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EXCLUSIF : La centième planète extra-solaire est européenne !

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Elles étaient 91. Les astronomes en connaissent désormais 103, avec l'annonce de la découverte de douze nouvelles planètes extrasolaires par une équipe de l'Université de Genève, dirigée par l'astronome Michel Mayor.

Michel Mayor et Didier Quenoz en 1995, lors de leur découverte de la première planète extrasolaire. Crédit CNRS.

Il y a quelques jours, Geoffrey Marcy, astronome à l'Université de Berkeley (Californie), annonçait lors d'une conférence de presse à la Nasa la mise au jour de 15 nouvelles planètes extra-solaires, dont - fait annoncé comme exceptionnel - un astre semblable à Jupiter dans un système stellaire (55 Cancri) qui apparaissait similaire au nôtre, avec la possibilité d'y découvrir ultérieurement au moins une planète de type terrestre. "Ce système stellaire sera le meilleur candidat lorsque le satellite Kepler sera lancé en 2006, dont la mission sera de détecter des planètes comparables à la Terre autour d'autres étoiles", déclarait alors le Dr Debra A. Fisher, lui aussi astronome à Berkeley.

Mais aujourd'hui, il convient de tempérer. Force est de constater que cette annonce, lancée par un groupe scientifique ayant fait preuve pour l'occasion d'un art consommé du suspense (cette conférence avait été annoncée plusieurs jours à l'avance, son sujet restant entouré jusqu'au dernier jour d'une aura de mystère), est intervenue à point nommé quelques jours avant une importante conférence internationale aux Etats-Unis et consacrée à la recherche d'exoplanètes(Scientific Frontiers in Research on Extrasolar Planets, du 18 au 21 juin 2002 à la Carnegie Institution, 1530 P Street NW, Washington D.C.).

Quant à la déclaration du Dr Debra A. Fisher, elle semble tout aussi sujette à caution. Certes, on ne pourrait reprocher au scientifique de rêver à la découverte d'une planète tellurique de type terrestre. Dans cette optique, la séparation entre l'orbite de la composante principale de 55 Cancri et celle des deux planètes internes était présentée comme l'endroit idéal pour ce genre de recherche.

Cependant cette affirmation résiste mal à un examen critique. Selon plusieurs sommités scientifiques, dont Michel Mayor (qui était aussi le premier découvreur d'une exoplanète), cette hypothèse n'est que pure spéculation. Leur raisonnement est simple: outre la "pseudo-Jupiter" récemment découverte autour de 55 Cancri, deux autres planètes géantes tournent autour de cette étoile. Or il s'agit de planètes gazeuses dont la formation nécessite au départ d'importantes quantités de glace, qu'on ne peut trouver dans une région aussi proche - et aussi chaude - de l'étoile. Il est donct probable qu'elles se soient formées beaucoup plus loin, puis qu'elles aient progressivement migré vers une orbite plus rapprochée. Ce faisant, elles ont nécessairement balayé le disque de matière protoplanétaire au départ duquel auraient pu se former les planètes telluriques citées par le Dr Fisher, rendant hypothétique toute découverte de cette nature.

Par contre, parmi les 12 nouvelles planètes annoncées par Michel Mayor, se trouve un astre comparable à Jupiter par sa masse, et dont la distance à son soleil est de 3,7 UA (Unités Astronomiques), soit un peu moins que Jupiter (5,2 UA), avec une période de 7,1 ans contre 11,86. Son orbite, parfaitement circulaire alors que celle de la découverte des Américains est plutôt elliptique, lui donne droit au titre de "meilleure analogie de Jupiter". Quant à son système, il ne comporte aucun astre volumineux près de son étoile qui aurait pu entraver la formation de planètes telluriques. Ce système planétaire apparaît ainsi comme un bien meilleur candidat à la recherche d'exoplanètes de type terrestre.

N'empêche, la centième planète découverte dans l'histoire de l'astronomie est bien européenne, plus exactement suisse. Et cela alors que la toute première observation de ce type ne date que de six années...

Par Rama - Futura-Sciences Belgique

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