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Le lagon de Bora Bora s'essouffle

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Il semble ne plus faire bon vivre en Polynésie pour les colonies de coraux. Depuis dix jours, à Tahiti, Moora et surtout Bora Bora, les coraux blanchissent et les poissons du lagon se meurent. A l'Institut Louis Malardé de Papeete, on estime qu'il s'agit d'une "diminution des échanges entre l'océan et le lagon". Par conséquent ce dernier manque d'oxygène et la température des eaux augmentent, entraînant une baisse de leur salinité.

Atoll de Rangiroa Crédit : Nasa Satellite: Landsat 7

Les lagons sont des écosystèmes extrêmement fragiles, et la moindre variation de son équilibre entraîne invariablement des dégâts. Pour l'instant, c'est une élévation de 1°C de la température des eaux qui provoque selon les spécialistes ce "stress du lagon" à Bora Bora et sur la côte ouest de l'île de Tahiti. Une température qui oblige le corail a expulsé des algues microscopiques, pourtant indispensables à sa survie, et provoque son blanchiment ou sa mort.

Un lagon en danger

A Tahiti on affirme que ce n'est pas la première fois que le phénomène est observé : à sept reprises déjà au cours des vingt dernières années, l'archipel aurait subit un blanchiment de son lagon. Notamment en 1990 où 51% des colonies de corail de Moorea avaient blanchi, dont 17% seraient mortes. Après un retour à des conditions normales, le reste de la colonie avait retrouvé "sa forme" et ses couleurs.

Néanmoins, l'Institut Louis Malardé entend bien alerter la population sur le caractère inhabituel dans la fréquence du phénomène. Si le corail blanchit et que les micro-algues prolifèrent, c'est en partie parce que les lagons polynésiens sont en mauvaise santé à cause des "activités humaines comme l'agriculture ou l'utilisation massive d'engrais à base de nitrates et de phosphates".

Pas de quoi s'alarmer?

Pourtant, le blanchiment des coraux pourrait être naturel. Un moyen efficace pour certains d'entre eux de s'adapter à des chaleurs plus fortes. Dans le magazine Nature de juin 2001, Andrew Baker, de la Wildlife Conservation Society à New York, pense que " cette stratégie pourrait être une manière pour le récif de corail de faire face aux fréquents et sévères épisodes de variations de températures". Ainsi les coraux changeraient leurs algues, donc leur couleur.

Pour étayer sa thèse, Andrew Baker a prélevé des coraux sur des récifs vivants à 20 mètres sous l'eau près de Panama. Il les a transplantés dans une eau plus chaude, à deux mètres de profondeur. Cette eau a fortement perturbé les coraux qui ont perdu leurs algues au bout de huit semaines. Mais ces polypes réservent parfois des surprises : un an plus tard, les coraux transplantés à deux mètres de profondeur étaient blancs mais vivants. Tandis que ceux transplantés à plus de 20 mètres sous l'eau ont conservé leurs couleurs mais tous péris.

Pour Andrew Baker, tout réside dans la capacité du corail a trouvé la bonne algue et vivre avec elle dans une symbiose parfaite. Sans zooxanthelles, des algues unicellulaires, pas de corail. Elles sont la source d'énergie de cet étrange animal. Les coraux blanchis ont survécu parce qu'ils avaient remplacé ces zooxanthelles par une autre espèce plus adaptés à leur nouveau milieu.

Toutes ces études et expériences tendent vers un même but : alerter l'opinion publique sur la nécessité de protéger les systèmes lagunaires de la planète. Si dés maintenant rien n'est fait pour protéger ses espaces abritant le quart des espèces marines, les lagons seront amenés à disparaître dans les 50 ans à venir, voire avant.

Caroline Idoux

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