvres et vernis à ongle, mais aussi de certaines pâtes dentifrice. Ce sont ces mêmes propriétés absorbantes qui ont été utilisées pour la restauration de la robe de Scarlett.

Un sandwich à l'argile purificateur

Cette robe, achetée en 1957 lors d'une vente aux enchères par Henri Langlois, a été exposée au Musée du cinéma de 1972 à 1997. Après des années d'exposition et de manipulations, le tissu de soie beige du fond de robe a subi maintes dégradations et diverses restaurations à base de pièces collées et de ruban adhésif. Alourdie par des sels métalliques (la soie se vend alors au poids !), le tissu est très fragilisé et ne supporte même plus son propre poids... Une élève de l'Institut national du patrimoine, Nicole Charley, est appelée au secours de la robe en lambeaux et y consacre 8 mois de travail et son mémoire d'étude de restauratrice.

Pour décoller les pièces ajoutées, elle choisit la montmorillonite, une argile dont les vertus sont connues en restauration. L'Institut national du patrimoine fait alors appel à Daniel Tessier et ses collaborateurs. Ceux-ci mettent au point une sorte de sandwich : le tissu à traiter est inséré entre une couche d'argile hydratée et une couche imbibée de solvant. Pour éviter le contact direct avec le tissu, le solvant (de l'éthanol) et l'argile sont contenues dans des membranes de cellulose soigneusement choisies pour leur souplesse et leur porosité. Littéralement aspiré par l'argile, le solvant traverse le tissu sans l'imbiber, dissolvant la colle et entraînant diverses impuretés. Il n'y a pas de diffusion latérale du solvant, donc pas d'auréoles. Les scientifiques déterminent le temps de contact et la concentration en solvant de façon à préserver la teinte du tissu, ce beige qui apparaît blanc en Technicolor sans provoquer de halo éblouissant.

Renaissance de la robe

Débarrassée des ajouts inopportuns, comme rendue à elle-même, la robe fait encore l'objet de soins. Nicole Charley réalise un incroyable travail de consolidation du tissu, dont les fragments sont cousus entre un tissu solide et une crêpeline transparente. La robe en cours de restauration a été le clou d'une exposition à New York au printemps 2004. C'est désormais à la nouvelle Cinémathèque française située dans le parc de Bercy que l'on pourra admirer cette robe de soie crème, miraculeusement revenue à son apparence initiale, avec sa sur-jupe de gaze à croisillons de galons verts, la robe sereine du début du mariage de Scarlett avec Rhett Buttler...

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