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Quel successeur au cargo spatial ATV ?

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L'Agence spatiale européenne souhaite capitaliser sur le programme ATV et confie à Astrium une étude portant sur deux évolutions possibles de ce véhicule de transfert automatique spatial. L'idée est d'étudier la possibilité d'une reconversion pour des missions autres que l'actuel transport de fret.

Pour remplacer le Véhicule de transfert automatique (ATV), l'Agence spatiale européenne pourrait développer des engins spatiaux capables de réaliser une multitude missions en orbite basse. À l'image, l'ATV-3 Edoardo Amaldi en route vers l'ISS, en mars 2012. © Nasa

Alors que s'achève la production des ATV, dont cinq au final seront lancés, l'Agence spatiale européenne se doit de trouver une solution de remplacement car l'utilisation de ce cargo spatial à destination de l’ISS représente la contribution annuelle dont elle doit s'acquitter pour l'utilisation de la Station spatiale (150 millions de dollars). C'est le principe du barter element, un système de troc mis en place par les partenaires de la Station spatiale internationale : chacun paie son utilisation de l'ISS par la fourniture d'un service.

Aujourd'hui, les deux missions restantes de l'ATV à lancer sont la contrepartie du loyer dont l'Agence spatiale européenne doit s'acquitter auprès de la Nasa jusqu'en 2017. Au-delà de cette date, l'Esa devra fournir à la Nasa un service équivalent à 450 millions de dollars, coût estimé de la contribution de l'Esa pour la période 2017-2020, date à laquelle on suppose que l'ISS cessera de fonctionner. Mais à ce sujet, rien n'est moins sûr... On commence en effet à évoquer 2028 comme année de désorbitation, 30 ans après le lancement des premiers modules Zarya et Unity en 1998.

L'Esa planche sur l'après-ATV

L'Agence spatiale européenne a donc demandé à Astrium de réfléchir à ce qui pourrait être fait à partir des technologies utilisées sur l'ATV et le laboratoire spatial Columbus pour mettre au point de nouveaux engins spatiaux.

Ce n'est pas la première fois que l'on aborde la question des évolutions possibles de l'ATV. En 2008, l'Esa lançait plusieurs études portant sur le transport spatial et l'exploration, dont une sur un véhicule de retour d'orbite, dérivé de l'ATV. L'idée de l'époque était de doter un ATV d'un module de rentrée servant à ramener sur Terre en toute sécurité des charges utiles et des expériences.

Aujourd'hui, on parle de la fourniture d'un module de service pour le futur véhicule d’exploration spatiale de la Nasa (MPCV, ex-Orion) et d'un concept de véhicule spatial autonome doté d'une polyvalence intrinsèque. Le but est de définir un engin adaptable à de multiples missions, principalement dans le domaine du transport spatial vers des infrastructures en orbite terrestre basse, d'approvisionnement au profit de plateformes ou d'habitats autonomes, voire des missions de service en orbite ciblant un véhicule spatial non coopératif ou des débris pour les désorbiter par exemple.

Alors que les États-Unis soutiennent activement leur secteur privé (à l'image la capsule Dragon de SpaceX) et que la Chine ambitionne de devenir la deuxième puissance spatiale, l’Europe stagne depuis ses remarquables succès qu’ont été le laboratoire Columbus et les cinq véhicules ATV. D’où la nécessité de capitaliser sur ses deux grandes réussites technologiques en donnant une suite à l'ATV. © Nasa

Astrium doit remettre ses conclusions avant la session du Conseil au niveau ministériel de l'Esa, prévue en novembre en Italie. Cela doit permettre aux ministres en charge des questions spatiales des États membres de l'Esa de décider de la suite qu'ils comptent donner à l'ATV. Car malgré l'avenir incertain de l'économie européenne, on s'attend à ce que les ministres européens donnent une suite au programme de l'ATV.

Il faut savoir que depuis le milieu des années 1990, à l'exception de la construction des satellites de la constellation Galileo, l'industrie spatiale européenne se trouve sans véritable programme spatial de grande ampleur. Or, sans projet d'avenir, il sera bien difficile à ce secteur de conserver ses emplois très qualifiés et ses compétences acquises depuis les programmes ATV et Columbus, garantes de notre avance technologique sur les puissances spatiales émergentes et, en filigrane, notre indépendance spatiale.