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Bon centième anniversaire, monsieur Cousteau

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Le commandant au bonnet rouge aurait eu cent ans ce 11 juin 2010. Une série de manifestations sont engagées pour cet anniversaire. Les deux navires de l'équipe, la Calypso et l'Alcyone reviennent pour un temps sous les projecteurs.

L'Alcyone, un navire à deux mâts faisant office de voiles grâce à l'effet Magnus, qu'affectionnent les footballeurs et les joueurs de tennis. Le navire est actuellement en mission en Méditerranée. © L'Equipe Cousteau

Il aurait parlé des nuages de morceaux de plastiques dans les océans. Il aurait fustigé BP et les forages pétroliers sous-marins. On aurait entendu ses louanges ou ses critiques à propos du Grenelle de la Mer. L'acidification de l'océan mondial serait davantage médiatisée... On peut aligner ainsi les hypothèses sur ce qu'il aurait fait ou dit. « Il », c'est Jacques-Yves Cousteau, alias le commandant Cousteau, que l'on appelait plutôt « le commandant ».

Cet explorateur de l'océan a compris très tôt, il y a plus de cinquante ans, toute la puissance des « médias » et en a joué habilement pour une bonne cause : faire connaître les océans au grand public. Son premier film sous-marin, Le monde du silence, réalisé en 1956 avec le jeune Louis Malle, est le premier du genre et on mesure mal aujourd'hui l'ampleur du choc qu'il a provoqué.

A cette époque, la plongée sous-marine est une activité étrange pratiquée par quelques fadas. Les marins, qu'ils soient pêcheurs ou militaires, ne voient pas d'autre intérêt sous la surface que les sous-marins et la ressource halieutique. Quant aux plaisanciers, ils barbotent sur la plage, craignant l'oursin, fuyant la méduse et pestant contre les algues.

Le détendeur, qui permet de respirer l'air d'une bouteille d'air comprimé en le ramenant à la pression ambiante, vient tout juste d'être mis au point par Emile Gagnan et... Cousteau, qui ont amélioré un système inventé par Benoît Rouquayrol et Auguste Denayrouze au siècle précédent.

Pour le public, les images du Monde du silence sont totalement nouvelles. C'est une autre planète où tout est différent mais qui est pourtant à portée de palmes. Dans les années qui suivent, la « plongée » devient un sport, une activité nautique, un plaisir ou un nouveau moyen d'exploration.

Jacques-Yves Cousteau dans les années 1990. © The Cousteau Society

Une célébrité inoxydable

Par la suite, c'est la télévision qui consacrera la célébrité mondiale de l'homme au bonnet rouge grâce à ses reportages des voyages de la Calypso (L'Odyssée Cousteau), ce dragueur de mines acheté d'occasion. Malgré une forme souvent désuète voire infantilisante (« Cousteau décide d'envoyer l'hélicoptère pour trouver un passage dans la glace », « Cousteau pense qu'il s'agit d'un galion espagnol », « Cousteau est surpris par l'aspect de cet animal »...), ses émissions captivent le public, qui découvre l'océan mondial. Certains s'agacent de cette personnalisation mais le fait est là : pendant près de trente ans, ces films ont obtenu un succès inconnu jusque-là et ont incontestablement contribué à une conscience collective que l'on qualifie aujourd'hui « d'écologique ». Dans les années 1960 et même 1970, les critiques sur la pollution des mers et sur la pêche intensive ne relevaient pas du tout d'un consensus et étaient souvent accueillies par des quolibets.

Cousteau s'installe durablement comme la personnalité préférée des Français et il devient une star incontestée aux Etats-Unis, où son nom reste aujourd'hui encore très connu. Mardi, la Chambre des représentants américaine a approuvé une résolution lui rendant hommage en tant que « pionnier de la conservation des milieux marins », une proposition adoptée par 354 voix contre zéro.

La faillite du Parc océanique Cousteau, à Paris et des différends familiaux, après le décès accidentel de l'un de ses fils (Philippe), ne feront guère pâlir la célébrité du Commandant, qui devient académicien en 1988.

La Calypso (ici à La Rochelle) attend sa réfection dans un chantier de Concarneau. © L'Equipe Cousteau

Aujourd'hui, sa mémoire est maintenue vivante par deux associations, The Cousteau Society (aux Etats-Unis) et L'Equipe Cousteau (en France), toutes deux à but non lucratif et où travaille Francine Cousteau.

Elle cherche actuellement des fonds pour remettre à flot la mythique Calypso, coulée en 1996 dans le port de Singapour après une collision accidentelle, remorquée à La Rochelle, abandonnée un temps pour cause de procès entre L'Equipe Cousteau et Les Campagnes Océanographiques Françaises (où travaille toujours le fils aîné de la famille, Jean-Michel) puis, en février 2009, par un autre différend avec le chantier naval Piriou. Sa remise à l'eau pour le centenaire semble compromise. Mais le projet de la faire naviguer se poursuit. « Nous avons déja acheté les moteurs » précise dans notre forum Tarik Checkchak, directeur Sciences et Environnement de l'Equipe Cousteau. La Calypso deviendrait alors, explique-t-il, « une ambassadrice de l'environnement itinérant, qui servira de "Tour Eiffel" maritime, phare de l'éducation à l'environnement et de la communication des enjeux de notre planète bleue ».

Pendant ce temps, le second navire de Cousteau, l'Alcyone, célèbre pour ses « turbo-voiles », deux mâts creux exploitant l'effet Magnus, navigue en Méditerranée pour une expédition menée avec la National Geographic Society. Signalons enfin la sortie en DVD d'une version remasterisée du Monde du silence.