Santé

Un lien possible entre anesthésie générale et démence

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Des chercheurs français viennent d'annoncer que les personnes âgées ayant déjà subi une opération sous anesthésie générale auraient, peut-être, plus de risques de développer une démence. Le lien de cause à effet n'a pas été démontré pour le moment, et des recherches complémentaires sont nécessaires.

L'anesthésie générale n'est pas un acte anodin et peut entraîner des complications. Elle pourrait peut-être favoriser l'apparition de la démence. Mais cette hypothèse reste à confirmer. © ISAF, Headquarters Public Affairs Office, Wikipédia, cc by 2.0

Un sommeil de mauvaise qualité est probablement un signe précoce de la maladie d'Alzheimer. Telles étaient les conclusions d'une étude parue en mars dernier dans JAMA Neurology. Mais forcer les gens à s'endormir n'arrangerait rien non plus... Des chercheurs français viennent d'annoncer, lors du congrès de la Société européenne d’anesthésiologie (Barcelone) que les personnes âgées ayant été opérées sous anesthésie générale pourraient être plus à risques de démence.

François Sztark, anesthésiste-réanimateur et Catherine Helmer, de l'université de Bordeaux, ont présenté à la tribune leur récente découverte, basée sur la cohorte de l'Étude des trois cités, regroupant plus de 9.200 personnes âgées de plus de 65 ans et suivies pendant 10 ans. Ce travail montre que parmi les sujets qui ont subi une anesthésie générale lors d'une opération, 37 % ont développé une démence, contre 32 % dans l'autre groupe.

Il faut rester prudent sur l'interprétation de ces résultats, tout comme le font les auteurs. Il s'agit simplement d'une association entre les deux événements, et non d'un lien de cause à effet. Du moins, cette recherche ne le démontre pas.

Avec l'âge, le risque d'hospitalisation et d'opération augmente. La probabilité d'une anesthésie aussi. Cela affecte-t-il les risques de développer une démence ? © Vadkoz, StockFreeImages.com

L’anesthésie générale, une cause d’inflammation des neurones ?

Bien que la médecine anesthésique ait fait de nombreux progrès ces dernières années, l'acte en lui-même n'est pas exempt de risques. Les seniors, du fait de leur âge avancé, constituent une population plus encline à connaître des complications lors d'une anesthésie générale. Parmi celles-ci donc, d'éventuelles conséquences sur le cerveau, si des études ultérieures venaient à le confirmer.

L'hypothèse n'a rien d'absurde. Déjà, fin mars, le journal Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry publiait une recherche dans laquelle des chercheurs québécois montraient chez des souris que l'anesthésie générale provoquait un enchevêtrement dans les neurones, un des signes de la maladie d'Alzheimer, principale cause de démence dans le monde.

Rien ne permet d'affirmer que ces mêmes effets se vérifient chez l'Homme, mais l'hypothèse est envisagée. Les auteurs estiment également que certains produits anesthésiants pourraient entraîner une inflammation des neurones, propice à la formation des plaques amyloïdes, caractéristiques de la maladie neurodégénérative.

Mieux informer le patient, limiter les risques de démence

Une telle étude pourrait amener à repenser les pratiques médicales, que ce soit au niveau des professionnels de santé mais aussi des institutions. Les médecins semblent déjà concernés par le problème et tentent le plus possible d'adapter leurs pratiques. 

Mais il est également essentiel d'agir au niveau du patient, puisque celui-ci joue un rôle actif dans le choix de l'anesthésie. En général, il opte pour un endormissement généralisé, alors qu'une anesthésie locale, possiblement moins nocive pour le cerveau, pourrait suffire. L'informer des risques encourus pourrait l'inciter à revoir ses positions.

L'heure est donc à la vigilance et au questionnement : le lien de causalité est-il réel ou est-ce simplement une conséquence annexe ? Car les associations constatées ne soulignent pas systématiquement un rapport direct entre les événements. Par exemple, on peut probablement considérer que le risque de mortalité augmente avec la proportion de cheveux blancs, pourtant, ce n'est pas en soi la dépigmentation capillaire qui influe sur la survie, mais plutôt le processus de vieillissement qui affecte simultanément les deux paramètres.