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Thales Alenia Space veut mettre des roues à l'ATV !

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Si l'Agence spatiale européenne a demandé à Astrium de réfléchir à de futurs véhicules spatiaux dérivés de l'ATV, du côté des Italiens de Thales Alenia Space, on n'envisage rien de moins que d'y mettre six roues et d'en faire un engin habité d'exploration de la Lune ou de Mars ! Science-fiction ? Pas si sûr, car cet engin roule...

S’il ne fait guère de doute que le véhicule de transfert automatique de l’Europe, plus connu sous son acronyme ATV, se prête bien à des évolutions en raison de son architecture modulaire, l'idée d'adapter un module et de le doter d'un train de roues est bien vue. © Remy Decourt

Avec la fin des programme ATV et Columbus, l'industrie spatiale européenne a besoin que l'Agence spatiale européenne (Esa) maintienne une politique industrielle afin de conserver en Europe les capacités industrielles et technologiques acquises tout au long de ces dernières décennies. Il y a quelques jours, l'Esa a donc demandé à Astrium de réfléchir à un successeur de l’ATV d'ici à la fin de la décennie.

L'architecture de l'ATV, faite d'un assemblage de deux modules et d'un système d'amarrage, se prête bien à des évolutions futures. Astrium l'a bien compris et planche sur des concepts d'engins spatiaux pour des missions nouvelles pour certaines.

La forge utilisée par Thales Alenia Space (Turin) pour façonner les modules de l'ATV, de Cygnus ou celui du rover actuellement à l'essai. © Remy Decourt

Des idées, d'autres en ont, comme Thales Alenia Space (TAS), dont le rôle dans l'ATV est loin d'être négligeable. Sous la responsabilité d'Astrium, maître d'œuvre du programme, TAS fournit le module pressurisé ICC. Ce module comprend notamment un compartiment pressurisé servant au transport des vivres et des équipements scientifiques. Il est doté d'une structure interne capable de loger huit armoires de rangement et de réservoirs d'ergols, d'eau et de gaz (air, oxygène ou azote) destinés au système de propulsion de la Station et à son équipage.

Sur les modules pressurisé, TAS en connaît un rayon, elle qui fournit plus de 50 % des éléments pressurisés de la Station spatiale internationale. Mieux encore, la firme italienne a été choisie par Orbital Sciences pour la conception du module pressurisé du cargo spatial Cygnus, développé dans le cadre du partenariat public-privé Cots de la Nasa. Le premier vol de ce cargo se fait certes attendre mais est prévu vers la fin de l'année.

Si SpaceX a récemment fait les gros titres avec sa première mission réussie à destination de l'ISS avec la capsule Dragon, le retard pris par Orbital Sciences sur son calendrier initial, notamment concernant la certification de son système de transport spatial, ne doit pas faire oublier les contrats remportés par Orbital. En effet, dans le cadre du CRS (Commercial Resupply Services) la Nasa a commandé à Orbital Sciences neuf missions de ravitaillement et douze à SpaceX.

Un ATV avec des roues

TAS souhaite donc faire évoluer l'ATV en un rover pressurisé d'exploration planétaire. Une idée loin d'être saugrenue et qui a déjà donné naissance à des prototypes de rovers d'exploration, dont un est actuellement testé chez Altec, dans les locaux turinois de TAS. Comme le rapporte Le Figaro dans un article daté du 9 juin, « nous avons 35 ans d'expérience à faire valoir dans le domaine en matière d'exploration spatiale et nous voulons continuer à développer notre savoir-faire et nos technologies », explique Vicenzo Giorgio, l'un des responsables scientifiques de Thales Alenia Space.

Ce prototype n'est pas à l'échelle. Il est plus petit que le modèle de vol qui sera long de 5 m, haut de 4 m avec un diamètre de 3,8 m. Quant à sa masse, elle avoisinera les 8 tonnes. © Remy Decourt

Cette ligne directrice conduit Thales Alenia Space à s'intéresser de très près aux activités préparatoires des étapes futures de l'exploration planétaire, bien qu'en Europe aucune décision de projet de cette nature n'ait été prise. C'est dans le cadre de Steps (Systèmes et technologies pour l'exploration spatiale) que tout ceci est fait. TAS est le chef de file d'un groupe de partenaires comprenant l'université polytechnique de Turin, l'université de Turin, l'université du Piémont oriental et 24 PME de la filière turinoise.

Futura-Sciences a eu l'occasion de voir le modèle d'essai qui a vraiment fière allure avec ses six roues motrices indépendantes les unes des autres. On a pu le voir se déplacer sur un terrain simulant un sol martien, recouvert de pouzzolane, une roche volcanique dont la consistance est voisine de celle du sol de la Planète rouge.

En conditions réelles, ce rover pressurisé sera capable d'embarquer quatre astronautes pour des missions d'exploration et jusqu'à huit si nécessaire, pour des situations d'urgence. Capable d'avancer à 15 km/h, avec des pointes à 20 km/h, il pourra rouler sur des pentes de 30 % d'inclinaison, franchir des obstacles de 50 cm et s'aventurer sur une centaine de kilomètres autour de sa base. Son système de locomotion est dimensionné pour reproduire le plus possible les conditions représentatives de la gravité réduite sur Mars.

Ce prototype doit démontrer bon nombre de technologies qui pourraient réellement être utilisées sur un rover d'exploration planétaire.