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Le "Méga-lac" Tchad révélé par télédétection

ActualitéClassé sous :Terre , sécheresse , lac

Depuis plus de 30 ans que dure la sécheresse au Sahel, la disparition du lac Tchad est régulièrement annoncée par les médias. Si le lac a effectivement diminué de manière spectaculaire, passant d'un état de Grand Lac à Petit Lac en quelques années, de telles fluctuations rapides sont déjà survenues au cours des derniers siècles et sont liées à la forte variabilité climatique de l'Afrique tropicale. Plus loin dans le passé, à une échelle pluri-millénaire, des fluctuations de beaucoup plus grande ampleur ont eu lieu. Apartir de données issues de la télédétection, l'existence et les caractéristiques d'un gigantesque Méga-lac Tchad à l'Holocène moyen (il y a plus de 6 000 ans) viennent ainsi d'être confirmées et précisées avec le concours de chercheurs de l'IRD.

Evolution du lac Tchad entre 1972 et 2001
Dune de sable marquant le paléorivage du Mégalac Tchad Holocène. Au premier plan, sols argileux fertiles du fond du Mégalac. Le rivage du lac actuel se rencontre à plus de 100km vers l'est. © IRD - Leblanc, Marc

Plus vaste bassin endoréique du monde, c'est-à-dire où les eaux courantes n'atteignent pas la mer et se perdent dans les terres, avec une superficie de 2,5 millions de km2, le bassin du lac Tchad a un fonctionnement hydrologique très sensible aux modifications climatiques. En période semi-aride comme actuellement, le lac Tchad s'épuise par évaporation et infiltration : il occupe alors moins de 1 % de la superficie du bassin. Plus loin dans le passé, l'existence d'un gigantesque Méga-lac Tchad a fait l'objet de débats passionnés tout au cours du XXe siècle. Par l'utilisation de multiples données satellitales (Landsat, Modis) ou de télédétection (SRTM (2), des chercheurs de l'IRD, en collaboration avec l'Université de Monash (Australie) viennent de prouver définitivement son existence à l'Holocène moyen et de préciser ses caractéristiques. Ainsi, le rivage du Méga-lac, marqué par un cordon sableux de plus de 2 300 km, a pu être identifié de manière quasi-continue, délimitant une superficie de plus de 340 000 km2 au coeur du bassin. Par comparaison, le plus grand "lac" actuel, la mer Caspienne, présente une superficie supérieure de seulement 8 %.

La profondeur maximale du Méga-lac reconstitué atteignait 160 mètres, contre moins de 10 mètres actuellement, pour un volume de 13 500 km3 ; soit le 4e réservoir lacustre à l'échelle du globe après la mer Caspienne et les lacs Baïkal et Tanganyka.

L'alimentation en eau d'un tel Méga-lac a impliqué des conditions climatiques et hydriques très différentes de la période actuelle, avec notamment des pluies de mousson beaucoup plus intenses. Alors qu'aujourd'hui le lac n'est alimenté que par deux grands fleuves, le Logone et le Chari, en provenance des régions les plus humides du sud du bassin, de multiples rivières et deltas fossiles ont été détectés sur l'ensemble du pourtour du Méga-lac et ce, même dans sa partie nord saharienne, aujourd'hui la plus désertique. Ces données indiquent également que l'endoréisme du bassin n'a pas été permanent à l'échelle de l'Holocène. A son niveau maximum, le Méga-lac était stabilisé par un seuil hydraulique naturel : son débordement se déversait vers la Bénoué, affluent de rive gauche du fleuve Niger, et aboutissait ainsi à l'océan Atlantique.

Une ré-analyse exhaustive du corpus des datations Carbone-14 obtenues, notamment par l'IRD, depuis plus de 30 ans sur le bassin du lac Tchad permet d'attribuer de manière argumentée la dernière série d'épisodes de Méga-lac à l'Holocène moyen, entre 8500 et 6300 ans cal. BP. En réalité, plusieurs épisodes ont pu sesuccéder de manière assez rapprochéemoindre modification des paramètres climatiquescomme l'évaporation et la pluviométrie.

Le Méga-lac Tchad offre ainsi l'exemple le plus spectaculaire des conséquences des changements de conditions climatiques en Afrique tropicale. Dans le contexte actuel de réchauffement climatique global, l'analyse d'un tel outil hydrologique est donc particulièrement importante pour comprendre les mécanismes en jeu et découvrir les rétroactions susceptibles de se développer. Les simulations climatiques à une échelle prospective de quelques siècles fournissent actuellement des résultats contradictoires pour l'avenir hydrologique du bassin ; celles-ci doivent donc encore être affinées pour permettre une gestion durable de la ressource en eau, un objectif crucial pour le développement des pays riverains.

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