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L'implant contraceptif n'est pas inefficace !

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Des centaines de Britanniques se sont retrouvées enceintes malgré une méthode de contraception jugée très sûre par l'OMS : les implants. Faut-il alors mettre leur efficacité en doute ? Interrogée par Futura-Sciences, Caroline Moreau, chercheuse à l'Inserm et spécialiste de la contraception, nous donne son avis sur la question.

L'implant contraceptif reste une bonne méthode de contraception. © DR

La contraception est une étape majeure dans l'Histoire de la libération de la femme. Préservatifs, pilule contraceptive, stérilet, etc. Le choix est vaste et chacune peut y trouver son compte... quand cela fonctionne ! Des milliers de femmes ont fait confiance à un implant contraceptif (Implanon), malheureusement à tort pour certaines d'entre elles puisque pas moins de 584 Britanniques se sont retrouvées enceintes, d'après l'autorité de régulation britannique des médicaments (Medicines and Healthcare products Regulatory Agency, MHRA).

Les implants contraceptifs sont commercialisés depuis une dizaine d'années et semblaient pourtant conférer un des meilleurs moyens de contraception réversible, idéal pour les jeunes femmes. Ayant la forme d'un bâtonnet de quelques centimètres de long et de seulement 2 millimètres de diamètre, l'implant est posé sous la peau, 8 à 10 centimètres plus haut que le coude, le plus souvent au niveau du bras non-dominant, au cours d'une intervention réalisée sous anesthésie locale.

Une diffusion constante d'étonogesterel

Ce petit objet qui se fait oublier permet justement aux étourdies de profiter d'un effet similaire à celui de la pilule contraceptive, sans avoir besoin de penser à la prendre chaque jour. L'implant Implanon diffuse lentement un progestatif (étonogestrel) à des taux de 60 microgrammes par jour, taux qui diminuent progressivement pour atteindre les 25 à 30 microgrammes par jour au bout de la troisième année, où l'implant doit être retiré.

Cette diffusion d'étonogestrel a un triple effet, qui favorise à la fois « la suppression de l'ovulation pour la majorité des utilisatrices, une atrophie de l'endomètre qui rend celui-ci impropre à l'implantation et un épaississement du mucus cervical qui empêche la migration des spermatozoïdes dans le tractus génital féminin », explique Caroline Moreau, médecin épidémiologiste et chercheuse à l'Inserm (CESP U1018), interrogée par Futura-Sciences. Ces trois actions du progestatif font de l'Implanon et des implants contraceptifs en général, une solution contraceptive efficace à 99 %. En effet, « les résultats des études cliniques montrent un taux d'échec inferieur à 1 % au cours de la première année d'utilisation ».

L'efficacité de l'implant est supérieure à celle de la pilule contraceptive, puisqu'il n'est pas soumis à un risque d'oubli de la part des utilisatrices. © Ceridwen, Wikimedia, by-sa 2.0

« Un avantage important de l'implant est l'absence de perte d'efficacité en pratique courante, car la méthode ne nécessite pas une prise quotidienne ce qui limite les erreurs d'utilisation responsables de la majorité des échecs de pilules ou d'autres méthodes nécessitant une vigilance régulière. »

Un problème d'insertion de l'implant

Alors pourquoi tant de femmes sont-elles tombées enceintes malgré le port de l'implant ? « Les 584 grossesses sous Implanon en Grande-Bretagne sont des cas cumulés et doivent être rapportées au plus de 1,3 million de femmes ayant utilisé la méthode depuis 1999. » Ce chiffre est donc peu élevé et s'expliquerait non pas par un dysfonctionnement de l'Implanon, mais par son absence ! « Il semble que les grossesses sous Implanon soient majoritairement survenues  parmi des femmes qui n'avaient pas d'implant. L'implant est un bâtonnet contraceptif qui s'insère sous la peau (en général au niveau du bras) au moyen d'une seringue. Dans certains cas, le bâtonnet de l'implant glisse de la seringue et n'est donc pas inséré sans que le praticien ne s'en rende compte. Les femmes repartent en pensant quelles ont un implant alors que celui-ci n'a pas été inséré et elles sont non protégées. »

« Il est également possible que certaines femmes aient été enceintes avant la mise en place de l'implant. Ainsi dans une série de 134 grossesses rapportées en Australie suite à l'insertion d'implants contraceptifs, 46 cas femmes étaient enceintes avant la mise en place de l'implant. »

Un des contraceptifs les plus sûrs

Selon Caroline Moreau, il n'y a pas de quoi s'inquiéter car l'efficacité de l'implant reste de beaucoup supérieure à celle de la pilule « en raison de la perte d'efficacité de la pilule liée à la problématique de l'observance. L'efficacité théorique de la pilule lorsqu'elle est prise sans oubli est de 99 % mais son efficacité en pratique courante se situe autour de 92 % (soit 8 % d'échec au cours de la première année d'utilisation en raison des erreurs d'utilisation). » Cela ne remet donc « pas en cause l'efficacité du produit mais pose la question de la formation des praticiens pour réaliser ce geste et la nécessité de vérifier le succès de l'insertion ».

Pour éviter tout nouveau problème, « un nouveau dispositif, le Nexplanon, disponible depuis janvier 2011 en France, devrait permettre de pallier ces difficultés d'insertion. Ce dispositif est radioopaque, ce qui permet également de vérifier l'insertion par radiographie » .

Inutile donc de changer de moyen de contraception suite à la médiatisation de cette affaire. « Il existe deux formes de contraception réversible qui offrent l'efficacité contraceptive la meilleure et sont sans danger pour la grande majorité des femmes: le dispositif intra-utérin (stérilet) et l'implant contraceptif », rappelle Caroline Moreau. « Les femmes et hommes qui ne souhaitent plus avoir d'enfants peuvent également choisir de recourir à une contraception définitive (stérilisation tubaire ou vasectomie), méthodes largement répandues en Europe du Nord et dans les pays Anglo-saxons mais qui restent très marginales en France. »

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