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Cancer : bloquer l’immunité pour de meilleures chimiothérapies

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Deux médicaments courants de chimiothérapie, utilisés contre les cancers digestifs, perdraient en efficacité à cause de molécules du système immunitaire, les cytokines. Les chercheurs comptent désormais inhiber ces cytokines de manière à donner toute leur puissance antitumorale aux principes actifs.

La chimiothérapie n'est pas utilisée contre tous les cancers. Chaque forme de la maladie a ses spécificités, et d'autres traitements comme la radiothérapie ou l'immunothérapie sont parfois des solutions plus adaptées. © kendrak, Flickr, cc by nc sa 2.0

La chimiothérapie est l'un des traitements les plus utilisés pour éliminer les cellules cancéreuses. Ces médicaments tuent toutes les cellules qui se trouvent en cours de multiplication ou bloquent leur prolifération (c'est le cas par exemple des cellules responsables de la pousse des cheveux, ce qui explique leur perte chez les patients traités). Outre leurs effets toxiques directs, les agents chimiothérapeutiques semblent aussi agir sur le système immunitaire et permettraient à l'organisme de déclencher une réponse immunitaire antitumorale directe. 

Toutefois, l'existence de cet effet reste très débattue, car certaines études suggèrent au contraire que la chimiothérapie supprime toutes les défenses immunitaires. 


Les agents chimiothérapeutiques testés dans cette expérience ont des effets contradictoires sur les cellules tumorales, comme ces cellules du cancer du sein. D'une part, ils les détruisent, d'autre part, ils favorisent très indirectement leur multiplication. Il faut donc supprimer cette dernière propriété pour éradiquer la tumeur. © Dr David Becker, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Un système immunitaire qui favorise les tumeurs

L'équipe de François Ghiringhelli, du Centre de lutte contre le cancer Georges François Leclerc à Dijon, a fait un constat intéressant dans la revue Nature Medicine. Deux agents chimiothérapeutiques, le 5-fluorouracile et la gemcitabine, utilisés dans le traitement des cancers du côlon, du sein et du pancréas, activent un complexe protéique appelé inflammasome NLRP3 au sein de certaines cellules du système immunitaire

Dans le détail, cette activation conduit à la libération par ces cellules de la cytokine pro-inflammatoire, l'interleukine IL-1β. Cette cytokine pervertit la réponse immunitaire liée aux lymphocytes T et induit la production d'une autre cytokine (la cytokine IL-17) qui a des propriétés protumorales en favorisant l'angiogénèse tumorale, c'est-à-dire l'irrigation vasculaire des tumeurs. 

« Nos résultats ont permis de constater que l'activation de l'inflammasome limite l'efficacité antitumorale de la chimiothérapie. Tout l'enjeu était ensuite de voir si nous pouvions empêcher l'activation de l'inflammasome », explique François Ghiringhelli. Les chercheurs ont alors testé deux stratégies différentes.

Redonner leur toute puissance aux chimiothérapies

La première d'entre elles a consisté à tester ces deux médicaments chez des souris déficientes pour l'inflammasome NLRP3 ou pour la cytokine IL-17. Dans ces cas-là, les chercheurs ont montré que l'activité antitumorale était non seulement bien présente mais surtout augmentée, révélant que ces deux éléments (NLRP3 et IL-17) étaient des freins à l'action de la chimiothérapie. La seconde stratégie a consisté à traiter des souris par un inhibiteur de l'IL-1β. Là encore, cela a permis d'augmenter l'efficacité de la chimiothérapie. 

Ces résultats suggèrent que cibler la voie de l'inflammasome et de l'IL-1β en conjonction avec l'utilisation de ces deux agents de chimiothérapie (5-fluorouracile et gemcitabine) peut améliorer leur efficacité. Les cellules tumorales sont éliminées et les réponses immunitaires délétères supprimées en parallèle. 

Un essai thérapeutique associant 5-fluorouracil et inhibiteur d'IL-1β est actuellement en préparation et devrait commencer prochainement au centre de lutte contre le cancer Georges-François Leclerc à Dijon.

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