Un des plongeurs du projet Retour à Anticythère, qui explore depuis quelques années l’épave éponyme. Il tient dans sa main une lance de bronze. Plusieurs statues en marbre de l’Antiquité tenaient de tels objets. © Brett Seymour, EUA-WHOI-Argo

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Un squelette vieux de 2.000 ans retrouvé dans l'épave du mécanisme d'Anticythère (MAJ)

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Depuis 115 ans, comme le célèbre aujourd'hui le « doodle » de Google, l'extraordinaire « mécanisme d'Anticythère », sorte de calculateur astronomique sophistiqué, ne cesse de fasciner. Furura a consacré plusieurs articles à ce sujet mais aussi à l'épave de la galère romaine où il a été trouvé en 1902, au large de l'île d'Anticythère. Elle a reçu la visite de nombreuses fouilles sous-marines, dont celle de l'équipe Cousteau, et, en 2016, une découverte est venue s'ajouter aux trésors : les ossements d'une personne jeune, qui naviguait à bord.

Article paru le 21 septembre 2016

Le journal Nature rapporte une surprenante découverte, le 31 août 2016, lors de la dernière campagne de fouilles sur le site de la célèbre épave d'Anticythère, au large de l'île grecque du même nom. Comme le montre la vidéo qui accompagne l'article, les archéologues ont été enthousiasmés de découvrir des restes d'un squelette humain.

Dans l'épave ont été retrouvés un fragment de crâne, deux fémurs, plusieurs côtes et des os d'un bras. La découverte est étonnante car au fond de la mer, il est très rare que la conservation des os soit assurée au-delà de plusieurs décennies.

Les archéologues en plein travail sur le site de l'épave d'Anticythère en août 2016. © Brett Seymour, EUA, WHOI ARGO

Les chercheurs vont utiliser les techniques modernes d'analyse du matériel génétique pour en apprendre plus sur l'identité et les caractéristiques d'un des membres de l'équipage de ce bateau romain. Il semble en effet qu'il soit possible d'extraire de l'ADN des os et de déterminer l'ethnie, voire les origines géographiques de cet occupant du navire, qui semble être une personne jeune. On pourrait même en déduire la couleur de ses yeux et de ses cheveux. Les informations obtenues pourraient aider à percer certaines des énigmes qui entourent encore ce naufrage.

Le gouvernement grec doit cependant encore donner son autorisation pour effectuer les analyses.

Les os humains retrouvés sur le site de l'épave sont bien visibles sur cette image. © Brett Seymour, EUA, WHOI, Argo
Pour en savoir plus

Article initial de Laurent Sacco, paru le 26/06/2016

Dans son célèbre ouvrage Cosmos, Carl Sagan spécule sur ce qui se serait passé si l'esprit du miracle grec, en particulier la philosophie ionienne qui préfigurait la science moderne, avait continué à souffler en Méditerranée, et que le contenu de la grande bibliothèque d'Alexandrie n'avait pas été quasiment oublié durant des siècles. Pour le grand exobiologiste, nous en serions déjà probablement au stade du voyage interstellaire.

Certains penseurs grecs, en effet, avaient déjà découvert la théorie atomique (Démocrite) et l'héliocentrisme (Aristarque de Samos). Ils n'étaient pas loin de la théorie de l’évolution (Anaximandre de Milet) et la technologie des automates et de la vapeur se développait, notamment avec Héron d'Alexandrie. Il est bien possible que certains des accomplissements les plus spectaculaires des savants et ingénieurs de l'antiquité gréco-romaine nous soient inconnus.

On peut s'en convaincre avec la découverte de la fameuse machine d’Anticythère, encore appelée mécanisme d'Anticythère, qui est considérée comme le premier calculateur analogique et donc, par certains côtés, l'ancêtre lointain des ordinateurs. Comme l'explique la vidéo ci-dessous, il s'agissait d'un mécanisme en bronze constitué de dizaines de roues dentées qui constituait une remarquable horloge astronomique. Il a été découvert grâce à l'archéologie sous-marine en 1902.

Un documentaire sur la machine d’Anticythère. © Antikythera - Anticythère - Αντικύθηρα - 安提凯希拉

L’épave d’Anticythère, un trésor sous-marin à bord d’une galère romaine

Pour le grand public, c'est probablement l'une des expéditions du commandant Cousteau en 1976 qui a fait connaître l'épave d'Anticythère, les restes d'un navire découvert en 1901 par des pêcheurs d'éponge près de l'île grecque d'Anticythère, entre Cythère et la Crète. Célèbre dans le monde de l'archéologie sous-marine, cette épave est celle d'une galère romaine longue d'une trentaine de mètres dont les fouilles ont livré de nombreuses statues et statuettes en bronze et en marbre. La plus spectaculaire est un bronze, appelé l'éphèbe d'Anticythère, parfois attribué au sculpteur et bronzier Lysippe de Sicyone, le portraitiste attitré d'Alexandre le Grand.

Les plongeurs de la Calypso y ont également trouvé des pièces d'argent et de bronze frappées à Éphèse et Pergame, ce qui a conduit à une première datation du naufrage et la provenance probable du navire. En effet, on sait qu'en 86 av. J.-C. l'armée romaine a mis à sac la ville de Pergame. On peut penser que l'épave retrouvée à environ 50 mètres de profondeur provient d'un navire à destination de Rome postérieurement à cette date et qui ramenait une partie du butin. Les pièces découvertes ainsi que les dates gravées sur des amphores provenant de Rhodes et de l'île de Kos laissent finalement penser que le naufrage, lors d'une tempête, s'est produit vers 70 ou 60 av. J.-C.

Un documentaire sur les nouvelles campagnes de fouilles de l’épave d’Anticythère avec des moyens modernes. © Antikythera - Anticythère - Αντικύθηρα - 安提凯希拉

L’archéologie sous-marine à l’heure d’internet

Plusieurs centaines d'objets, y compris des vases en céramique, verre et métal, ainsi que des bijoux ont déjà été mis au jour, mais il en reste probablement beaucoup d'autres, et plusieurs questions restent sans réponse, c'est pourquoi les fouilles ont repris depuis quelques années dans le cadre du projet Retour à Anticythère.

Cette fois, l'archéologie sous-marine bénéficie pleinement de la technologie moderne ainsi que de l'aide de la fameuse Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI). Comme le montre la vidéo ci-dessus, un robot a été employé pour cartographier le site de fouille, mais les chercheurs disposent aussi des outils nécessaires pour scanner les objets retrouvés avant même de les ramener à la surface. Il est alors possible de générer des modèles numériques les montrant dans le contexte des fouilles alors qu'ils sont encore en partie dans les sédiments et de les envoyer sur la Toile, ailleurs sur la planète. Les plongeurs peuvent rester plus longtemps à la profondeur de 52 mètres en utilisant des mélanges gazeux comme le nitrox ainsi que des recycleurs à circuit fermé.

Les dernières expéditions ont permis de récupérer environ 60 nouveaux objets, dont des bijoux en or, de la verrerie de luxe, une lance de bronze, jadis associée à une statue, des restes d'encens et des carafes en céramique. Une deuxième épave a également été identifiée, ce qui pourrait apporter son lot de surprises. Enfin, les isotopes des objets en plomb retrouvés sont en cours d'analyse pour tenter de déterminer leur origine. On essaie aussi de faire parler l'ADN extrait des récipients en céramique dans l'espoir d'en apprendre plus sur les aliments, les boissons et même les médicaments utilisés par les marins de l'époque.