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Urgence pour l'Antarctique

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Les glaciers entourant le continent Antarctique fondent beaucoup plus vite que prévu. Cette fois, c'est l'eau de mer qui se retrouve au banc des accusés. Son réchauffement provoque - dans le pire des cas - un amincissement de plus de 40 mètres par an de l'épaisseur de la glace.

Pôle Sud Crédit : Nasa

Lorsqu'un glacier du continent antarctique atteint la ligne de fond - point de rencontre avec le plancher de l'océan - et commence à flotter, sa partie basse fond au contact de l'eau de mer. Jusqu'ici rien de nouveau sauf qu'il suffirait d'une élévation de seulement 0.1°C du gradient de température pour que la fonte soit accélérée d'un mètre par an. C'est le constat fait par deux chercheurs américains, Eric Rignot et Stanley Jacobs, et dont les résultats détaillés ont été publiés cette semaine dans le journal Science .

Des résultats - obtenus par un satellite radar d'interférométrie - qui montrent que la vitesse de la fonte du glacier est beaucoup plus rapide qu'auparavant. En distinguant la glace flottante de la glace encore rattachée au continent, les chercheurs ont ainsi pu mesurer à quelle vitesse les 23 glaciers étudiés s'amincissaient. Certains ne perdraient que 4 mètres d'épaisseur par an, contre 40 mètres pour le plus grand de l'antarctique : le Pine Island glacier (PIG).

Besoin de plus de preuves ?

« Nos résultats démontrent que la température de l'eau de mer au niveau du point de rencontre entre la glace et le fond de l'océan influe directement sur la fonte du glacier. » Le constat est logique. Augmenter la température de l'eau fera fondre plus vite la glace. Mais jusqu'ici, on ne pensait pas que les glaciers étaient aussi vulnérables. Si l'océan se réchauffe rapidement, cela pourrait avoir de graves implications sur la stabilité de la banquise de l'Antarctique Ouest.

Eric Rignot et Stanley Jacobs ne sont pas les premiers à tirer la sonnette d'alarme. La littérature scientifique s'est fait l'écho ces dernières années de nombreux cas de détachement de blocs importants des glaciers de l'Antarctique. Si le phénomène n'est pas nouveau, il inquiète les scientifiques par son accélération. Pour la plupart, la dislocation de l'Antarctique est une preuve directe du réchauffement planétaire.

Chronique d'une disparition annoncée

L'année dernière, des chercheurs anglais avaient démontré que le glacier Pine Island perdait environ 4 milliards de tonne de glace par an. En parallèle, la ligne de fond avait reculé de cinq kilomètres entre 1992 et 1996. En mars 2002, un bloc de glace, baptisé Larsen B, de la taille du Luxembourg (3250 kilomètres carrés de surface et 220 mètres d'épaisseur), s'est détaché du continent et s'est disloqué en plusieurs milliers d'icebergs.

Si les glaciers de l'Antarctique semblent largement touchés par le réchauffement climatique, ils ne sont hélas pas les seuls. Il y a à peine un mois, une étude du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) attiraient l'attention sur les 44 lacs glaciaires du Népal et du Bhoutan. Les fortes augmentations de températures dans la région ont fait fondre les glaciers de l'Himalaya qui se déversent dans les lacs. D'ici cinq à dix ans, ces lacs risquent de déborder et d'inonder les vallées en aval. Mais en réalité, ce sont 5000 lacs de montagne qui devraient être aménagés pour prévenir les risques de catastrophes naturels.

Au vu de ces bouleversements annoncés, les glaciers apparaissent comme les premières victimes du réchauffement planétaire. Des victimes qui pourraient bien être en voie de disparition. A moins que les scientifiques ne soient trop alarmistes ? Autant de questions auxquelles le Sommet de la Terre qui se tient du 26 août au 4 septembre prochain à Johannesburg devra répondre. Mais comme le disent si bien les responsables de l'Organisation des Nations Unis, le réchauffement climatique n'est plus une question académique, mais une réalité.

Caroline Idoux - Futura-Sciences, Paris

Liens :
Sommet de Johannesburg 2002

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