Santé

Alzheimer : et si c’était une maladie à prions ?

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L'hypothèse avait été évoquée, mais jamais l'expérience ne l'avait confirmée. D'après leur étude, des chercheurs américains supposent que les protéines bêta-amyloïdes caractéristiques de la maladie d'Alzheimer s'apparenteraient à des prions et coloniseraient progressivement le cerveau. Cela bouleverserait notre vision de la maladie mais aussi la façon dont nous devrions la traiter.

La maladie d'Alzheimer est la maladie neurodégénérative la plus fréquente et les traitements actuels ne font que retarder les symptômes. Si les protéines bêta-amyloïdes sont effectivement des prions, nous devrons changer les moyens thérapeutiques pour stopper la progression de la pathologie. © Jefferson Siow Wedding, Flickr, cc by nc nd 2.0

Et si la maladie d'Alzheimer n'était pas tout à fait celle que l'on pensait ? C'est l'idée qui ressort d'un travail publié par des chercheurs de l'University of California de San Francisco (UCSF). L'étude publiée dans les Pnas montre comment la protéine bêta-amyloïde défaillante se propage dans tout le cerveau à la manière d'un prion, comme cela se produit dans la maladie de Creutzfeldt-Jakob, équivalent humain de la maladie de la vache folle.

Avant de s'aventurer plus loin dans les explications de cette découverte, rappelons en quoi consiste un prion. Il s'agit d'une protéine qui se comporte comme un agent infectieux. Elle adopte une structure tridimensionnelle incorrecte et induit la déformation chez toutes les nouvelles protéines identiques qui sont produites. Les cellules dans lesquelles les prions s'accumulent finissent par mourir.

Dans cette recherche, la protéine incriminée est la bêta-amyloïde (BA), dont l'agglomération dans les neurones est un marqueur de la maladie d'Alzheimer.

Les béta-amyloïdes contaminent tout le cerveau

Les chercheurs ont injecté dans un côté du cerveau des BA synthétiques mal conformées et fluorescentes à des souris génétiquement modifiées pour exprimer un précurseur de l'amyloïde humaine. Ainsi, ils pouvaient localiser la protéine. Après environ 300 jours, les BA s'étaient propagées à tout l'encéphale, de manière similaire à ce qu'on observe dans la maladie d’Alzheimer, alors que les souris n'étaient pas affectées à l'origine par la pathologie.

Des souris génétiquement modifiées seront peut-être à l'origine d'une révolution dans la perception qu'on a de la maladie d'Alzheimer. Il reste malgré tout à s'assurer que les bêta-amyloïdes agissent bel et bien comme des prions... © Rama, licence Creative Commons

Les résultats se sont montrés plus flagrants quand, à la place des protéines de synthèse, ce sont des BA extraites du cerveau des animaux malades qui ont été introduits dans d'autres souris. La vitesse de progression s'est révélée encore plus importante.

Pour les chercheurs, le constat paraît clair : les bêta-amyloïdes mal conformées modifient la structure tridimensionnelle des BA nouvellement produites par la cellule et colonisent peu à peu les neurones alentour. Exactement comme le fait un prion.

Prion ou pas prion ? Telle est la question

Cette idée n'est pas nouvelle. Mais elle était restée à l'état d'hypothèse car aucun travail n'était venu en apporter des preuves. Celui-ci amène donc les premiers éléments concrets qui permettent de la justifier... mais pas encore de la valider, car il reste quelques points en suspens.

Premier point, les chercheurs ignorent encore la structure tridimensionnelle de la forme synthétique injectée. Ils ne savent pas non plus quelle est son implication exacte, ni celle de l'AB purifiée extraite depuis les cerveaux des souris affectées... On ne peut en effet pas encore parler de souris malades car les effets d'une telle contagion sur le comportement n'ont pas été étudiés. Cela fera l'objet d'investigations ultérieures.

Second point, il est encore un peu tôt pour parler de prion, car il existe au moins une autre explication plausible. Les protéines injectées peuvent moduler les taux de production ou d'élimination des BA cellulaires, ce qui résulterait en une accumulation susceptible de devenir fatale au neurone.

Il faut désormais approfondir les connaissances dans ce domaine car si un prion était responsable de la maladie d'Alzheimer, il faudrait revoir notre façon d'aborder la pathologie, aussi bien d'un point de vue préventif que thérapeutique. Pour l'heure, en attendant d'en savoir plus, rassurons-nous en nous disant qu'aucun signe de transmission d'un individu à l'autre n'a été constaté.

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